‹ Les curiosités de l'Exposition universelle de 1867Chapitre 169 sur 174 · TABLEAU DE PARIS EN · texte numérisé non relu

TABLEAU DE PARIS EN

Le Pare des Buttes Chaumont.

— Dire ce qu’étaient les buttes Chaumont, il y a deux ou trois cents ans, ne nous est pas possible, nous ne les avons pas vues à cetle époque, mais elles devaient être encore à peu près ce que nous les avons vues en 14840, et c’est un des souvenirs les plus frappants de notré jeunesse que cette accumulatiou d'horreurs. &

Tout était là réuni comme à plaisir: le laid, l’horrible, le dangereux, le puant, l'infect! La nature y avait mis la sécheresse, l'aridité, des fondrières impossibles; l'homme y avait établi des dépôts de poudrette et des ateliers d’équarrissage.

Nous avions dans nos souvenirs les horribles buttes Chaumont de 1840, et nos yeux voyaient la merveille qui les remplace!

Quand on est arrivé au bout de la rue Lafayette il faut traverser le boulevard et prendre devant soi la rue de Puebla. |

L’allée de Puebla,—baptisons ainsi l’allée qui fait face à cette rue,—passe d’abord sous un pont de fer assez élégant qui relie deux escarpements de rochers distants l’un de l’autre du double au plus de la largeur de l'allée; ensuite, cette allée passe entre les deux plus forts mamelons des anciennes buttes dont le sol crayeux à été partout recouvert de 60 ou 80 centimètres de terre végétale pour qu'y puissent pousser en toute liberté les végétations dont on a couvert ces deux mamelons, gazons, arbres isolés, massifs de petite futaie, etc.

Ainsi transformés, ces deux mamelons ressemblent à s'y méprendre, aux nombreux petits coteaux boisés que l’on rencontre à chaque instant sur le parcours du chemin de fer de Rouen.

Sortons du pare, mais ne regardons pas notre promenade comme terminée ; tournons à gauche, et après avoir longé pendant trois minutes à peine la grille qui clot le parc tout en n’altérant en rien la vue, accoudons-nous un instant sur la magnifique balustrade en pierre qui, de plus de 40 mètres de surélévation des parties les plus hautes du parc, remplace la grille sur une longueur de cent à cent cinquante mètres. Quel coup d'œil! quel horizon! Devant soi Montmartre à l’état de pittoresque perspective; à gauche Paris, Paris, c’est tout dire; tout là bas, là bas, le cours de la Seine dominé par le mont Valérien ; et toujours à vol d'oiseau, cette plaine si animée, si vivante, qui commence à nos pieds par la Chapelle et la Villette et qui se termine à Saint-Denis Que de choses, rien de côté, l'œil embrasse! Voici sur un des premiers plans, etau milieu des usines sans nombre qui se pressent et fument dans la plaine, voici le nouveau marché aux bestiaux destiné à remplacer les antiques marchés de Poissy et de Sceaux; voici, à côlé;—cela s'explique, les nouveaux abattoirs de Paris, d’une dimension telle, qu'il s'y trouve, nous a-t-on dit, plus de 4,500 chambres à abattre! Voici, dans ce coin, et littéralement sous nos pieds, le chemin de fer de ceinture qui, sortant du long tunnel de Belleville, traverse le parc dans un profond déblai avant d'arriver à la station de Belleville-La-Villette; voici dans ce même coin du tableau et dans ce même déblai, l'amorce du chemin de fer spécial du marché aux bestiaux ; voici surtout... mais pénétrons à nouveau dans le parc par l'entrée qui est au bout de la balustrade, et approchons des merveilles,—de vraies merveilles, —qui nous restent à voir. Après avoir abandonné la balustrade nous sommes rentrés dans le pare par la porte qui termine cette balustrade Notre première traversée du parc était une ascension, la route que nous SuIVIONS étant entre deux coteaux; notre seconde traversée est une descente, sur une route bordée de chaque côté d’un véritable précipice. Les contrastes, on le voit, sont savamment combinés. Les deux précipices que nous avons à côtoyer sont: à notre droite, le chemin de fer de ceinture dans son déblai tout gazonné et garni d'arbres verts; à notre gauche, la partie la plus pittoresque et la plusgrandiose du parc, celle qui appelle l'attention d’une manière tout à fait invincible.

