HÉLÈNE
iVlE voici :
J'étais là dès hier, et dès sa veille,
Ailleurs, ici ;
Toute chair a paré, un soir, mon âme vieille
Comme l'éternité du désir que tu vêts.
La nuit est claire au firmament...
Regarde avec tes yeux levés :
Voici — comme un tissu de pâle feu fatal
Qui fait épanouir la fleur pour la flétrir —
Mon voile, où transparaît tout assouvissement,
Qui t'appelle à la vie et qui t'en fait mourir.
La nuit est claire au firmament vital...
JMes mythes, tu les sais :
Je suis fille du Cygne,
Je suis la lune dont s'exubèrcnt les mers
Qui montent, tombent, se soulèvent;
Et c'est le flot de Vie exultante et prostrée.
Le flot des rêves,
Le flot des chairs.
Le flux et le reflux de la vaste marée.
iVloN doute — on dit l'Espoir — l'ait l'action insigne
Je suis reine de Sparte et celle-là de Troie,
Par moi la douloureuse existence guerroie.
Je meus toute inertie aux leurres de ma joie,
Hélène, Sélènê, flottant de phase en phase,
Je suis l'inaccédée et la tierce Ilypostasc
Et si je rejetais, désir qui m'y convies^
Mon voile qui promet et refuse l'extase,
Ma nudité de feu résorberait les Vies...