LE POPE ANDRÉ
Vous me demandez, Excellence ?
LA COMTESSE
Oui, mon père. Voici une jeune personne qui a le plus vif désir de se marier. Elle a même tout fait pour deve-
nir comtesse \ mais elle a oublié de prendre mon avis, d'autant plus nécessaire que j'avais formé d'autres projets ! Osip, dans une demi-heure tu épouses Anna ! J'espère que je te comble.
ANNA, territipe, s'avani^aot.
Ah ! pas encore, pas encore !
LA COMTESSE, allant à elle.
Est-ce que tu es de celles dont on fait des brus pour des mères comme moi? Une fois que tu seras la femme du cocher de mon fils, je serai tranquille, mais je ne suis sûre que de ce moyen-là, je le prends.
ANNA, suppliante.
Vous voulez donc que je meure?
LA COMTESSE
Tu peux choisir : cela te regarde.
LE POPE ANDRÉ, humble.
Madame la comtesse, pour un mariage il faut consentement mutuel... et il me semble, sauf le respect que je vous dois, que rien que de ce côté, (il montie Anna.) nous aurons un rude refus à combattre.
ANNA, courant au père.
Je ne veux pas me marier, je ne veux pas me marier.
LA COMTESSE
Il est temps.
Pas aujourd'hui du moins.
LA COMTESSE
Au contraire, tout à l'heure. Tu t'y feras. Tu as eu un peu de bon temps; retourne maintenant à ceux au milieu desquels j'ai eu tort de te prendre. Je t'ai promis mes émeraudes, tu les auras.