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LES ORATEURS

Après avoir parlé des magistratures proprement dites, il faut maintenant revenir à cette espèce de magistrature volontaire qui était exercée par les orateurs, et qui, sans aucun caractère officiel, jouait incontestablement le premier rôle dans la vie politique d'Athènes.

L'Assemblée du peuple, souveraine en droit, mais par elle-même incapable de vouloir et d'agir, ne pouvait cesser d'être une foule inconsistante qu'à la condition d'être dirigée : il lui fallait une âme. L'âme de l'assemblée, ce fut l'orateur, c'està-dire l'homme de têle et de parole qui montait à la tribune avec une proposition ferme qu'on pût discuter et voter, et qui était capable de l'expliquer, de la défendre, de la faire triompher. Que C€t homme fût stratège ou simple citoyen, s'il faisait adopter son projet de décret, il devenait pour un moment la voix même de la cité. Fort souvent, d'ailleurs, son succès ne se bornait pas là : s'il s'agissait d'envoyer une ambassade à l'étranger, on le désignait comme ambassadeur, le premier de la liste. S'il s'agissait d'une mesure militaire, il pouvait arriver qu'on le nommât stratège. S'il avait souvent du succès dans l'assemblée, il devenait^ selon le mot de Démosthène, le « conseiller dû peuple », un conseiller habituel et comme attitré,

LA CONSTITUTION DÉMOCRATIQUE d'aTHÈNES ^Ô

dont l'autorilé allait grandissant : c'était une sorte de premier ministre de la démocratie. Lors même qu'il lui arrivait d'être vaincu, s'il avait pourtant réuni autour de lui une forte minorité, il pouvait devenir comme le « leader » de l'opposition et attendre le jour où un nouveau courant d'opinion lui donnerait l'influence détenue par un rival. Autour des chefs, des grands premiers rôles, d'autres se groupaient, des lieutenants. Chaque Opinion importante avait son personnel d'orateurs, son équipe d'hommes d'État. Les partis s'organisaient spontanément, sous la direction de leurs orateurs. Il y avait même un mot dans la langue politique pour désigner cette pri^ ttiauté de l'orateur chef de parti : c'était celui de TcpoffTcitTTriç. Aristote nous donne la succession des TiposTûtTat du peuple et de l'aristocratie depuis Clisthène jusqu'à Périclès. On pourrait la continuer presque sans interruption jusqu'à la fin de l'indépendance athénienne. Cette succession, qui n'est pas officielle, est aussi régulière qu'une liste d'archontes : c'est une suite de ministères. La démocratie avait constitué de la sorte, en dehors des cadres de la cocistitution, par le seul jeu des forces vivantes, une nouvelle espèce de magistoature, qui compte, en somme, tous les plus grands noms de l'histoire d'Athènes, depuis Thémistocle et Aristide jusqu'à Démosthène. Là, nul

examen préalable, nulle élection, nul tirage au sort. La désignation se fait d'elle-même, par la persuasion subie et acceptée. Rien de plus démocratique en un sens, puisque tout citoyen peut avoir accès à la direction des affaires : mais rien de moins égalitaire au fond, puisque le succès dépend du talent. Que ce succès fût toujours de bon aloi, c'est une autre question, que nous n'avons pas à examiner pour l'instant. Il suffisait de signaler cette correction si simple et si importante apportée par la nature des choses à Tégalité du tirage au sort. En réalité, on ne désigne par le sort que les magistratures pour lesquelles suffit une dose moyenne de bon sens et d'honnêteté, ce minimum de « justice « que Protagoras croyait avoir été réparti par Zeus entre tous les hommes civilisés. Quand une charge exigeait des aptitudes spéciales, on en désignait le titulaire au choix. Quand l'influence à exercer était de premier ordre, la cité ne donnait pas d'investiture proprement dite elle se bornait à accorder sa confiance, qu'elle restait toujours libre de retirer.

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