ACTE DEUXIÈME
LE COLONEL
Et quand je pense qu'il y a des gens qui osent dire que c'est vous qui l'avez assassiné!
HENRI
Colonel!
LE COLONEL
Parfaitement. Pas devant moi, il n'y aurait plus manqué que ça. Mais on me l'a répété. J'ai bondi. Tonnerre de chien, accuser un homme comme M. Richard, un garçon que je connais depuis dix ans, qui a fait son volontariat dans mon régiment, un homme chez qui je vais, chez qui je dîne à chaque instant, lui, assassin!
HENRI
Et pourquoi ne le dirait-on pas à Nevers, mon colonel, voilà bien monsieur qui vient de me le déclarer en face.
LE COLONEL
Monsieur?... Et vous ne lui avez pas cassé la figure?
Monsieur le procureur de la république...
LE COLONEL
Ah! c'est différent ! c'est différent ! Comment, monsieur, vous prétendez que M. Richard...
LE PROCUREUR
Mais...
LE COLONEL
Mais, c'est idiot. Je vous demande pardon de l'expression, mais c'est absurde! Assassiner un officier français, par derrière, lui, allons donc! Mais c'est un communard qui a fait ce coup-là! Il n'y a qu'un communard capable... Parce qu'on dit que vous étiez jaloux de votre femme... la belle histoire ! Faut-il être idiot pour raconter des stupidités pareilles! Chasseny était peut-être justement le seul de nous aux chasseurs qui ne fit pas la cour à votre
femme; nous lui faisions Ions la cour, moi tout le premier, en tout bien tout honneur naturellement, une femme comme madame Richard, si charmante, si distinguée. Comment- va-t-elle, cette pauvre madame Richard? Elle a dû être joliment émue... Pour les femmes, ces choses-là...
HENRI
Oui, mon colonel, ma femme a été très émue: puis, l'arrivée de monsieur, naturellement...
LE COLONEL, entre ses dents.
Qu'est-ce qu'il venait faire ici, celui-là?
JOSEPH, entrant.
Monsieur! monsieur! c'est madame qui arrive.
HENRI
Ma mère?
JOSEPH
Oui, monsieur.
Madame Richard entre de droite. Son fils se jette dans ses bras.