ACTE PREMIER 2o
LE CURÉ
Que voulez-vous? Nous sommes tous mortels : chacun son tour.
ANTOINE
Bien sûr, monsieur le curé, c'est chacun son tour. Ça a été elle d'abord, et puis ce sera moi, et puis vous, et puis des autres après comme cela.
LE CURÉ
Oui, oui, nous y passerons tous.
Bien sur. Et puis madame Richard la mère, et puis... (changeant de ton.) .Monsieur le curé?
LE CURÉ
Quoi, mon ami?
( '.'est-il que vous croyez que ma femme soit au paradis, à cette heure?
LE CD RÉ
Au paradis, je ne sais pas, mais si le bon Dieu a voulu la faire passer par le purgatoire, elle n'37 restera pas longtemps, la pauvre créature; elle n'a jamais fait de mal à personne.
ANTOINE
Bien sur, bien sûr. Mais si ce n'était que l'affaire de quelques messes pour l'y faire aller tout droit; eh bien, on a beau ne pas être riche...
LE CURÉ
Xc vous préoccupez pas de cela, père Toine. Les morts n'ont pas besoin de messes, c'est aux vivants qu'elles servent pour les récompenser de ne pas oublier les morts.
ANTOINE
Alors, c'est pas la peine de faire dire comme ça deux ou trois messes encore ?
26 LES DAMES l»LT PLESSIS-ROUGE
LE CURÉ
.Non, non. Allez, père Toine, votre intention vons sera comptée pour le fait.
Alors si c'est comme ça, ça va. D'ailleurs, c'est une justice à vous rendre, monsieur le curé, que tant à ce qu'il y a des messes, vous ne poussez pas le monde à la dépense. C'est-il peut-être bien que <;a vous embête à les dire:'
LE GUR Ê
Père Toine, je crois que vous êtes un peu gris, ce soir. Je me lèverai demain a cinq heures pour dire une messe pour vous, et prier le bon Dieu qu'il vous corrige de boire.
ANTOINE
Monsieur le curé, vous êtes un saint homme, et c'est bien de la complaisance pour sûr, monsieur le curé.
LE CURÉ
Ça ne vous fera pas de mal. On ne vous voit pas souvent à l'église.
Bien sur, bien sur, qu'on ne m'y voit pas souvent; c'est que voilà, c'est pas par méchanceté; moi, j'aime mieux prier tout seul, je n'aime pas prier avec tout le monde.
LE CURÉ
Vous avez moins de délicatesse pour la boisson, père Toine. Je ne crois pas que ça vous gène beaucoup qu'il y ait du monde au cabaret.
Bien sûr, bien sur, monsieur le curé; ce n'est pas la même chose.
Joseph, le domestique vient d'entrer, apportant le café qu il pose sur la table. Entrent de droite Henri et Marcelle suivis du docteur et de madame Merlinet.