‹ Les dames du Plessis-Rouge; pièce en cinq actes et six tableauxChapitre 133 sur 139 · ACTE CINQUIEME loi · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME loi

rendue, tu ne m'échapperas plus, je veux te garder toujours, toujours.

MARGELLE

Non. Laissez-moi, Henri; laissez-moi!

HENRI

Écoutez, Marcelle, écoutez. Pendant ces longs mois de souffrance qui viennent de s'écouler pour moi, j'ai fait bien des retours sur le passé, j'ai bien interrogé mon âme. Oh! ce coup que vous m'avez donné au cœur en me déclarant votre amour pour cet homme!... Étiez- vous vraiment coupable... ou aviez-vous menti cruellement? et je vous maudissais,... et je vous adorais ! Tantôt, je me jurais que je serais sans miséricorde pour vous... et puis, ma colère s'évanouissait dans la douleur unique, absorbante, d'être arraché de vous. Maintenant, tout s'est apaisé en moi. Il ne subsiste plus rien en mon cœur des fureurs, des désirs de vengeance d'autrefois. Non, Marcelle, il no reste plus rien que mon amour, mon amour profond, immense, qui veut tout oublier du passé; mon amour, qui me fait me jeter à vos pieds, sans force, sans défense. Marcelle, daignez me pardonner les torts que j'ai eus envers vous; moi je ne veux rien connaître des vôtres: je ne vous adresse aucun reproche, je ne parle même pas de pardon, je ne me reconnais pas le droit de vous juger. Vous êtes mon idole que j'adore aveuglément, et que j'implore. Marcelle, laissez-moi vous aimer !

MARCELLE

Ah! Henri! Henri! pourquoi ne m'avez-vous pas parlé ainsi autrefois ?

HENRI

Pauvre enfant, est-ce moi qui ne voulais pas parler ainsi, ou vous qui ne vouliez pas m'entendre?

MARCELLE; avec vivacité.

Henri, vous n'avez pas à me pardonner, car je n'étais pas coupable. Oui, je vous le jure, si j'ai été victime d'un

entraînement, je n'ai pas commis la faute, dont je me suis accusée à vous. Je n'étais pas coupable. Me croyezvous, Henri?

HENRI, fou de joie.

Marcelle! Marcelle! Est-il dono possible que je vous aime encore davantage que je ne vous aimais? Oh ! ne m'aimerez-vouspas un peu, vous, maintenant?

Il veut la prendre dans ses bras.

MARGELLE, se dégageant.

Non, Henri, je ne puis vous aimer.

II EN H I, la saisissant, et l'étreignaut contre sa poitrine.

Si ! Tu m'aimes, tu m'aimes, pourquoi mens-tu, Marcelle? Est-ce que je ne vois pas tes yeux se remplir de pitié? est-ce que je ne sens pas ton cœur se briser dans ta poitrine? Tu m'aimes!

MARGELLE, s'abandonnant, vaincue.

Oui, Henri, mon cœur se brise de douleur et de remords — vous êtes noble, vous êtes bon — je vous connais enfin... et je vous aime.

HENRI

Ah! comme nous allons être heureux!

MARCELLE

Heureux, non! heureux maintenant, c'est impossible!

Oui, sans doute, il y a toujours sur nous une grande misère... je ne suis que l'objet d'une grâce... et le souvenir de ma condamnation nous poursuivra toujours. Mais... ma mère est bonne, elle vendra sa fabrique pour nous envoyer vivre n'importe où, à l'étranger dans quelque coin perdu où nous serons seuls, seuls pour nous aimer, jusqu'à la mort.

MARGELLE

Oh! oui! seuls; seuls à nous aimer! (se dégageant, accablée.) Mais non, non, c'est impossible.

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