‹ Les degrés de la vie spirituelle (volume 3)Chapitre 34 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Probations sur diverses vertus

218. Des années se passent avant que l'âme soit sortie de la vie illuminative; il faut, pendant ce temps, entretenir son ardeur et la maintenir dans la vigilance et la lutte contre elle-même. Il

PROBATIONS SUR DIVERSES VERTUS ^(f

est vrai, les trois grandes vertus dont nous avons parlé : recueillement, mortification et humilité, pourraient la faire avancer grandement et la mener jusqu'à la vie unilive; mais les pratiquera-t-elle toujours avec la même fidélité? Dans cet état illuminatif où les sens ont une grande part, n'est-il pas à craindre que l'âme ne tombe dans la routine, qu'elle ne s'endorme peu à peu ? Car, nous l'avons montré, la ferveur sensible, bien différente de la ferveur calme mais forte des âmes parfaites, est sujette à bien des défaillances et a besoin d'être sans cesse excitée. Il faut donc que l'ardeur des âmes pieuses, que leur activité quelque peu inconstante soit tenue en haleine, sous peine de tomber tout à fait et de faire place à un dangereux relâchement.

D'un autre côté, leur renoncement est le plus souvent imparfait, soit parce qu'elles ne s'y sont pas jetées de tout cœur dès le début, soit qu'il leur reste beaucoup d'attaches peu visibles, qui leur échappent à elles-mêmes et dont elles ne songent même pas à se dégager.

Pour remédier à ce double inconvénient, certains directeurs, de nos jours surtout^, ont

' Ce mode de direction a été expliqué et propagé par M. l'abbé Chaumont^ chanoine de Paris, de si pieuse mémoire

recours à ce qu'ils appellent des probations. Chaque probalion est un système d'exercices qui, présentant une vertu sous toutes ses faces, en fait ressortir la nécessité et l'étendue. En même temps que l'âme est tenue en éveil par une variété bien comprise, — car elle dirig-e successivement ses efforts sur différentes vertus, — elle acquiert une notion de plus en plus exacte, de plus en plus complète du parfait renoncement. Les résultats seront évidemment et plus assurés et plus

(mort le i5 mai 1896); il n'est pas cependant une invention nouvelle. Au fond , l'examen particulier, pratiqué selon la méthode de saint Ignace, n'est point différent. Quant à faire converger vers le même but l'examen particulier et les autres exercices, Rodriguez le conseillait déjà, et s'appuyait sur l'autorité de Cassien :

« II est encore très utile de prendre pour sujet de l'examen particulier la même matière que l'on aura prise pour sujet d'oraison, et de joindre ainsi l'oraison et l'examen; parce que^ de cette sorte, tous nos exercices ne tendant qu'à un même but, nous pourrons faire de plus grands progrès. Mais Cassien va encore plus loin et veut {Collât., IX, c. xxxv) que non seulement dans l'examen et dans l'oraison nous insistions sur ce qui nous est le plus nécessaire, mais que plusieurs fois pendant le jour nous élevions notre esprit à Dieu , avec des prières courtes et vives , et avec des soupirs et des gémissements du cœur, et que nous ajoutions encore à cela des pénitences, des mortifications et des dévotions particulières pour l'obtenir. » De l'oraison, ch. xv.

Page 1