ACTE PREMIER
même pour moi, chère marraine! Qu'ai-je donc fait pour vous déplaire? Apprenez-moi mes torts, je veux faire tout au monde pour les réparer,
LA COMTESSE
Tu es une enfant; tu n'as rien fait que je saclie; si tu m'as trouvée moins affectueuse que de coutume, c'est que j'étais préoccupée, mallieureuse du départ de mon
fils. (LnisecDuant le menton du doigt.) Allons, SOUrieZ, petite SOtte.. . — Non? (S'étendant dans un fauteuil.) Mais sl je COnuais bien
le cœur humain, ta tristesse demande une autre consolation que mes bontés... Écris, voyons. (Elle dicte.) Mets d'abord en gros caractères : « Acte d' affranchissement du cocher Osip. » (Parlant.) Comment déjà son autre nom, le sais-lu?
ANFISSA
Mikai'loff, Mikarloff, Excellence.
3IAR1NNA.
Il est Osip Mikaëloff, bienfaitrice ndorée.
LA COMTESSK.
C'est bien, i a Anna.) Mets donc : du cocher Osip Mikaëloff. Bien, continue : « Le susdit Osip, mon serf légal et » sujet âgé de vingt-cinq ans, en récompense du zèle » constant et du dévouement que tous les membres de » sa famille ont toujours porté à la mienne, et surtout » parce que telle est notre volonté, obtient de mon plein » gré dès aujourd'hui et une fois pour toutes, pleine et » entière liberté. »
A NN A , vivement.
Osip ! se peut-il ? sera-t-il heureux... Vous êtes vraiment grande, madame la comtesse.
ANFISSA
Encore pour Osip!! Je vous disais bien, Mariana Phi-
lippiewna, qu'il a de la corde de pendu dans ses poches.
MARIXNA.
Oui, il est né en chemise, comme on dit; il est aussi heureux que beau !
LA COMTESSE
Continue, continue. (Dictant.) <( Par cet acte, Osip Mi- » kaëloff est aflranchi à tout jamais de la qualité de mon » serf, de mon féal sîîjet et esclave, sans aucune rede- » vaDce à moi ou à mes descendants et héritiers. Ea foi )) de quoi je signe le présent acte et y appose le sceau » de mes armes. » (Parlé.) Là, c'est bien, laisse une place pour ma signature et pour le cachet, puis, mets plus bas : (Dictant.) « Fait en mon château de Schava, gouver- » nement de Nijni-Novogorod, le 17 octobre 1851. » (a Abfi:*sa et à Mariuna.) Une bougie, de la circ, mon grand cachet sur l'étagère à droite. Et toi, Anna, donne que je signe. (Eliesigue.) C'est fait; va maintenant appeler Ivane.
AN F ISS A, rentrant.
Voici la bougie... je l'ai allumée.
LA COMTESSE
Tu as eu cette inspiration?
MARINXA. .
Voici, Excellence, la cire et le cachet.
La comtesse appose le sceau.