‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 2)Chapitre 51 sur 79 · DEFINITION ET EXEMPLES · texte numérisé non relu

DEFINITION ET EXEMPLES

fui héroïque aussi l'obéissance de tant de Saints qui eurent pour leurs règ^les une fidélité qui ne se démentit jamais, pour leurs Supérieurs une déférence admirable, prévenant leurs moindres désirs, ne discutant jamais leurs ordres, accomplissant toujours sans répliquer les commandements les plus difficiles et, parfois, en apparence du moins, les plus déraisonnables.

179. Force. — La force héroïque se montre dans le mépris de la mort que l'on brave non pas avec l'ardeur fougueuse et irréfléchie d'un étourdi ou d'un exalté, mais avec un esprit calme et tranquille et pour l'accomplissement du devoir. Saint Charles Borromée, lâchement attaqué par un assassin au moment où il faisait la prière du soir avec ses domestiques, reçut à bout portant un coup d'arquebuse. Deux balles le frappèrent rudement, mais, par une protection miraculeuse de Dieu, il n'en fut point blessé. Le Saint ne remua pas, fit continuer tranquillement la prière et ne manifesta pas la moindre émotion.

La force héroïque se montre aussi dans les rudes travaux entrepris pour la gloire de Dieu, ou encore dans les austérités surhumaines. La Vénérable Jeanne Delanoue, cette humble marchande d'un faubourg de Saumur, qui devint la fondatrice de

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la Congrégation de Sainte-Anne, porta bien jusqu'à l'héroïsme la vertu de mortification. Elle prit, jeune encore, la résolution de ne plus dormir dans un lit et adopta pour sa couche un coffre dans lequel sa foi lui montrait la crèche du Sauveur, si court et si étroit qu'à peine aurait-on pu y loger un enfant de cinq ans. Sa tête n'y pouvant entrer, elle se servait d'une grosse pierre pour oreiller. Son confesseur ne lui ayant pas permis de prolonger ce martyre, alors, bien à regret, elle consentit à prendre un repos de quelques heures, assise dans une chaise, la tête appuyée contre un mur ou contre un meuble, et cela, qu'elle fût malade ou bien portante, jusqu'à son dernier soupir, c'est-à-dire pendant quarantedeux ans.

i8o. Tempérance. — On range dans les vertus ^ui se rattachent à la tempérance : la sobriété, la pureté et l'humilité.

Héroïque était la sobriété de Jean-Baptiste se nourrissant au désert de sauterelles et de miel sauvage, de saint Basile vivant de pain et d'eau, de saint Benoît, à Subiaco, n'ayant pour aliment que le pain que lui apportait le moine Romanus.

Quant à la chasteté, il n'est pas nécessaire pour qu'elle soit héroïque, dit Benoît XIV, qu'on la

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conserve au péril de sa vie, ou aux dépens de tous les avantagées de ce monde. Ceux qui, en butte à des attaques vives et fréquentes les repoussent toujours sans retardement et sans aucune faiblesse, qui, pour assurer la victoire, ne reculent pas devant les moyens les plus pénibles à la nature, ceux-là ont bien atteint Théroïsme de la chasteté. Héroïque fut la chasteté de saint Benoît, de saint François d'Assise se roulant dans les épines pour vaincre les tentations impures.

Héroïque fut aussi la chasteté de saint Henri, empereur d'Allemagne, et de sainte Gunégonde son épouse, de saint Julien et de sainte Basilisse, de saint Boleslas V, roi de Pologne, et de Gunég"onde Bêla, sa femme, qui gardèrent la virginité dans le mariage.

i8i . Pour ce qui concerne l'humilité, nous ne finirions jamais, dit Benoît XIV, si nous voulions énumérer les actes héroïques de cette vertu que nous offre la vie des Saints. Saint Jérôme, pariant de saint Hilarion, s'exprime de la sorte : a Que d'autres admirent les miracles qu'il opéra, son abstinence incroyable, sa science, etc. Pour moi, rien ne m'étonne comme de le voir fouler aux pieds la gloire dont il était environné. Tous accouraient à lui; les évêques, les prêtres, les clercs et les

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moines y allaient par bandes, ainsi que les matrones chrétiennes; les citadins comme les campag-nards, le vulgaire et l'élite de la société, les magistrats et les jug-es, tous se montraient avides d'emporter un peu de pain ou d'huile bénit par ce saint moine. Et lui, cependant, n'aspirait qu'à une chose, vivre seul et ignoré. »

Ne fut-il pas humble jusqu'à l'héroïsme, ce pieux archidiacre d'Evreux, M. Boudon, qui, accusé d'un crime horrible et déposé par son évêque, se mit à genoux devant son crucifix, remerciant Dieu et se trouvant indigne d'une telle grâce? Que penser de ce g-rand saint Augustin qui, pour écarter de lui l'estime dont on l'entourait, traça dans ses Confessions le tableau de ses fautes et de ses misères; de ce saint Dominique qui aimait les mépris comme la chose du monde la plus délicieuse, qui, aux portes des villes où il allait entrer, tombait à g^enoux, les larmes aux yeux, conjurant le Ciel de ne pas lancer la foudre sur les murs qui allaient recevoir un si grand pécheur !

182, Ces exemples font assez voir quelle distance sépare les âmes héroïques de toutes celles dont nous avons parlé jusqu'ici, même de celles que nous avons appelées les âmes parfaites. L'héroïsme ne consiste pas, nous le répétons, en un

seul acte de vertu suréminente, mais dans une disposition habituelle de pratiquer les actes difficiles avec entrain et de bonne g'râce, toutes les fois qu'il y a lieu, ce qui suppose un deg-ré de perfection bien plus élevé que tout ce que nous avons vu. Les âmes parfaites elles-mêmes ont encore, au moins dans bien des cas, une certaine langueur dans l'action; elles sont parfois lentes à accomplir les sacrifices qui se présentent : il n'en est pas de même des âmes héroïques, elles ne marchent pas, elles volent dans la voie du renoncement et de la perfection.

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