LE FILS
Eh bien donc, rival ! je le suis et je veux l'être ! Je prends cette jeune fille pour ma femme, vous présent, mon père, entendez-vous ? Oh I il ne sera pas dit que mon père n'aura point assisté à mon mariage !
Malheureux, je te maudis !
LE FILS, gravement.
Vous n'en avez plus le droit. Maudire, cela est d'un père ; vous êtes mon rival. MaTadire, cela est du prêtre; mais où sont en vous les signes du prêtre, les passions vaincues et la colère domptée "? Vous n'êtes ni père ni prêtre. {Avec solennité et intention :) Je n'accepte pas votre malédiction.
Voilà, dans le style du drame moderne, la traduction du mot : « Je n'ai que faire de vos dons. » Quel est, de ces deux mots, le plus corrupteur? quel est celui qui met le plus en discussion le mystère de l'autorité paternelle? Le sérieux du drame est d'autant plus dangereux, qu'il corrompt la raison par le sophisme et le cœur par l'émotion. La comédie plaisante, le drame argumente; la comédie touche, en passant, l'idée délicate des bornes du pouvoir paternel et des droits toujours spécieux de l'amour; le drame s'y arrête avec intention : il aime à développer cette thèse qui touche à toutes les passions, car toutes aiment la révolte. Is'e dites donc plus, avec J.-J. Rousseau, que la comédie de Molière est une école de dépravation. C'est la mauvaise comédie et le drame qui dépravent le cœur, parce qu'ils ont la prétention de prêcher et d'instruire, parce qu'ils énervent les âmes par la sentimentalité, et corrompent les esprits par le sophisme. La bonne comédie amuse aux dépens des vices, qu'elle oppose les uns aux autres ; mais elle n'en recommande et n'en préconise aucun.
[Cours de littérature dramatique, t. I", ch. xiu '.)