G ARABE T
Si j'avais pu prévoir la tournure que prendrait cet entretien, madame, je m'y serais refusé. Votre insistance me met dans un embarras pénible. Vous me posez des ques* tions auxquelles le secret professionnel m'interdit de répondre, et mon silence peut vous amener aux interprétations les plus fausses. Veuillez m'excuser, madame, et me permettre de prendre congé de vous.
MARGELLE
Oui, c'est vrai, monsieur, j'ai eu tort de vous interroger ainsi, je vous demande pardon, c'était folie de ma part,
94 LES D VMES DU PLESSIS-hOl GB
j'ai la tête si faible, et une femme est si peu au courant de certaines choses. Mais c'est une telle torture pour moi de rester dans ce doute, et quand je pense qu'un mot, un seul de vous peut m'arracber à mon angoisse et que ce
mot vous ne le prononcerez pas.
CARABE l .
.Mais, madame, je vous en prie, que puis-je dire, (pie puis-je répondre?
Ah! je n'en sais rien ; mais si vous étiez persuadé île l'innocence de mon mari, vous n'auriez pas eu besoin de parler du secret professionnel, et ce mot, ce cri du cœur, que je réclame, vous l'auriez lancé immédiatement, vous l'auriez trouvée cette parole de conviction et de persuasion que j'attends désespérément, et que personne n'a su prononcer devant moi.
Elle tombe aflaissée sur sa chaise longue. G A R A B E T .
Madame...
MADAME RICHARD, entrant de droite.
Je suis remise, vous voyez, monsieur, ce n'a été qu'un instant de défaillance. Verrez-vous mon fils encore, monsieur ?
Ce soir môme, madame, je le lui ai promis.
MADAME RICHARD
Eh bien, vous pouvez lui annoncer que sa mère est vaillante et solide, et qu'il la verra demain pleine de courage et d'énergie ; pour sa femme, il la verra aussi demain, (Marcelle fait un mouvement.) à moins que M. Renaud
des baïeuls... en tout cas, nous tenterons la démarche.
Au palais, à onze heures, vous rencontrerez M. Renaud des Baïeuls.