‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 58 sur 223 · Elle entra au monastère des carmélites, à Paris, en 1G · texte numérisé non relu

Elle entra au monastère des carmélites, à Paris, en 1G

observés, une affection fondée sur l'estime, n'apaisèrent pas ce premier trouble, qui le livrait presque sans défense à toutes les tentations. Il aima de nouveau et il succomba. Une certaine faveur de l'opinion encouragea cette faute, et personne ne s'indigna qu'un prince jeune, charmant, adoré, après avoir accepté pour le bien de l'État la contrainte d'un mariage politique, eût cédé à une passion sérieuse, en gardant à la reine le respect et la bonté, et en ne négligeant aucun des devoirs du roi. Les lettres, qui sont pleines de condescendance pour tout ce qui est de l'homme, et surtout pour les faiblesses des grandes âmes, exprimèrent sous mille formes cette faveur de l'opinion. A aucune époque l'amour n'a été mieux peint, ni sous des traits plus nobles et plus touchants. On en avait pris l'image chez Louis XIV lui-même, chez qui l'amour était à la fois passionné et réglé, outre cette décence qui avait le mérite d'un sacrifice à la pudeur publique. Tous les héros du théâtre d'alors sont tels qu'Anne d'Autriche représente son fils, tendres et raisonnables. Ceux-là seuls intéresseront toujours l'esprit humain. L'amour n'est touchant que dans les grands cœurs, parce qu'il s'y trouve accompagné de la raison qui le rend naturel en lui ôtant tout air d'imitation, et honnête en le subordonnant au devoir ou en l'y sacrifiant.

Ces remords mêmes dont Boileau veut que l'amour soit combattu au théâtre', pour que la peinture en soit plus pathétique , n'ont pas été inconnus à Louis XIV. Dans sa passion pour M'^^ ^q l^ Vallière, et plus tard pour M™'^ de Montespan, le devoir se fit sentir bien longtemps avant la satiété, et troubla le passé par des regrets, le présent par des scrupules douloureux. Le roi, pour se guérir de ce dernier amour, demanda l'aide de Bossuet, et il souffrit ses conseils sévères, qui lui montraient dans les malheurs du royaume le châtiment des fautes du roi. Or, dans le temps qu'il chargeait Bossuet de le faire souvenir de son devoir, telle était encore la violence de sa passion que le grand évêque ne l'exhorte

Kt que lamoiir, souvent (le remoiMs eomhiittu. Paraisse une faiblesse et non une vertu.

( Boileau, Art poctiijue, eh. III.)

pas à en triompher en un instant : « Ce serait, écrivait-il au roi, vous demander l'impossible. » Il l'invite seulement à <( tâcher de la diminuer un peu, à craindre de l'entretenir ». Mais dans une autre lettre écrite plus tard, « avec une indépendance absolue, aussi bien qu'avec un zèle et une ardeur ex-. Irèmes, « il l'en pressait au nom des peuples souffrants. En lui prescrivant comme l'unique remède des maux publics «c la résolution de changer dans sa vie ce qui déplaisait à Dieu », Bossuet le rendait responsable de ces maux. A la vérité, c'est par son commandement que Bossuet lui tenait ce sévère langage : mais n'était-ce pas l'effet d'un secret mécontentement de soi-même, que de commander à la voix la plus libre alors, à la voix de l'évêque, de lui parler de ses fautes? Croit-on que l'homme le plus obéi Jet le plus tlatté qui fût au monde ne sentit pas sans quelque amertume le reproche sous la déférence et la condamnation dans le conseil même de se corriger? Ce sérieux de la passion, cette violence, ces combats qui agitèrent le cœur de Louis XIV, le théâtre d'alors en est l'image fidèle. Là aussi l'amour est sérieux ; il est violent, il est combattu. Dans les pièces où le devoir succombe, l'amour est à la fois malheureux et crmiinel ^ ; dans celles où le devoir l'emporte, l'amour est encore malheureux, quoiqu'il soit innocent. Toujours profond et noble, on ne le confondit point avec ce désordre grossier de l'imagination et des sens, qui usurpe son nom et prétend vainement à l'intérêt qu'il inspire ; toujours combattu, souvent sacrifié au devoir, Louis XIV n'en peut regarder la peinture comme une flatterie adressée à ses fautes, ni le public garder un doute dangereux sur les suites toujours funestes d'un amour illégitime-.

[Histoire de la littérature française'^, tome II, ch. vu.)

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