ACTE CINQUIEME
l'entrée. J'ai refusé alors vos bons offices; aujourd'hui je les accepte.
LE CURÉ
Vous voulez entrer dans un couvent ?
M A RGELLE.
Oui, monsieur le curé.
LE CURÉ
Quand votre mari revient... Vous aimez donc toujours... l'autre ?
MARGE LLE
Non, monsieur le curé.
LE CURÉ
Pardonnez-moi de vous interroger. Cependant, une résolution, si extraordinaire?... 11 n'est pas possible qu'une exaltation religieuse ait remplacé en vous la foi qui manquait. Xe m'aviez-vous pas dit que vous considériez le refuge dans un couvent comme un suicide?
MARGE LLE
Aussi est-ce toujours la môme chose pour moi.
LE CURÉ
Mais, mon enfant, vous n'avez pas le droit de chercher la mort.
MARCELLE
Et, si j'ai le devoir de chercher le châtiment!
LE CURÉ
Oh! mon enfant! mon enfant! Quel crime avez-vous donc commis pour que votre conscience se révolte à ce point? Ne vous exagérez-vous pas à vous-même la portée d'une faute?
MA RGELLE.
Quoi, monsieur le curé, c'est vous maintenant qui me déconseillez l'expiation et le suprême recours à Dieu!
LE CURÉ
Ce n'est pas à Dieu, que vous désirez aller, c'est au néant. Oui, je vous ai dit autrefois d'aller demander ;'i Dieu la paix pour votre âme troublée par une passion coupable; mais vous étiez seule alors, et libre de vousmême, aucun devoir ne vous retenait au monde. Mais aujourd'hui... aujourd'hui, votre mari revient, votre mari qui vous aime, votre devoir est ici, dans le bonheur que vous devez lui donner. J'ignore de quelle faute, de quel crime vous vous repentez en ce moment. Mais il n'est de faute criminelle qui ne se rachète par l'accomplissement du devoir, et Dieu ne veut pas du repentir et de la pénitence, qui se payent par le désespoir d'autrui.
MARGELLE
Hélas, monsieur le curé, ce n'est pas dans le remords et la honte de soi qu'on trouve la force nécessaire pour accomplir un devoir. Je n'aimais pas mon mari, avant de le haïr; je ne saurais jouer maintenant avec lui une comédie sinistre, et lui simuler une affection que je suis incapable d'éprouver. Mon existence est brisée. J'ai lutté pour défendre ma jeunesse et ma vie. Maintenant c'est fini. Il n'y a plus rien, rien pour moi. Il faut que je disparaisse.
Madame Richard entre de droite, courant vers la gauche.
SCExNE IV MADAME RICHARD, MARCELLE, LE CURÉ, puis HENRI.
MADAME RICHARD, avec un grand cri de joie.
Mon fils!... Marcelle!... monsieur le curé! c'est mon fils!
C'est mon fils! (Henri parait à gauche, et se précipite dans les
bras de sa mère.) Mon enfant! Mon enfant !