ACTE TROISIÈME
OSIP
Non, nous ne parlons jamais de lui. Nous n'osons ni l'un ni l'autre : elle par délicatesse, moi par crainte.
NIKIFOR
Ce serait pourtant pour toi le plus important à savoir, car si elle ne l'aime plus, qu'importe qu'il Taime encore.
Tu crois donc qu'il l'aime toujours?
NIKIFOR
Hélas ! j'en suis sûr!
OSIP
Mais cette intimité avec la princesse WalanofF dont tu me parlais si souvent dans tes lettres ?
NIKIFOR
N'était que de la galanterie sans conséquence. Il ne Taime pas.
OSIP
Enfin, que s'est-il passé ?
NIKIFOR
Comme tu m'avais autorisé à employer tous les moyens, — que je comprenais tes inquiétudes, — tes angoisses, j'ai brusqué les événements; j'ai raconté ton mariage à un Français qui était là, et je l'ai prié de le dire au comte, sans lui apprendre de qui il tenait ce renseignement. A cette nouvelle, le comte a éprouvé une émotion terrible, et il a eu avec sa mère une explication des plus vives. Ce qu'ils se sont dit, je l'ignore, mais ce que je sais, c'est que le comte est rentré à la maison
dans une agitation qu'il ne pouvait cacher, qu'il a envoyé sa démission et que nous sommes partis.
OSIP
Avec sa mère?
NIKIFOR
Non, tout seuls, et je suis venu pour te prévenir, car je ne doute pas que le comte et peut-être la comtesse ne viennent bientôt ici.
OSIP
Que peuvent-ils me vouloir?
MKIFOR.
Je l'ignore ; mais à tout hasard, il est bon que tu saches
à quoi t'en tenir, et que tu te prépares à cette entrevue.
Merci.
Que vas-tu faire ?
Attendre.
OSIP
NIKIFOR
OSIP
NIKIFOR
Pourquoi n'emmènes-tu pas Anna tout de suite ? Ce serait plus sur. C'est ta femme, après tout.
OSIP
Connais-tu un endroit sur la terre, Nikifor, où la femme qui aime n'emporte pas son amour? Si Anna aime toujours le comte, elle lui laissera son âme, je n'emporterai que le corps. Nous souffrirons tous les deux. Que je souffre, moi, je sois un homme, et j'y suis habi-