ACTE SCÈNE XII
Figure toi qu’hier, pendant la tourmente, le pilote Gérard a rencontré au larçe un navire à moitié désemparé; il l’a bien vite accosté et il a trouvé à bord deux hommes, rien que deux hommes, dont l'un pâle, étendu près du gouvernail, indiquait à l'autre, sur la boussole, la direction à suivre.
GENF.VIÈVB.
Eh bien!., après?..
MARTIN
Ce navire, parti d’Australie il y a six mois, revenait avec une cargaison immense, plus d'un million ! Assailli par d'affreuses tempêtes, repoussé vers les glaces du pôle, il semblait voué à une perle Certaine; les privations, les fatigues, les souffrances inouïes réduisaient chaque jour l’équipage. Enfin, le capitaine, malade lui-même et blessé par la chute d'un mât, se trouva bientôt seul à bord avec un jeune matelot que le ciel avait préservé. Ce brave enfant ne perdit pas courage... Aidé des conseils de son chef, il parvint, à force d’énergie, à maintenir le navire dans sa route, puis à le gouverner. Trente jours et trente nuits durant ils marchèrent ainsi, lui dormant à peine une heure sur vingt-quatre, veillant à la barre, aux voiles , soignant son capitaine et sans doute aussi priant Dieu, <mi suit de l'œil les nobles actions et les grands dévouements! Ce navire, c’était le Neptune !.. Ce capitaine, rendu à la famille dont il est l’unique soutien, c'était Dubourg! Et son sauveur, c’était ton fils!
, GENEVIÈVE
Armand? >
MARTIN
Oui, la mère, notre Armand, notre fils, débarqué cette nuit
Fécamp, notre fils que tu vas revoir... embrasser... aujourd’hui, dans une heure, peut-être !
Ah ! mon pauvre homme! (Elle jette daos ses bras.)
MARTIN
Allons... allons... tu es prévenue, maintenant, pas d’émotion, pas de faiblesse 1... Que diable! voilà bien les femmes... ça n’a pas plus de force... (Armand, qui a reparu depuis un moment, s’élance rers Martin, malgré Amélie, qui cherche & le retenir.)
ARMAND
Mon père!...
MARTIN, poussant un cri.
Ah! mon pauvre enfant! (ll chancelle, il tombe épuisé dans les bras d'Armand. ~ Amélie et Cenerière se groupent auprès d’eux.)