‹ Les débris de la guerreChapitre 9 sur 42 · Figaro, 31 octobre Î · texte numérisé non relu

Figaro, 31 octobre Î

Namur, Thiclt, etc., petites villes heureuses et charmantes qui renaîtront plus belles de leurs cendres. Ils ont anéanti Louvain et Malines; ils viennent de raser Dixmude; leurs torches, leurs pompes incendiaires et leurs bombes vont s'abattre sur Bruxelles, Anvers G and, Bruges, Ypres et Furnes, qui sont des sortes de musées vivants et l'une des plus délicieuses, des plus délicates, des plus fragiles parures de l'Europe. Ici commence et s'achèverait l'irréparable. Il y aurait là, pour notre race, une perte qucrien ne saurait compenser. Un aspect tout spécial, familier, savoureux, bienveillant et unique de la beauté que peut acquérir et accumuUr une longue suite de bonnes vies humaines, disparaîtrait à jamais de la surface de la terre; et l'on ne peut, dans le trouble et le désarroi de ces heures trop tragiques, embrasser l'étendue, la signification et les conséqui^nccs d'un tel crime. Nous avons tout sacrifié sans murmure,

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mais ceci passerait toute mesure. Que faire? Comment les aiTÔtcr? Ils ne semblent plus accessibles à la raison, à aucun des sentiments dont s'honorent les hommes; ils ne sont sensibles qu'aux coups. Nous aurons bientôt, ils doivent le savoir, de quoi les frapper durement. Pourquoi les alliés, dès ce jour et d'urgence, pendant qu'il en est temps encore, ne désigneraient-ils pas des villes otages qui répondraient, pierre peur pierre, de l'existence de nos chères cités? Si Bruxelles, par exemple, était détruite, Berlin serait rasée jusqu'au sol. Hambourg disparaîtrait si Anvers était dévastée. Nuremberg garantirait Bruges, et Munich serait la caution de Gand.

A J'heurs où nous sommes, sentant le venidela défaite dans leurs drapeaux déchiquetés, il est possible que cette menace solennelle, officiellement notifiée, les fasse réfléchir s'ils sont encore capables de quelque

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réflexion. C'est îe seul moyen qui nous reste; il n'y a plus temps à perdre. Devant certains adversaires, la menace la plus barbare est légitime et nécessaire, parce qu'elle est la seule qu'ils soient à même de comprendre. Il ne faut pas que nos fils puissent nous reprocher quelque jour de n'avoir pas tout tenté, même ce qui nous répugne, pour sauver des trésors auxquels ils ont droit.

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