‹ Les débuts de la Révolution à Bordeaux: d'après les Tablettes manuscrites de Pierre BernadauChapitre 36 sur 47 · Mis pour chirurgien · texte numérisé non relu

Mis pour chirurgien

2. Document publié, avec les cahiers des autres ordres, en appendice de l'his-

toire de Bordeaux par O'Reilly.

3. Société savante dont est née la Société Philomathique. Voir, à ce sujet, la

Revue Philomalhique de Bordeaux el du Sud-Ouest, numéro du Centenaire de la Société, 1909.

dataires aux États généraux. Dans l'assemblée d'aujourd'hui, le grand sénéchal, ayant signé avec des réserves une délibération relative aux pouvoirs limilés de sa députalion, l'avocat de Cazalet !, secrélaire du Bureau des commissaires-rédacteurs des doléances, homme digne par sa fermelé el ses lumières de la confiance des gentilshommes ses confrères, à observé à M. Dupérier que les lermes dans lesquels il faisait sa restriction, blessant la liberté des suffrages, l'assemblée ne pouvait plus délibérer avec un porteur d'ordres de la Cour qui prétendait dicter des lois opposées à l'égalité qu'on réclamait. Intimidé de celte apostrophe, le bon sénéchal a demandé à se consulter avec les siens. Il est rentré un instant après dans la salle el a fait des excuses sur l'excès de délicatesse qui avait paru indisposer l’Assemblée, à laquelle il allait donner une preuve de sa confiance en effaçant la protestation mise à Ja suite de sa signature. Ce n’est pas la seule gaucherie qu'il a faile : heureusement que son orgueilleuse ignorance se courbe devant la bonne foi éclairée de son Ordre.

7 avril. — [Mention d'un placard qui annonce aux Bordelais l’élection aux États généraux du premier président Leberthon, du président de la Vie ?, du vicomte de Ségur et du baron de Verthamon *.|

8 avril. — [Liste de publications relative à la convocation des États généraux |.

11 avril. — Celui qui avait répandu dernièrement ce malin distique :

Nommez aux États Camalet, Montaigne, Vilote et Leydet ‘.

ne connaissait pas mal le défaut de discernement des Bordelais. La députation qu'ils viennent de faire aux Elats généraux n’a pas

1. François Cazalet, né en 1730, avocat. ami de Guillaume Brochon, très opposé aux principes de la Révolution. Sur la question du mandat à donner aux députés de la Noblesse, voir un canevas daté du 10 février 1789, A. D., Gir., Carton des États généranx.

2. Paul, Marie, Armand Lavie, président à moitier, ami de Dupaty, prit une grande -part à la rédaction des cahiers, devait être membre du Conseil des Anciens en 1797.

3. François-Marie de Verthamon (1754-1830), devait quitter la France au moment de l’'émigration. :

4. Camalet, assassin, dont l'arrestation, le procès et l'exécution occupent une grande place dans la chronique locale bordelaise et dans les Tablettes de Bernadau. Montaigne ou Lamontagne, procureur syndic. Vilote et Leydet jurats, tous trois très impopulaires.

réuni tous les suffrages : elle est composée de MM. Lafargue et P. Nairac, négociants; Gaschet de l'Isle ; Desèze, médecin, et Mercier de Terrefort, bourgeoïs suppléant, quintuor d'intrigants d'ailleurs peu instruits. Celle du Tiers rural est pire que celle des citadins: MM. Fisson de Jaubertes, médecin à Cadillac; Bassoneau, notaire de Blaye ; Valentin Bérard de Bourg, et Deluze de l'Élang, praticien de Coulras, tous gens obscurs dont le mérite problématique vérifie la prédiction que nous avions faite que notre Noblesse serait seule bien représentée.

La Noblesse des six sénéchaussées du Quercy vient d'adresser à celle de Guyenne un arrêté qu’elle a pris au sujet des questions qu'elle a chargé une commission de traiter dans son Cahier de doléances. Le projet du travail patriotique des nobles quercinois est digne d'éloges et surtout d'imitation.