Ici, en eflet, le parc se creuse brusquement en une vallée de 25 à 30 mètres de profondeur pour le moins ; au fond de cette vallée, un lac et non un Jac de square, mais un lac de 10,000 mètres de superficie; au milieu de ce lac, une roche basaltique énorme, une véritable falaise d’Etretat de 50

mètres de haut; sur cette roche, un temple rond ; ous nes, la reproduction du temple de la sibylle ome. ne

Voici ce qui frappe immédiatement le re jard : É

mais ce n’est cependant qu’une partie de l’ensemble, le plus saisissant, le plus grandiose, maisnon pas le seul remarquable. Quand le rd s’est arraché de ce lac, de cette roche, de cetemple, et qu’il se reporte sur les autres parties de la vallée des buttes Chaumont, il y découvre, en effet, bien d’autres sujets d'attention. .

Ici, du côté qui regarde Bélleville, c'est un pont en briques d’une seule arche hardiment jeté à 30 mètres au-dessus du lac, de la falaise du temple à la partie haute du parc; l’arche est courte de volée; les deux escarpements sur lesquels elle s'appuie sont abrupts; l'aspect est grandiose, c’est celui d’une énorme brèche entre deux rochers; et “on main de l’homme a comblé par ce pont si

ardi. #

Du côté qui regarde Montmartre , l'aspect de la falaise du temple est tout autre, rien ne lui fait pendant comme du côté de Belleville, et elle se montre à vous dans toute sa grandeur, seulement ici elle n’est pas nue, comme du côté opposé ; elle émerge bien le lac, imposant et superbe, mais à ses pieds, à ses côtés, se grappent, se soudent, s’accrochent d'autres rochers énormes, parmi lesquels des sentiers ont été tracés, presque sentiers de chèvres, comme ceux qui, à Etretat, descendent à la Chambre du Diable.

A droite, une roche plus détachée, plus séparée que les autres, a laissé passer entre elle et sa gigantesque sœur un escalier taillé à même la piefre et qui contourne la falaise du temple, rejoignant sans doute le grand chemin qui, passant sur le pont de pierre dont nous avons parlé tout à l’heure, conduit au temple.

Du côté de Paris, nouvel aspect ; de nouveaux

pics, de nouvelles aiguilles saillissent des bords du

lac, les uns participant à la masse que couronnele temple, les autres isolés sur l’autre rive du lac, et de ceux-c1 s’élance vers ceux-là à travers la vallée,

— Les buttes Chaumont dépouillent rapidement leur morne et triste physionomie d'autrefois. C'est ainsi qu’on voit se dessiner, dans les profondeurs du terrain, l'emplacement du lac qui sera alimenté par deux ruisseaux serpentant le long de vallons encaissés. Du lit de ce lac s’élance une aiguille artistement taillée dans la roche et qui n’attend plus que les eaux dans lesquelles baignera sa base.

Il en est de même du promontoire dont le front vertical s'élève à près de 50 mètres de hauteur, et à la pointe duquel on construit le temple de la Sibylle, modèle qui existe à Rome.

Le pont suspendu a 63 mètres de portée, et il est à 41 mètres au-dessus du plan d’eau. Une falaise a été percée en partie à gauche, afin de recevoir les amarres des câbles, disposition qui rappelle l'aspect des rochers d'Etretat.

Les parois de la grotte sont tapissées de stalactites et de stalagmites imitées à faire illusion, comme celles de la grotte du parc Monceaux.

A vos pieds, les eaux de la Dhuis, accourues du cœur de la Bourgogne, pour s’unir, à Ménilmontant, à celles de la Marne, repoussées par la pompe à feu de Charenton, tombent en mugissant dans un antre béant formé par des rochers factices, disparaissent pour reparaître plus loin et pour aller se briser en cascade d’une hauteur de 80 mètres, dans le grand lac, y baigner les pieds d’un gigantesque promontoire taillé en falaise, et formé par la double excavation d'anciennes carrières à plâtre entamées depuis plus d’un siècle.

