‹ Les curiosités la scienceChapitre 1 sur 53 · LETTRE-PRÉFACE · texte numérisé non relu

LETTRE-PRÉFACE

j{ Monsieur L. de BEAUMONT, {U Académicien d' Etampes.')

Mon cher Académicien,

ui, vous avez mille fois raison, les spectacles de la Nature sont merveilleux, et la science moderne est le plus grand des poëmes.

Que ceux qui ne voient que l’écorce ne sentent pas la vie circuler dans l’arbre ; qu’ils s’agitent sur la Terre, sans se douter des beautés qui les environnent ; qu’ils regardent le ciel sans le comprendre, et qu’ils ajoutent leurs jours à leurs jours, les années aux années, sans apprendre même sur quoi ils marchent ni quel lieu ils habitent dans l’Univers ; que le vulgaire aveugle et banal prétende que nos imaginations errent dans le rêve, et que des savants glacés nous jettent la pierre parceque nous voyons ce qu’ils ne voient pas et entendons ce qu’ils n’entendent pas : continuons d’admirer, continuons de sentir, continuons de chanter.

Oui, chantons ce poème sans rival, qui domine du haut de son zénith d’azur les Iliades et les Odyssées , les Divii.e Comédie , les Paradis perdu- , les Jérusalem délivrée , les Faust tt toutes les œuvres de la littérature humaine; laissonsnous emporter dans le fourmillement céleste des voies lactées, glisser sur l’aile des comètes aventureuses, dormir dans l’ondoiement des anneaux de Saturne, ou palpiter dans la lumière multicolore des étoiles doubles bercées au fond des deux ; ou bien pénétrons à travers les couches géologiques de notre planète, remontons aux âges primordiaux de l’origine des mondes, descendons l’avenir jusqu’aux dernières convulsions de l’agonie humaine, assistons aux effondrements des mondes en ruine, aux résurrections des nébuleuses incandescentes ; ou encore, dans l’ombre solitaire des bois, écoutons simplement courir la brise, gazouiller le ruisseau, frémir le feuillage, chanter l’oiseau amoureux, bruire l’insecte qui se cache dans la mousse ou s’envole sur la fleur entr’ouverte : ce sont, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand, les confidences de la Nature que nous recevons ; ce sont des heures délicieuses passées en communication avec la Vérité éternelle ; ce sont là des joies intimes que nous apprécions d’autant mieux que nous avons goûte davantage au fruit toujours nouveau et toujours mûr de l’arbre de la

Science.

Laissez-moi donc, mon cher Académicien, vous féliciter de présenter les Curiosités de la Science sous cette forme vivante et charmante qui a déjà fait le succès de vos articles scientifiques, et vous approuver de réunir ces études, si intéressantes et si variées, en un volume qui nous permette de les conserver à la meilleure place de nos bibliothèques. ■

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