DÉSERTS ET OASIS
On ne trouve dans aucune partie du globe d'aussi vastes déserts, car le grand désert de Kobi, dans la Haute-Asie, ne peut être comparé au Sahara, le véritable océan de sables du globe. Les Arabes le nomment Sahara-Belama, c'est-à-dire désert sans eau. Il s'étend de Test à l'ouest, entre le lo"" et le 30° de latitude nord, dans une longueur de deux cents milles géographiques, et quelquefois plus. Sa superficie est de plus de cinquante milles carrés.
Le grand désert de Libye, dont une des extrémités s'étend au nordest jusqu'à deux journées du Caire, l'antique Memphis, se distingue du Sahara par quelques débris de végétation, des fragments de rochers et des cailloux roulés épars çà et là sur sa surface, tandis que le voyageur est épouvanté à la vue de l'affreuse uniformité des plaines brûlantes du Sahara. Une particularité remarquable du désert libyque, et qui lui est commune avec le Bahr-Belama, fleuve sans eau, c'est la grande quantité de bois pétrifié que l'on y trouve, depuis les branches les plus minces jusqu'aux troncs d'arbres les plus gros, ce qui lui donne l'aspect d'un fond de mer desséché et couvert de débris de vaisseaux naufragés. La vue est agréablement reposée dans ce désert par les oasis, dont une suite nombreuse, située sur la rive orientale, se dirige vers la mer Méditerranée, parallèlement au Nil.
Les plus remarquables de ces oasis sont :
La grande Oasis ou Oasis du sud, en arabe El-Wâh-el-Kébir, nommée aussi l'Oasis de Thèbes, qui a vingt-quatre lieues de longueur sur une largeur de trois à quatre, et est habitée par des Arabes, sous l'autorité d'un cheik ;
La petite Oasis, près du lac Mœris, renfermant plusieurs sources chau- . des et froides ;
L'oasis de Four, qui n'est autre chose que le pays de Four, en arabe Dar-Four, composée de plusieurs oasis, groupées en cercle allongé, que le souverain, décoré du titre de sultan, visite successivement. Elle a trois entrées principales : Sweini, au nord, Ril au sud-est, et Kubkabia à l'ouest. Kobbée, la capitale est au centre ;
L'oasis d'El-Kassar, qui forme une vallée fertile entourée de rochers, dont les versants intérieurs se terminent en collines couvertes de bois de palmiers, et arrosées par des sources nombreuses ;
L'oasis El-Hair, dont les plaines, ombragées de cerisiers, produisent d'abondantes récoltes de riz et de blé;
L'oasis Takel, et Toasis Farafré, arrosées de sources nombreiLses, mais troubles;
L'oasis tic Siwâli, qui n'est autre que la célèbre oasis de Jupiler- Ammon, située sous le 29'^ degré 12' de latitude noi'd et le 44« degré 54' de latitude, est à vingt-quatre jours de marche en ligne droite d'Alexandrie. Au milieu de cette oasis couverte de moissons et de riches prairies ombragées par des bois d'orangers et de palmiers, s'élève, sur le sommet d'un rocher semblable k une forteresse, Siwâh, entourée, dans un rayon d'une demi-lieue, de cinq villages habités par une tribu d'Arabes remuants et avides de combats. Les pierres des maisons proviennent des débris du temple de Jupiter-Ammon, surnom qui signifie brûlant, dont les ruines imposantes témoignent encore de son antique splendeur. On y rencontre de nombreuses catacombes remplies de débris de momies ; .
L'oasis d'Agably, à trente-trois jo^urs de marche de Tripoli, et aux trois septièmes du chemin de cette ville à Tombouctou;
L'oasis de Tuât, sur la même route ;
L'oasis d'Angila, à treize jours de marche, au sud-est de Bérénice et de la mer, qui compte quatre villages et produit des dattiers, célèbres dès le temps d'Hérodote par la saveur de leurs fruits ;
L'oasis du Fezzan, désignée par le même Hérodote sous le nom de grande Oasis du pays des Garamantes, qui est-entourée de rochers et de sables. D'après Hornemann, cette oasis compte cent villages, en outre de Murzouk, sa capitale. Sa longueur, du nord au sud, est de soixante milles géographiques, et sa largeur, de l'est à l'ouest, de quarante;
L'oasis de Gadames, située à l'extrémité méridionale de l'Atlas, dans le Bilédulgérid, pays des dattes, et qui confine aux montagnes des Berbères.
Ces deux chaînes d'oasis, l'une à l'est et l'autre à l'ouest du désert libyque, partent également de l'intérieur de l'Afrique et forment les deux grandes voies que la nature a ouvertes au commerce des peuples, et que l'histoire nous signale comme constamment suivies dans l'antiquité. De nos jours, elles sont les postes où viennent se reposer les caravanes qui traversent le désert : les habitants en sont les hôteliers et les consignataires des marchandises qui arrivent ainsi du fond de l'Asie au Sénégal, d'où elles pénètrent jusque dans les comptoirs du Nouveau- Monde. Sous ce point de vue, ces oasis acquièrent d'autant plus d'importance aux yeux du philanthrope que , semblables au cœur, siège de la circulation du sang chez l'homme, les routes qu'elles offrent aux caravanes et aux pèlerins, de l'ouest à l'est et du sud au nord, semblent destinées à favoriser les relations intellectuelles de ces peuples.
DE l'ancien monde. 7T