FIG. 153. — FRAGMENT DE PALETTE EN SCHISTE
Musée du Caire.
Les mêmes fouilles de Hiéraconpolis ont amené la découverte de deux monuments très importants, permettant de dater toute une série de pièces analogues, dispersées dans les musées, et au sujet desquelles les avis étaient très partagés. Ces pièces consistent en fragments de plaques en schiste ardoiseux sur lesquelles s’enlèvent, en très léger relief, des figures d'hommes et d'animaux. M. Heuzey, le savant conservateur du Louvre, insistait sur la ressemblance de style entre ces monuments et ceux de l’art chaldéen. M. Maspero y notait des traits tout égyptiens et croyait même pouvoir assigner comme date, à l’un de ces fragments, le règne des rois
! QUIBELL and GREEN, /Zierahonpolis, 1, pl. LVII, et pp. 15-16 et 47.
Palettes et massues votives.
libyens de la XXII* dynastie (Scheschonk et ses successeurs). M. Budge, le conservateur du British Museum, à son tour, y voyait des œuvres mésopotamiennes importées en Égypte comme présents offerts par des princes mésopotamiens à des rois de la XVIII: dynastie. Enfin, M. le professeur Steindorff, dans l’étude que vous avons déjà mentionnée, concluait, après un examen minutieux du groupe entier, que ces monuments étaient bien égyptiens, mais de la période préhistorique !.
C'est alors que M. Quibell découvrit, à Hiéraconpolis, deux monuments de la même catégorie, intacts et, chose importante, sur l'un de ces monuments, on lisait un nom royal écrit en caractères hiéroglyphiques. Malheureusement, ce nom ne correspond à aucun de ceux que les listes royales d'époque postérieure nous font connaitre et, à l'heure actuelle, les avis sont encore partagés sur la place exacte qu'il convient de lui attribuer ?. Il est néanmoins incontestable que ce roi, qu'on s'accorde à appeler Nar-Mer, appartient aux premiers temps de l’histoire de l'Égypte. Il avait déposé, dans le temple de Hiéraconpolis, plusieurs objets dont une grande palette en schiste et une tête de massue énorme, toutes deux décorées de scènes en léger relief, nous donnant ainsi l'exemple de ces objets usuels, détournés de leur usage ordinaire pour devenir des ex-votos *. Cette découverte supprimait tous les doutes au sujet de la date des monuments analogues, et il faut dorénavant les dater de la fin des temps préhistoriques ou des débuts de l’époque dynastique.
Il est impossible ici de faire une description détaillée de ces pièces intéressantes, car il serait nécessaire de soulever des questions extrêmement difficiles, pour la solution desquelles de nom-
1 M. de Morgan s’arrêtait à la même conclusion. Voir DE MORGAN, Æecherches sur les Origines, IT, pl. 11 et 11 et fig. 864 et pp. 263 et suiv., où M. Jéquier les met en rapport avec les manches de couteau de nos fig. 33 et 35.
* PETRIE, Æistory of Egypt, from the Earliest Kings to the XVI dynasty, s° éd. Londres, 1903, pp. 7-9.— FOUCART, s Deux Rois inconnus d'Hiéraconpolis, dans les Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles lettres, 1901, pp. 241-
249. — NAVILLE, les Plus Anciens Monuments égyptiens, III, dans le Recueit de =
travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes et assyriennes, XXN, 1903, pp. 206-208, 218-220.
3 CAPART, /a Fête de frapper les Anou, dans la Revue de l'histoire des religions, XLIII, 1907, pp. 251-252. — NAVILLE, /es Plus Anciens Monuments égyptiens, DT, 206-'cu/: ep. 222: