LES POSSÉDÉS DE RURENS
11 semble, que la iiguration des démoniaques ait été pour le grand maître llamand un sujet d’intérêt spécial, et qu’elle ait servi son génie. Nous connaissons de lui :
1° Un tableau dans l’église *Saint-Ambroise, à Gênes, saint Ignace délivrant une possédée et ressuscitant un enfant mort ;
2“ Un tableau plus important encore sur le même sujet, au musée de Vienne;
3° L’esquisse pour le tableau précédent, au même musée;
4° Une gravure de Marinus, reproduisant avec quelques légères modifications le tableau de Vienne;
5° Une étude pour la tête de la Possédée du tableau de Vienne;
6° Un dessin dans les collections du Louvre ayant trait au même sujet;
7° Une gravure d’après un tableau inconnu représentant saint François de Paul montant au ciel , et dans lequel se trouvent au premier plan un homme et une femme possédés.
SAINTE CLAIRE DÉLIVRE UNE DAME DE PISE D’après Adam Van Noort (XVIIe siècle).
Nous n’aurons pas de peine à démontrer par l’étude de ces différentes œuvres, au point de vue qui nous retient, comme Rubens sut voir la nature et avec quel respect il sut la copier. Aucun maître n’a été plus injustement discuté sur sa conception du dessin.
Tel de ses possédés offre des caractères si vrais et si saisissants, que nous ne saurions rencontrer ou imaginer une représentation plus parfaite des crises que nous avons longuement décrites dans des ouvrages récents, et dont nos malades de la Salpêtrière nous offrent journellement des exemples typiques.
Il a fallu toute l’intuition du génie, jointe h une rare acuité d’observation, pour saisir et fixer avec tant d’effet et de sûreté les traits fondamentaux d’un tableau si changeant et si complexe. La figure de la possession créée parle pinceau de Rubens est un véritable type. Elle est en même temps une image si fidèle de la nature, que sous tous ses aspects elle demeure vraie, et que, aujourd’hui, à plus de deux siècles de distance, nous y surprenons les signes indéniables d’une affection nerveuse alors méconnue.