ACTE PREMIER
Voyons?
IVANE
Parmi les mariages que Votre Excellence a fixés pour cet automne, la brodeuse Olga est destinée au jeune cocher Osip : comme ils n'éprouvent aucun penchant l'un pour l'autre, Osip s'est adressé à M. le comte. Le jeune mailre ayant répondu qu'il vous en parlerait, j'ai cru de mon devoir de vous en prévenir ; — si j'ose dire un mot, — si j'ose exprimer mon humble opinion. — ces deux serviteurs étant d'excellents sujets, on pourrait ne pas marier encore le cocher qui n'a que vingt-cinq ans et faire épouser à Olga le cuisinier Nikita, qu'elle aime, et qui de son côté m'a prié d'intercéder pour lui auprès de Votre Excellence.
LA COMTESSE
Assez. Je m'étonne vraiment que toi, Ivane, qui me sers depuis trente ans, tu viennes me débiter de pareilles balivernes. Est-ce que tu ne me connais plus? Une fois que je donne un ordre, je ne le change jamais. Avant de le donner, je réfléchis, avant de réfléchir, je pense au bien de mes sujets et je pèse mes intérêts. Que me parles-tu de marier Olga à Nikita? Les deux sont grêles, de petite taille : quels serviteurs auraient mes descendants! Que me dis-tu ? Qu'Osip n'a que vingt-cinq ans. Eh bien ! d'après mes calculs, il devrait avoir cinq enfants déjà.
Mais, madame la comtesse...
LA COMTESSE
Il n"y a pas de mais. Je suis vraiment trop bonne de te donner toutes ces explications, à toi mon majordome : tu devrais en savoir aussi long que moi. Et maintenant
que je me suis fatiguée à te parler, je te défends de revenir sur ce sujet! Il sera fait comme j'ai dit. (Par un geste
ellî le congédie, il se dirige vers le fond. — Le rappelant.) A propOS.
^11 redescend.) Quoi de neuf dans le haras?