‹ Les cuisiniers, comédie en un acte, mêlée de coupletsChapitre 10 sur 26 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

VICTOIRE, la mère MICHEL.

MÈRE MICHEL

Bon jour, ma fille.

VICTOIRE

Bon jou^ , maman ; quoi donc qui vous amène ?

MTÈRE MICHEL.

Je vas te conter ça, donne-moi une chaise que je m'assise. {f^tle s'assied). Ce co<juin de Paris* est si grand ; comme dilc' t'autre.

VICTOIRE 5 prenant son bouillon.

Eh benî m*avez-vous trouvé queut' chose?

MÈRE MICHEL

Oui, j'ai presque parole, une bonne maison , c'est pas faute d'avoir trotté. Ah cà ! t'es ben décidée à les qi^it- 1er?

ncTomE.

Plus que jamais, ils n' veulent pas m' r'augme»Ccr.

MÈRE MICHEL

Ahî dartie , là-bas t^aurals cent éc us, et ça Veut mieux que deox-oents francs.

Elle rit.

VICTOIRE. i

Vous avez dëjeûnë? \

MÈRE MICHEL, '

Du loul ; puisque je venais te voir. J 'ai dit: je mangerai un morceau chez ma fille , comme dit c't autre. i

VICTOIRE

Mettez-vous là, au bout de la table; n 'y a pas grand :

chose, on ne fait pas re^le ici , c'esl sèche. Je vas vous \

donner une cui^ de volaille. '

£lle prend une cuisse de volaille dans le buffet. ' %

MÈRE MICHEL. j

Une cuisse de poulet! elle n'est pas dëjà si secf. *' j

VICTOIRE. i

ffèJlon dieu, maman , je suis toute sans dessus dessous , l

j'ai du monde aujourd'hui. <

MÈRE MICHEL

Oh ! alors je viendrai ce soir t'aider à ranger la vais- !

selle. \

VICTOIRE

Tant mieux, vous dinerez avec M. François, vous le

ferez s'expliquer, car il n'en finit pas. \

MÈRE MICHEL

Certainement qui faudra qu'il s'explique. Mais , Vie- \

toire , donne - moi à boire ; car je n'ai pas envie de \

m'ëtouffer, comme dit c't' autre. ..

VICTOIRE, met une bouteille et un verre devant elle. ^

Tenez, maman, buvez, C'te nouvelle place serait j

donc bien bonne ? ?

MÈRE MICHEL

J' crois bien... C'est M"*. Badoulard , la gai'de- 1

malade d'en face de d' cheux nous qui m'a trouvé ça. j C'est un gros marchand d' vin de la Kapée , tu s'ras là

comme 1' poisson dans l'eau. ^

VICTOIRE

Je n' s'rai pas fôchëe de les planter là , à cause de ) madame qui est toujours après moi.

MÈRE MICHEL. i

N'faut pas déjà tant t' nir aux maîtres , y n' tiennent I

déjà pas tant à nous. Si nous étions dans l'embarras , J

y nous y laisserions bien .. . Tiens, t'as ta chaîne! *:

( i5) VICTOIRE.

Oui , c'est Monsieur qui m' Ta rHirée d' gage.

MÈRE MICHEL

Les maîtres sont d's ingrats... Je n' te connaissais pas c' fichu-là.

C'est madame qui m' l'a donné.

MÈRE MICHEL

T' as assez peine auprès d'elle , tu n' l'as pas volé.

VICTOIRE

A c't' heure , mettez-moi c' pot d' graisse dans vot' poche , et c'te demi - bouteille sous vot' tablier ; vous savez que c'est les profits des cuisinières. MÈRE MICHEL, mettant dans les poches de son tablier.

Ah ! la mauvaise maison ! donne toujours, comme dit c't' autre... (f^ictelre range la bouteille, le verre et Vassiette. Mère Michel enveloppe le reste dans du papier,)

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