LA VJE DES MORTS
L'autre jour, j'ai visité une femme que j'avais connue heureuse avant la guerre et qui avait perdu son fils unique dans un des combats de l'Argonne. Elle était veuve, presque pauvre, et maintenant que ce fils, son orgueil et sa joie, n'était plus, il ne lui restait plus aucune raison de vivre. Je m'attendais à une de ces douleurs sans issue, au pied desquelles tous les mots tombent comme des mensonges injurieux et honteux. Qui de nous ne connaît aujourd'hui ces tristes entrevues et ce sombre devoir? A mon étonnement, ses yeux, vers lesquels j'osais à peine