LEIPZIG
T. O. WKIGKI. , LIBRAIRK
^VA^I^TT-FHOPOS
Cet ouvrage a pour but de combler une lacune qu'ont laissé subsister les nombreux travaux sur Pompéi : il traite en effet des peintures murales uniquement au point de vue de l'histoire de l'art et tend à encourager le goût de la décoration.
L'histoire de l'art pompéien, qui constituerait à elle seule une importante monographie dans l'histoire générale de l'art antique, n'en est encore qu'à ses débuts. Plusieurs excellents ouvrages ont paru sur ce sujet dans ces derniers temps : malheureusement ils sont plus connus des savants que du public. C'est pourquoi j'ai résumé dans les pages suivantes les résultats auxquels ils sont parvenus et que Ton peut considérer comme acquis à la science, en y joignant certaines considérations nouvelles, fruit de mes propres recherches.
Depuis longtemps les peintres ont afflué à Pompéi : ils y ont beaucoup étudié, encore plus admiré, et cependant il faut bien avouer que la décoration murale de cette ville n'a pas exercé sur l'art décoratif moderne l'influence que son importance aurait dû lui assurer. J'espère, en passant en revue les principaux aspects qu'offre un pareil sujet, éveiller l'intérêt des artistes et leur montrer combien l'exploitation de cette mine augmenterait la richesse de nos types artistiques.
Je dédie toutefois ce livre plus spécialement encore à l'art industriel, dont les efforts tendent sans cesse à découvrir de nouveaux motifs d'ornementation et de nouvelles formes décoratives. Que l'on parvienne dans les écoles industrielles à utiliser ces matériaux, et l'on verra aussitôt les élèves, élargissant le cercle de leurs idées, fournir à l'industrie les moyens de manifester une vie nouvelle dans la plupart de ses productions.
Le but de cet ouvrage en a déterminé la forme: d'une part, il ne m'était point permis de donner au texte la tournure érudite d'une œuvre archéologique, nécessité qui m'a souvent entraîné à négliger la démonstration scientifique ; d'autre part, ayant en vue l'artiste désireux de s'instruire et de produire, il m'était indispensable de coordonner les divers éléments de mon sujet d'une manière complète et conforme aux besoins de ce lecteur. Cette obligation a fait naître une certaine longueur qui rendra l'exposition moins atti^ayante pour le simple amateur. C'est à l'intention de ce dernier que j'ai passé sous silence bien des exemples, que d'ailleurs le lecteur prend rarement la peine de vérifier en leur lieu et place. Les planches ont été exclusivement choisies en vue du but historique et artistique.
La première condition pour atteindre mon but était d'offrir au public un ouvrage non-seulement accessible aux bibliothèques publiques ou à celles de quelques riches amateurs, mais un livre qui pût
facilement i)énétrer chez tous les artistes et dans les moindres écoles industrielles. L'ouvrage de Niccolini coûte 900 fr.; celui de Zahn environ autant. De pareils prix permettent-ils de penser qu'un artisan se doute même de leur cKistence? J'ai voulu au contraire donner mon livre au prix le plus bas qu'il m'a été possible d'adopter, vu les frais considérables de sa mise en œuvre, dans l'espoir de le voir se répandre dans toutes les classes de la société.
J'avais l'intention de ne prendre de copies que sur les murs qui se trouvaient encore en bon état de conservation à Pompéi même ', mais pendant les années où je préparais mon travail, plusieurs peintures sont tombées en ruine, entre autres, la paroi de la planche VIII, qui s'est dégradée aussitôt après la copie que nous en fîmes au moment de l'exhumation; les originaux des planches XVI et XXII et quelques autres ont aussi plus ou moins souffert. Mon désir était en outre de ne rééditer, si possible, aucune muraille déjà publiée, et, en fait, il n'3^ a que la planche XII et un petit nombre d'ornements qui aient été antérieurement livrés à la publicité avec leurs couleurs; la planche XIII a paru récemment dans l'ouvrage de Niccolini, mais longtemps après l'exécution de la mienne. Plusieurs parois ont été photographiées. Enfin, la majeure partie des décorations murales reproduites ici appartient aux fouilles des dernières années.
Il me reste encore à signaler le lien qui rattache ù mon ouvrage les trois récentes livraisons publiées par le lithographe Victor Steeger, intitulées : Les plus belles Murailles de Pompéi. M. Steeger, en effet, a réuni un certain nombre de planches exécutées par lui sur les lieux, et qui n'étaient pas entièrement appropriées à mon livre; ajoutant à cette collection celles de mes planches dont l'impression était défectueuse, il a mis les nombreux visiteurs de Pompéi à même d'acquérir aisément un souvenir de cette ville. Il m'a souvent été commode de faire quelques renvois à cette publication : je les ai indiqués par les initiales « St. »
Habitant Naples depuis près de cinq ans, j'ai consacré une grande partie de mon temps à Pompéi ; en particulier, j'ai résidé pendant tout l'été de 1876 dans une maison voisine de Pompéi. Une fréquentation assidue de la ville antique m'a donc familiarisé avec mon sujet et a, pour ainsi dire, rendu vivante l'étude que j'ai faite des ouvrages sur Pompéi. Aussi puis-je affirmer qu'il n'est pas une seule des parties de mon travail qui ne repose sur l'observation immédiate et sur l'examen personnel. Il eût été, je l'avoue, bien préférable, pour la composition d'un semblable traité, que l'auteur fût à la fois artiste, historien et archéologue et qu'il séjournât sur les lieux, comme je l'ai fait; mais, à défaut d'une personne présentant les qualités requises, j'ai tenté l'aventure et ai entrepris l'œuvre aussi bien qu'il m'a été possible.
Qu'il me soit permis de terminer par le vœu de voir l'art industriel se développer à l'étude de Pompéi et atteindre de nouveau parmi nous à la hauteur où l'Antiquité l'avait vu parvenir.
E. PRESÜHN.
Naples, 31 mars 1877.
' Les originaux de deux des planches se trouvent au Musée de Naples.
t^i3lth] des Matières
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