‹ Les débris de la guerreChapitre 4 sur 42 · A PUES LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

A PUES LA VICTOIRE

Rhin, le Silésien et le Saxon, que sais-jc, car tous deviendront subitement plus blancs et plus inoffensifs que les agneaux d'une bergerie anglaise, n'ont fait qu'obéir malgré eux à des ordres délestés mais irrésistibles. Regardons la vérité bien en face et fixons dès à présent notre sentence, car c'est en ce moment que toutes les preuves, tous les éléments du crime palpitent sous nos yeux et proclament une vérité qui ne tardera pas à s'affaiblir dans notre souvenir. Disons-nous dès cette heure que tout ce qu'on nous dira plus tard sera faux et tenons-nous à ce que nous décidons à présent dans la grande clarté de l'horreur. Il n'est pas vrai qu'il y ait dans cet immense forfait des innocents et ces coupables ou des degrés dans l'attentat ; tous ceux qui y prirent part se trcuvcnt sur le même plan. Il n'y a pas d'allemands du nord plus ou moins carnassiers ou d'allemands du sud, plus ou moins bénévoles ou attendris-

sants. Il y a l'allemand tout court qui du sud au septentrion, s'est révélé une bête de proie que rejette enfin la volonté de la planète. Il n'y a pas de imalheureux esclaves entraînés par un roi tyrannique et seul responsable. Les peuples ont le gouvernement qu'ils méritent ou plutôt le gouvernement n'est que la projection agrandie et publique de la moralité et de la mentalité secrète d'une nation. Si soixante-dix millions d'innocents choisissent DU supportent un roi monstrueux, les soixantedix millions d'innocents révèlent simplement que leur innocence est fallacieuse et superficielle et que le vrai de leur nature est dans le monstre qu'ils ne maintiennent à leur tête que parce qu'il représente plus exactement que leurs vertus apparentes et passagères, les aspirations éternelles de leur race. Il ne saurait être question d'erreur, d'égarement, d'intelligence, déviée ou faussée. On ne trompe pas un peuple qui n'aspire pas à

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l'être et du reste ce n'est pas rintelligence qui manque à l'Allemagne. Tout ceci ne se passe pas dans la zone de l'intelligence ou dans celle de la volonté réfléchie. Une nation ne se laisse pas entraîner ainsi au seul crime que l'homme ne puisse plus pardonner. Elle y court d'elle-même et ce n'est pas son chef qui l'y pousse, c'est elle qui y pousse son chef. Il s'agit ici de forces bien autrement invincibles que toutes celles que l'on voit. Ce sont ces forces-là qu'il faut anéantir une fois pour, toutes, parce que ce sont les seules que nulle expérience, nulle leçon, nul progrès ne pourra jamais améliorer, adoucir ou discipliner. Elles sont inaltérables et inamovibles, elles s'alimentent plus bas que tout espoir et que toute influence. Il n'y a rien à faire qu'à les détruire comme on détruit un nid de guêpes, parce qu'on sait qu'aucun effort n'en fera jamais un nid d'abeilles. Alors même qu'individuellement et chacun pris à part, les aile-

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mands seraient tous innocents et égarés; ils sont coupables en masse. C'est cette culpabilité seule qui importe, qui est seule réelle et véritable parce que sous l'innocence superficielle de chacun elle décèle la criminalité subconsciente de tous. Or rien ne peut agir sur l'inconscient ou le subconscient. Il n'évolue jamais. Dans mille ans, si civilisé, si adouci par l'éducation et les arts de la paix qu'on le suppose,lesubconscieiit, c'est-àdire l'élément invariable de I'Amc allemande, sera absolument pareil à ce qu'il est en co moment et si l'occasion s'en présente, se manifestera sous les mêmes aspects, dans la même infamie. On a toujours remarqué à travers toute l'histoire, deux volontés distinctes qui sont comme deux manifestations opposées et irréductibles de l'âme de notr3 globe; l'une ne cheTche que le mal, l'injustice, la tyrannie, la douleur, l'autre exige le droit, la liberté, la lumière et la joie. Elles se

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trouvent en présence une dernière fois; ne laissons pas échapper roccasion d'anéantir celle qui vient d'en-bas. Sachons être impitoj'^ables pour n'avoir plus besoin de la pitié. C'est une œuvre de défense organique. Il est nécessaire que le monde moderne élimine le militarisme prussien, comme une toxine qui depuis un dcmi-siccle empoisonne et empeste ses heures. Il y va de la santé de la planète. Demain les États-Unis de l'Europe auront à fixer le régime de la convalescence de la terre.

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