14 avril. — Le Cahier de l'Ordre de la Noblesse de.notre sénéchaussée n’a pas répondu à l’altente générale !. On n'y a remarqué que des choses vagues, rebattues et d'un style bien flasque. Il est divisé en quatre seclions : 1° demandes à faire approuver ; 2 proposilions à faire ; 3° délibérations à prendre; 4° projets à consentir. La Noblesse enjoint à ses députés de référer à l'Ordre sur loultce quinest pas porté dans leurs instructions. Quelque opinion défavorable que le Tiers ait conçu de ces projets, il ne pourra s'empêcher de convenir que leurs prétendus ennemis ne font que des demandes très palrioliques. Elles semblent, en effet, être le résullat des délibérations des plébéiens. Rien n'y sent le privilégié.

16 avril. — Une trentaine de gentilshommes viennent de publier une protestalion contre les Cahiers de notre Noblesse, et contre l'élection des députés qui sont chargés de les porter à l'Assemblée nationale. Le duc de Duras ? est à la tête de ces « Insurgents » et M. de Ladebat est leur orateur. Quelques désagréments, quelques refus que l'Ordre aura fait éprouver à ce dernier, sont cause de celte démarche ridicule que nous sommes surpris de lui voir

1. Un exemplaire se trouve dans le carton des États généraux aux Archives de la Gironde. Bernadau n’a pas reproduit exactement le titre des sections. 2. Emmanuel, Célestin, Augustin de Durfort, duc de Duras (1741-1800), l'un des

ennemis de Bernadau, sera général en chef des gardes nationales du département de la Gironde. :

faire. On présume que l'archevêque et le commandant ont fomenté ce schisme, pour renverser l'édifice parlementaire élevé par la grande Assemblée.

24 avril. — Dans l’Assemblée des Cent-Trente d'hier, on statua que copie des cahiers du Tiers Élat de la sénéchaussée serait déposée au greffe de la ville. Le lieutenant général du sénéchal, ayant refusé de se dessaisir d’un dépôt dont il était seul gardien de droit, on se contenta de l'inviter à permettre qu’un comité de prud'hommes vérifiät si le cahier particulier de la commune de la cité avait élé'fidèlement inséré dans le recueil des doléances du Tiers. Comme il se trouve que les rédacteurs du farrago ! de pétibons ont, maladroitement ou par exprès, fondu le tout dans une seclion intitulée Localités el que les observations les plus baroques se trouvent à côté des moins déraisonnables, que le mot du savelier n'est pas distingué de celui de l'avocat, le Conseil des Cent-Trente a arrêlé d'envoyer directement le cahier de la corporalion municipale de Bordeaux au ministre départementaire de Guyenne, avec prière d’expédier au roi l'objet de leur vœu particulier.

29 avril. — Le blé devient de plus en plus rare dans la province. Le prix du pain est double dans les parties de la Guyenne où le transport est difficile. Ici, on s’est borné de hausser un peu celui de première qualité.

30 avril. — Les députés des corporations de la ville se sont rassemblés à l'hôtel commun hier, l'après-midi. Comme l'invilation a été faite au nom des Cent-Trente, les jurats n'onl pas trouvé à propos de s’y trouver. Cette pelite malice a rendu cette assemblée inutile, par défaut de président. Il s'agissait d’avoir permission du Tiers citadin de prendre copie de leur cahier à présenter aux États généraux, ce qui paraît très admissible. Quoi qu'il en soit, le public ne doit pas espérer de lire ces fameuses doléances bordelaises. Ceux-mêmes qui les ont rédigées conviennent que c’est l'ouvrage le plus informe et le plus plat qu'on puisse voir. Chaque corporation ayant exigé qu'on fit mention de sa demande, les plus sensées n'ayant pu obtenir seules la distinction exclusive, il en est résulté un tout grotesque, contenant le pour et le contre.

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