Au bas de ce versant, dont les flancs de pierre sont ouverts par la mine, se trouve une petite chapelle en bois surmontée d’un clocher en flèche et entourée de chalets d’une simplicité extrême. Ce sont des écoles et un petit temple protestant établis là depuis plusieurs années et qu'on conserve intacts pour ajouter un charme de plus à la variété du paysage.

On met la dernière main aux travaux de construction de divers pavillons : maisons de garde, cafés-restaurants, etc. On achève de dessiner le réseau des grandes allées et des petits sentiers qui rendront accessibles, pour les voitures aussi bien que pour les piétons, tous les sites de l’immense jardin. Dès à présent, une grille élégante entoure tout le pare, sans en interrompre les perspectives.

Rien de plus facile que de se rendre, du centre de Paris, au square des buttes Chaumont. La rue

. Lafayette et la route d'Allemagne, qui lui fait suite,

offrent un chemin direct. De la route d'Allemagne

| ilne faut pas dix minutes à pied, par la rue de Cri-

mée, pour atteindre le square. On peut aussi y. arriver cCommodément par la rue du Faubourg-du- Temple et la rue de Paris, à Belleville, que traverse

Ja rue de Puebla qui conduit également au nouveau jardin.

Temple de la Sybille,

Un des ouvrages les plus curieux du pare des Buttes Chaumont est à la veille d’être achevé, c’est le petit temple élevé à la pointe du promontoire qui surplombe de 50 mètres environ le plan d’eau du lac. 11 reproduit exactement, on le sait, le temple fameux de la Sibylle qu'on admire à Tivoli, près de Rome. Ce morceau architectural, qui se dessive gracieusement dans l’espace, ce promontoire formé de blocs de roches artistement superposées, et qui est relié à la terre ferme par un pont léger, aérien, constituent un site d'uu effet grandiose ét qui n’a nulle part son semblable.

Entrées du J ardin.

Pour se rendre au jardin des buttes Chaumont voici l'itinéraire qu'ils auront à suivre: monter la rue Lafayette jusqu’à la place de l’Ourcgq, prendre à droite la rue Puebla, puis, au bout de cette rue, le boulevard de Puebla qui mon.e à Belleville en faisant lacet. Avant d eutrer dans Belleviile, on trouve un autre beau boulevard déja planté et pavé à gauche, qui domine la hauteur et va jusqu’à la rue de Cruuee. De cette élévation, les promeneurs verront les buttes déja plantées, la grande cascade et ses rochers, les allées qu un dessine et un panorama unique dans le monde, puisqu'il est de 400 lieues carrées (dix lieues et plus de chaque côté), avec Pa-

SSI

de VERT Frères,

rue

Francois-Miron, 8, derrière la Caserne Napoléon,

ris au centre et plus de cent villes et villages à l’entour. La vue s'étend sur trois départements : celui de la Seine tout entier, celui de Seine-et-Oise et celui de l’Oise, puisqu'on voit des buttes Chaumont les hauteurs de Gisors.

Le Parc de Montsouris.

— Les travaux du parc de Montsouris, qui sera la grande promenade du sud de Paris, sont commencés et vont être activement poursuivis dans le cours de cette campagne.

Les terrainssur lesquels on s'occupe d'établir ce parc sont situés, on le sait, sur la rive gauche de la Bièvre dont ils dominent toute la vallée, et ils offrent une remarquable échappée de vue sur la capitale et quelques-uns de ses monuments.

Indépendamment de la rue Militaire, du boulevard du Transit et d'autres voies accessoires, par lesquelles on accédera à la promenade, deux voies plantées, de vingt-deux mètres de largeur, y conduiront de l'intérieur de la ville. L’une partira du carrefour formé par les rues de la Santé, de la Glacière et le boulevard du Transit; l’autre, qui aura euviron 900 mètres de longueur, aura son origine à la place d'Enfer et prolongera en ligne droite jusqu’au parc le boulevard de ce nom. L’étendue du parc de Montsouris ne serait pas moindre de 46 hectares.

(Moniteur).

Paris, — Typ. VERT frères, 8, rue Francois-Miron.

Page 1