‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 167 sur 174 · BUTTE · texte numérisé non relu

BUTTE

— Entre Belleville et la Villette, dans cette partie du XIX° arrondissement que bornent, au nord de la rue de Meaux, à l’ouest le boulevard du Combat, au sud la rue de Paris, à l'est la rue de la Villette et la rue de Crimée, s'étend un vasie espace de terrains âpres, bossués, incultes, tachés de glaises vertes et et de marnes blanchâtres, tout sillonnés de petits sentiers et coupés de ravins et de fondrières. Ce Sont les buttes St-Chaumont,

plus communément dites

Buttes Chaumont,

On ne sait rien de bien précis sur l’origine du 0m donné à ces buttes. Dans un article inséré au Mercure de France (année 1731. pages 2330 et suivantes), intitulé. Coujectures sur la formation de Mont- 4 marire et de la butte Chaumont, près Puris, on émet l'opinion que ces mouticules ont été élevés par quelque feu souterrain Ou queiques vol- :

cans, un grand nombre de pierres ou d’ossements brûlés et le nom de Chaumont semblant indiquer daus ce lieu un ancien incendie. Le père Lelong. de son côté, estime que celte étymologie « est 1irée de trop loin. On disait et On éerivail jadis, ajoute-t-il, Chauxmont, ce qui parait in- 3 diquer une montague où l'on # Calcinait, et ji, n’y a pas long- 2 lempS Qu'on sait quelle difierence 11 Y à entre la chaux et le piâtre. »

D'autres auteurs attribuent le- non de ces buttes à une famille Saint-Chaumout, qui aurail eu Une propriéié dans le voisinage,

On peut encore le faire dériver de mont chauve, mons calvus, et il faut reconnaître que l’aridité du terrain justifie de tous points cette étymologie. Enfin il est encore permis d'admettre qu’il exista autrefois en ce lieu une chapelle dédiée à Saint-Chaumont, qui fut parrain de Clotaire II, et devint évêque de Lyon, après la mort de Vivence, vers le milieu du 7° siècle. Les biographes n’ont pas manqué à Ce saint, à qui l’on dut, entre autres établissements, l'institution d’une communauté de filles consacrées particulièrement aux actions de charité.

Sur le plan de Verniquet, la rue de la butte Chaumont figure sous le nom de rue de la Voirie , mais aucune dénomination n’y est attribuée aux buttes qui devront aux gigantesques travaux, dont elles sont en ce moment l'objet, d'occuper une place à part dans l'histoire de la transtormation de Paris.

Que ceux qui ne connaissent pas les buties Chaumont se hâtent de les visiter, car bientôt elles ne seront plus reconnaissables, et toutes leurs fondrières auront disparu pour faire place à un de ces

jardins féeriques.

Ce square où plutôt ce parc, établi au nord de Paris, est d'une superficie de 22 hectares, présente une grande animation et de nombreux ouvriers y sont occupés pour faire de ce lieu aride, défoncé par de profondes excavations, une promenade qui rivalisera avee le bois de Boulogne et le bois de Vincennes.

Combat en 1814.

Les Buttes Chaumont, à peu près inconnues des Parisiens du centre, ne doivent guère qu’à un épisode de l'héroïque défense de 1814, de n’être pas tout à fait tombées dans l'oubli. Suivant la légende, les élèves de l'Ecole Polytechnique y auraient tenu tête à l’empereur Alexandre 1° en personne, qui, témoin de leurs courageux efforts, aurait crié à ses grenadiers : « Épargnez ces enfants! » Cette double erreur historique est signalée par M. Emile de la Bédullière, dans son intéressante histoire du Nouveau Paris. 11 est parfaitement prouvé que les élèves de l'Ecole étaient au nombre de 216 sur la chaussée de Vincennes, servant, avee le concours des ariilleurs de la vieille garde, vingt-huit pièces de canon appartenant à l'artillerie de la garde na- Livnale-parisienne. Quant au czar, il ne quitta pas le-ehâteau de Bondy jusqu'a l'armistice, qui fut Signé chez un marchand de vin de la Villette, à l’enseigne du Petit Jardinet

Les véritables défenseurs des buttes Chaumont furent des artilleurs de la marine, auxquels s’éaient joints de faibles détachements des 5° et 6e légions de la garde nationale, et peut-être aussi quelques élèves de l'Ecole Polytechnique. Cette poignée d'hommes fit bonne contenanceet repoussa

l'assaut de la garde prussienne; mais elle était

trop faible pour tenir longtemps, et dut se replier, vers le soir, devant une colonne d'infanterie légère bien supérieure en nombre.

Ce tut le 30 mars 1814, que 440,090 alliés, sous le commandement de Blücher, de Langeron, de Kleist, de Barclay de Tollay et du prince de Wurtemberg, se pressaient, sur tous les points d’où ils

pouvaient attaquer la PRES ils étaient divisés

eu cinq Corps d'armée. Les Français n'avaient à leur opposer que 23,000 hommes ; 6000 gardes nationaux défendaient les 40 barrières. La première attaque eut lieu dans la direction de Pantin et de Romainville, Barclay de Tollay, qui disposait de 47,000 hommes, fut d’abord refoulé. Mais grâce au renfort que lui ameua le prince de Wurtemberg, il s'empara de Belleville et de Romainville. Les 700 hommes de la brigade Clavel se défendirent héroïquement, sans pouvoir cependant arrêter l'effort de 20,000 alliés. Bagnolet, Charonne, la Villette, la Chapelle furent successivement occupés par les Russes et les Prussiens.

Pendant ce temps-là le corps de Blücher débouchait par la plaine Saint-Denis.

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