ACTE TROISIÈME
et me priverait si longtemps de mon fils, j'aurais engagé un ingénieur sérieux. Enfin ! Marcelle ! (Marcelle rêveuse ne
répond pas, allant à elle et lui touchant l'épaule.) Marcelle ! MARGELLE.
Madame ?
MADAME RI CHAUD
A quoi pensiez-vous ?
MARCEL LE
A rien.
MADAME RICHARD
Encore à vous forger des idées noires, n'est-ce pas ?
11 me semble, madame, que je n'ai pas besoin de me forger des idées, et que la réalité qui s'impose à ma pensée est assez cruelle.
MA D A M i; RICHARD.
Un grand malheur a fondu sur nous : La situation, j'imagine, est aussi pénible pour moi que pour vous. Tout ce scandale, votre réputation perdue, crov-ez-vous que mon orgueil n'en saigne pas autant que le vôtre? Et pensez-vous par hasard 'lue je n'aime pas suffisamment mm fils pour souffrir autant que vous de le voir en prison, condamné pour un crime dont il est innocent? Mais fautil rester à pleurer, et à se lamenter toute la journée?
Je n'ai pas votre courage, madame.
MA DAM E RICHARD
Vous avez été très malade, vous êtes à peine rétablie; je ne peux pas vous en vouloir de manquer d'énergie. Mais au moins, pour l'amour de Dieu, ne vous bercez pas complaisamment dans un éternel apitoiement sur votre sort! Essayez de réagir, laissez- vous distraire. Vous êtes entourée de gens qui ne cherchent qu'à vous être agréa-
bles,'à vous apporter aide el réconfort. Ceux qui auraienl le droit de vous garder quelque rancune ont voulu tout oublier pour ne penser qu'à vous plaindre. Vous pleurez, maintenant. Voilà tout ce que vous trouvez à répondre, comme d'habitude; pourquoi vous obstinez-vous à vivre ainsi dansée mutisme, dans cette sauvagerie, fuyant tout le monde ?