ACTE T, SCÈNE lU
, LE VICOMTE
Et, si je ne me trompe, c’est à six, que ces demoiselles nous ont donné parole.
Qu’allons-nous faire jusque-là?..
FÉLICIEN, cherchant.
Voyons donc! Nous avons bu, fumé...
LE VICOMTE
Joué...
ARMAND
Dormi... Tout ce qu’on peut faire sans sc crétiniser.
FÉLICIEN, prenant un livre sur le guéridon de droite.
Si nous jetions un petit coup d’œil sur notre Code, qui se trouve là, par hasard?
ARMAND
Ah! tu nous ennuies, avec ton Code.
FÉLICIEN
Ça nous changera. Et puis, il y a des chapitres intéressants... de la donation... de la succession... AhI.. ah! la succession vous fait venir l’eau à la bouche, mes petits agneaux!..
ARMAND
Ahl ouiche!... des successions qu’il faut attendre pendant des siècles... et qui vous arrivent quand on n’a plus de dents.
LE vicomte!
Ma foi... autant les manger d’avance.
FÉLICIEN, lisant.
De la contrainte par corps...
ARMAND, lui arrachant le livre des mains.
Ah çà, veux-tu bien te taire, animal!..
LE VICOMTE
n finirait par nous porter malheur!
TOUS
Au diable le Code!
ARMAND, reposant le Code on 11 était.
Qu’est-ce que c’est que cette rage de travail qui te prend tout à coup?
FÉLICIEN
C’est vrai... il y a des instants où l’on ne pense qu’à mal faire. Tiensl.. une idée... Voilà très-longtemps que je suis sans nouvelles de ma famille.
LE VICOMTE et les autres.
Moi aussi... moi aussi...
FÉLICIEN. ’
Ça m’inquiète. Si nous écrivions pour demander de l’arçent?
ARMAND
Allons donc!., écrire des lettres pleines de bourdes et de mensonges sur nos travaux, nos examens; thème usé, rebattu cent fois, et qui nous vaudra, s’il réussit encore, l’avance d’un
mois de pension pour tout potage, quelque chose comme une centaine de francs.
Ça payerait toujours mes cigares.
LE VICOMTE
Fi donc!... des gentilshommes ne mentent pas pour si peu! Il n’y a plus que les garçons épiciers qui se permettent ces scélératesses-là.
ARMAND
Mais, nous. Messieurs, nous entendons autrement la vie et nous taillons dans lo grand ! Nos maîtresses ont des cachemires et des diamants, nous les promenons au bois dans d’élégantes voilures, nous louons pour Telles des avant-scènes à toutes les premières; nous avons des maisons de campagne, des chevaux, des domestiques et des dettes!., de bonnes dettes bien grasses, bien rondes, des dettes qui croquent l’avenir au prolit du présent... Voilà la vie, la vraie vie... courte et bonne, n’est-ce pas, Messieurs?., et après nous, la lin du monde!
FÉLICIEN, criant. .
Au voleur! au voleur!
ARMAND
Comment, au voleur?
FÉLICIEN
Tu m’as chipé ce discours-là, je reconnais mes principes, mes phrases... Tu n’es qu’un plagiaire; c’est égal, embrasse ton professeur.
ARMAND, riant.
As-tu fini?..
FÉLICIEN, le prenant à part.
Dis donc, tu n’étais pas si monté que ça hier, en pensant às l'échéance de demain... et surtout à la parure de chez Jannisset que tu as promise à Olympia.
Ah! c’es't qu’hier j’étais à sec... et aujourd’hui...
FÉLICIEN
Tu es en fonds?
ARMAND
Pas encore... mais... j’ai écrit à Charançon... il m’a fait répondre qu’il viendrait. Je l’attends et j’espère...
FÉLICIEN
Qu’il financera?
ARMAND
Comme tu dis!
FÉLICIEN
C’est que... tu lui en dois déjà pas mal, au papa Charançon.
ARMAND
Raison de plus... il a intérêt à me soutenir.