ACTE PREMIER
ANNA
Comment?
OSIP
N'avez-vous donc jamais rencontré mon regard, et si humble et si discret qu'il fût, ne vous a-t-il pas dit mes sentiments pour vous?
ANNA, comuie à elle-mêine.
Ohl mon malheur est donc plus grand que je ne pensais.
OSlP.
Pourquoi? Anna, je vous fais donc horreur?
ANNA
Non, O^ïp, non; mais alors je ne parviendrai jamais à vous dissuader.
osip.
Mais quand même je le voudrais, à quoi cela vous mènerait-il? Pensez-vous que notre mailresse se contenterait de mon refus?
ANNA
Qui sait? Peut-être? Cela ferait toujours différer.
OSlP.
Ohl non, plus maintenant, elle y tient trop! Elle veut; pour que je vous épouse elle m'a même promis l'affranchissement.
ANNA
Mais vous ne savez donc pas que le jeune maître m'aime, et que moi aussi...
OSIP
Oui, parlez-moi de cela! P.îrce que vous avez été élevée par la comtesse, que vou.- avez grandi derrière son
fauteuil, dans les plis de sa jupe, que vous lisez des livres, que vous jouez du piano et parlez les langues des étrangers; parce que vous avez tous les goûts, toutes les idées des seigneurs, vous vous croyez des leurs? Erreur, ma pauvre enfant, ils pensent autrement. Ils n'oublient jamais que nous autres serfs, nous sommes leur chose et que nous leur appartenons. Aussi voilà- pourquoi je vous dis : épousez-moi, nous serons libres tous les deux et alors nous pourrons avoir droit à notre place au soleil.
A XX A, ébranlée.
Mais, Osip, je ne vous aime pas, j'en aime un autre.
OSIP, tristement.
Hélas! je le sais!
AXXA, vivement.
Alors, vous qui êtes honnête et fier, vous ne voudrez pas d'une femme qui aime un autre homme, (un temps.', Vous oubliez donc la reconnaissance que vous devez à Wladimir Alexandrowitch?
OSIP
Je né l'oublierai jamais.
Prouvez-le lui donc.
OSIP
Non, pas ainsi.
AXXA.
Mais vous êtes religieux, Osip, et un mariage sans amour, c'est un acte contre la volonté de Dieu!
OSIP
Je le sais. Mais il y a aussi des sacrifices que Dieu permet, qu'il approuve et qu'il récompense. Voyons, espériez-vous donc épouser notre jeune maître?