Ensevelir les morts
Toute cette œuvre a une grande unité et a été faite à la même époque de 1520 à 1525, sauf le bas-
GIOVANNI DELLA ROBBIA
relief de la Distribution des boissons, qui n’a été fait qu’un demi-siècle plus tard, en 1585, par un artiste dont le nom nous a été conservé, Filippo Paladini. Comme ce bas-relief est assez beau, surtout en raison d’une figure de femme, imitée de Raphaël, on le choisit de préférence lorsqu’on veut graver un des motifs de l’Hôpital du Ceppo, mais on choisit ainsi, pour faire
COURONNEMENT DE LA VIERGE dans l’Hôpital du Ceppo à Plstoie.
connaître le style de Giovanni, précisément la seule œuvre qui ne soit pas de lui.
Cette œuvre de l’Hôpital du Ceppo, quoique bien différente de toutes les œuvres des Délia Robbia que nous avons étudiées jusqu’à présent, n’est cependant pas en contradiction avec les principes généraux qui les ont inspirées. Nous retrouvons cette fidélité à la nature, qui, quoique dégénérant ici en une étude peu châtiée des formes, en un naturalisme un peu vulgaire,
ŒUVRES DE GIOVANNI
doit néanmoins être considérée comme l’héritage de l’art des Délia Robbia.
On admirera, dans ces bas-reliefs, la composition claire et bien ordonnée, la beauté des figures des pères hospitaliers, qui sont de véritables portraits; on remarquera surtout, dans le bas-relief de la Distribution des vêtements, les belles figures nues, seule partie
L’ASSOMPTION à l’Hôpital du Ceppo à Pistoie.
de cette œuvre qui indique que Giovanni appartient à l’âge de la Renaissance.
Qu’est-ce que l’art des Délia Robbia serait devenu dans cet âge nouveau ? Nous ne pouvons le savoir, car la décoration de l’Hôpital du Ceppo est la dernière œuvre importante de cette école. Giovanni meurt peu de temps après l’achèvement de ce travail et, après
GIOVANNI DELLA ROBBIA
sa mort, si son atelier continue à produire encore de très nombreuses terres émaillées, aucun artiste de valeur ne se révèle, et l’on peut vraiment dire que le grand art des Délia Robbia disparaît avec lui.
Dans cette étude sur les Délia Robbia nous avons supprimé les longues descriptions, nous contentant de contrôler rauthenticité des œuvres et de les classer pour les présenter au lecteur dans un ordre méthodique.
Cet art, en effet, ne demande pas de savants commentaires. Pour en parler il faudrait laisser la langue glacée de la critique et emprunter les paroles ardentes, les hymnes passionnés des moines du moyen-âge. N’est-ce pas le sentiment même d’Andrea, l’ardeur de sa foi religieuse et la tendresse de son amour maternel que nous retrouvons dans ces strophes de Giovanni Dominici ? 1
Dis-moi, douce Marie, avec quelle ardeur Tu contemplais ton fils, le Christ mon Dieu !...
Oh ! quelle joie tu avais, oh ! quels transports,
Lorsque tu le tenais dans tes bras ....
Ne l’embrassais-tu pas alors sur son visage ?
Oui, j’en suis sûr, et tu l’appelais : ô mon fils ....
Lorsque parfois, durant le jour, il s’endormait,
Toi, voulant réveiller ton Paradis,
Bien doucement tu t’approchais pour le surprendre,
Pit tu plaçais ton visage contre son saint visage .... Combien de fois lorsqu’il jouait avec de petits enfants Tu t’empressais de l’appeler Disant en toi-même : Toi, tu t’amuses,
Mais, moi, cela ne fait pas mon affaire.
Alors tu le prenais dans tes bras
Avec une ardeur d’amour que ton cœur seul a pu connaître.
1 Père dominicain qui vivait, à Florence, au début du XVe siècle.
ŒUVKES DE GIOVANNI.
Dans l’art des Délia Kobbia ce sont les sentiments de bonté, de tendresse et d’amour qui prédominent. Pendant tout un siècle il semble qu’ils n’aient eu qu’une pensée, celle d’écrire un poème en l’honneur de la Vierge Marie. Sans faire de grands efforts pour trouver des motifs nouveaux, ils ont répété, sans jamais se lasser, le même hymne d’amour ; et l’on peut bien vraiment dire que, parmi toutes les immortelles créations du génie italien, les plus tendres et les plus séduisantes sont les Litanies des Délia Pobbia.