‹ Les demoniaques dans l'artChapitre 35 sur 79 · PRÈS DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

PRÈS DE LUXEMBOURG

D’après un dessin do P. Dreughel, h la paierie do l'archiduc Albert, à Vienne.

1. Celle procession dansante, dont P. Breughel nous a laissé des dessins si pleins de caractère et de vérité, existe encore de nos jours. Elle a lieu comme autrefois à Epternacli, le mardi de la Pentecôte, en l’honneur de saint Willibrod. Nous devons à l’extrême obligeance de M. Majoras juge à Luxembourg, qui en a été plusieurs fois témoin, de curieux détails sur ce qui se passe actuellement. Dans celte grande manifestation religieuse annuelle la danse est devenue en quelque sorte une des formes du rite. Les pèlerins qui accourent toujours en très grand nombre (dix mille et plus) ont la plus grande confiance dans la puissance du saint patron. Le jour de la fête, ils se réunissent tous sur la rive gauche de la Sure, à l’entrée d’Epternach, et là commence la procession dansante qui se dirige vers la basilique de saint-NVi llibrod, au centre de la ville et ne dure pas moins de deux grandes heures. La danse s’exécute suivant un rythme prescrit et marqué par des groupes de musiciens placés de distance en distance. Elle consiste à exécuter soit trois sauts en avant et un en arrière, soit cinq en avant et deux en arrière. Au dire de tous ceux qui l’ont vue, l’aspect de cette sorte de marée humaine avec son flux et son reflux est des plus curieux et des plus saisissants. Parmi les pèlerins, les uns, épileptiques ou atteints de diverses maladies nerveuses, dansent pour leur propre compte, les autres dansent pour obtenir la guérison de leurs parents, de leurs amis, voire même de leurs bestiaux. Ceux qui sont trop âgés ou trop malades payent des gamins d’Epternach qui, moyennant un salaire de douze à vingt sous, dansent à leur place. Le même gamin saute souvent pour plusieurs pèlerins ou pèlerines.

Il n’est pas rare de voir de pauvres diables pris tout à coup au milieu de la procession d’une crise épileptique, et qu’on est obligé d’emporter.

Quelques-uns même de ces malades ne peuvent assister à la cérémonie. Venus la veille de très loin et exténués de fatigue, on les voit couchés au coin des rues, incapables de marcher, quelques-uns en proie aux crises de leur mal. Et l’on est obligé de les reconduire chez eux sans qu'ils aient pu remplir le but de leur pèlerinage.

Nous ajouterons que ce jour-là la danse se continue dans les bals publics et dans les guinguettes, au milieu d’amusemonis qui n’ont plus rien de religieux. (Voir à ce sujet : Le grand duché de Luxembourg, par le Dr Glæsener, Diekirch, ISS."). La procession dansante ou le pèlerinage au tombeau de Saint- Willibrod à Echternach, par l’abbé J. B. Krier. Luxembourg, 1870. L'abbaye de Saint -Willibrod et la, procession des saints dansants à Echternach, par IL Eltz. Luxembourg, 1861.) "

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UN GROUPE DK DANSEURS DE SAINT-GUY Fac-similé d'une gravure de Holding.

d’écuclles. L’eau qui y coule est douée peut-être de propriétés curatives; en tout cas, elle pouvait servir à étancher la soif dont souffraient les principaux acteurs. Certains épisodes que l’artiste, en homme discret, a relégués dans les parties les moins en vue de son tableau, font reconnaître jusqu’à l’évidence que la lubricité n’était pas toujours, tant s’en faut, bannie de ces

assemblées.

Les gravures de Hondius que nous avons trouvées au Cabinet des estampes sont d’un dessin fini et soigné. Elles sont d’assez grande dimension et portent, en outre de la signature du graveur, la marque du peintre: « P. Breughel, inv. » La scène représentée est exactement la même que celle du croquis, qui se trouve divisé en trois parties. En effet les gravures de Hondius sont au nombre de trois; l’une ne contient que les deux joueurs de cornemuse, les deux autres se partagent les pèlerins, qui forment deux groupes bien distincts à droite et à gauche du tableau.

Chaque personnage du croquis primitif s’y retrouve; il n’est que bien peu changé aux attitudes générales, mais dans les détails des vêtements, et en particulier dans l’expression des physionomies, on retrouve le soin minutieux et le souci de la nature qui distinguent les œuvres du maître flamand.

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