‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 49 sur 79 · DÉFINITION ET EXEMPLES · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET EXEMPLES

certain Georg-es Medolaco dont la popularité et le crédit avaient effrayé les précédents inquisiteurs et les avaient empêchés de procéder contre lui. Les périls qu'il courait, car il pouvait perdre la liberté et la vie, n'arrêtèrent pas le jeune relig^ieux dominicain et ne l'empêchèrent pas de s'acquitter de ses fonctions avec succès, tant était grand son zèle pour la pureté de la foi.

Quand saint Gaétan apprit que la ville de Naples avait rejeté le tribunal de la sainte Inquisition et que le Concile de Trente s'était vu forcé de suspendre ses séances, il ressentit une peine si profonde qu'il en pensa mourir de douleur. Les juges, dans le procès de sa canonisation, virent avec raison dans ce fait une preuve de sa foi héroïque.

176. Espérance. — Héroïque était la vertu d'espérance dans saint Louis Bertrand, qui restait intrépide dans les plus graves dangers et qui, ayant même un jour avalé du poison, demeura sans inquiétude, se remettant entièrement entre les mains de Dieu. C'était aussi une espérance héroïque qui lui faisait supporter avec tant de patience et les mauvais traitements que lui infligeaient les ennemis de l'Eglise et les plus cruelles maladies, pendant lesquelles il se plaisait à répé-

ter : Domine^ hic ure^ hic seca, ut in œternum parcas. « Seigneur, brûlez-moi, déchirez-moi, torturez-moi en ce monde et que je sois épargné «n l'autre ! »

C'est encore la ver lu d'espérance portée jusqu'à l'héroïsme qui fit éprouver à tant de Saints de vrais transports d'allégresse à l'approche de la mort et répéter d'un si grand cœur les paroles de David : Lœtatus sum in his quœ dicta sunt niihi : in domum Do mini ibimus.

Héroïque est aussi Tespérance des Saints quand, en proie aux angoisses delà conscience, poursuivis même parfois par la pensée de la réprobation éternelle, ils ne perdent point l'espoir de la vie bienheureuse, ou encore quand, dénués de tout, accablés d'épreuves, en butte à mille oppositions, ils s'appuient sur Dieu avec une constance inébranlable.

Héroïque était la confiance en Dieu de saint François d'Assise, de saint Gaétan, voulant que les maisons de leur ordre ne possédassent rien en propre et attendissent tout de la Providence.

176. Charité, — Dans la cause de sainte Thérèse, on prouva l'héroïsme de sa charité par la continuité de ses élans d'amour — la pensée de son Bien-Aimé ne la quittait pas — par les tra-

DEFINITION ET EXEMPLES Si»

vaux les plus rudes entrepris pour Lui g-ag-ner les cœurs et faire partager sou amour, par son zèle pour la conversion des âmes, par le vœu admirable qu'elle fit de choisir toujours en toutes choses ce qui serait le plus agréable à Dieu, par la douleur si vive qu'elle éprouvait de demeurer loin de Lui, douleur qui finit par lui arracher la vie.

Sainte Madeleine de Pazzi était saisie parfois de si vifs transports d'amour qu'on la voyait parcourir les jardins et les cloîtres, déchirer ses habits, arrêter les Sœurs qu'elle rencontrait et leur demander avec anxiété si elles-mêmes ressentaient le feu de l'amour divin, les embrassant si la réponse était affirmative, leur adressant de brûlantes exhortations quand elle les trouvait trop froides. Elle était réduite à se baigner les membres et la poitrine pour tempérer les ardeurs qui la consumaient.

Les exemples de l'amour héroïque du prochain abondent dans la vie des Saints : c'est saint Etienne priant pour ses bourreaux, saint Paulin de Noie se faisant esclave pour racheter le fils d'une pauvre veuve, saint Jean Gualbert pardonnant au meurtrier de son frère, saint Vincent de Paul nourrissant des provinces entières et venant

3i2 LES AMES HEROIOUES

au secours de toutes les infortunes, saint Jean de Dieu se jetant au milieu des flammes pour arracher les malades à la mort.

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