ACTE PREMIER
ROBERT
Mais cette liberté de vous aimer, cette liberté d'être l'un à l'autre toujours, cette liberté que Dieu nous refuse, ne nous en laisse-t-il pas aujourd'hui entrevoir l'illusion furtive? Laisserons-nous échapper l'instant qui passe, Marcelle? Renoncerons-nous à saisir le bonheur qui voltige devant nos lèvres et ne reviendra plus ? Demain c'est pour nous la séparation, sans doute éternelle. Nous quitteronsnous ainsi ? (Marcelle pleure.) Ne pleurez pas. Pourquoi pleurer ? Souriez, Marcelle. Voyez, je souris, moi. Et puisque la vie implacable doit se refermer sur nous deux demain, enfuyons-nous ensemble une heure dans le rêve. Je vivrai, Marcelle, oui, je vivrai ; du moinsje n'ai plus le courage de courir droit à la mort maintenant; mais mon existence est sans but, je ne vois s'ouvrir devant moi que des années rnornes et douloureuses, dans un regret qui ne pourra s'éteindre. Ne consentirez-vous pas à demeurer mon rayon de joie et le souvenir exquis de ma jeunesse ? Ne me laisserez-vous pas emporter sur mes lèvres l'intarissable saveur de votre baiser?
MARGELLE
Un rêve, dites-vous, oui, le rêve d'un jour. Un éclair de bonheur, et s'ensevelir pour toujours dans la tristesse et la souffrance. Ahl Robert, faut-il donc que je sois aussi folle que vous !
Elle lui tend ses lèvres.