PÉRIODE DE CLOWNISME DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTERIQUE
Grands mouvements. Salutations.
de dire que les malades se livrent alors à de véritables tours de force, et le nom de clownisme par lequel nous la désignons également nous semble pleinement légitimé.
Pendant les diverses phases de cette période les malades montrent une souplesse, une agilité, une force musculaire bien faite pour étonner le spectateur et souvent, chez la femme, en opposition complète avec les apparences chétives du sujet. Ces phénomènes avaient vivement frappé les premiers observateurs témoins des agitations des possédés, et nous trouvons, dans le Rituel des exorcismes \ qu’un des signes de la possession démoniaque consistait dans le développement des forces physiques supérieures à l’àge et au sexe de la personne chez laquelle elles se manifestent. Chez les hommes cette période arrive parfois ti un degré de violence qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer.
PÉRIODE DE CLOWNISME DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE Cris de rage.
Les contorsions consistent en des altitudes étranges, imprévues, invraisemblables. Parmi ces attitudes que nous avons également qualifiées à’ illogiques, pour les distinguer des attitudes de la troisième période dont il sera question tout à l’heure (altitudes passionnelles) qui sont toujours la représentation d’une idée ou d’un sentiment, il en est une pour laquelle les malades semblent avoir une préférence marquée ; elle se reproduit aussi bien chez les hommes que chez les femmes et à peu près de la même façon ; elle mérite le nom d’arc de cercle. Le malade est fortement courbé en arrière, les pieds et la tête reposent seuls sur le lit, le ventre parfois météorisé formant le sommet de la courbe. L’arc de cercle varie d’aspect suivant que le sujet, au lieu de se soutenir sur le dos et les pieds, porte sur les côtés du corps ou seulement sur un point du ventre.
1 . Cité par L. Figuier, Histoire du Merveilleux, page 29. charcot et richer. — Les démoniaques dans l’art.
PÉRIODE DE CLOWNISME DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTERIQUE Grands mouvements. — Variété remarquable par l'étendue du mouvement, la malade passe successivement par les trois positions figurées ci-eontre.
Enfin la contorsion peut immobiliser le patient dans les attitudes les plus variées. Si nous devions à ce sujet marquer une différence entre les deux sexes, nous dirions que chez les hommes
PERIODE DE CLOWNISME DE LA CR A N DE ATTAQUE HYSTÉRIQUE Expression et gestes de la rage.
les attitudes d’extension prédominent, pendant que chez les femmes ce sont les attitudes de flexion.
PÉRIODE DES ATTITUDES PASSIONNELLES DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE
Altitude de supplication.
Les grands mouvements consistent le plus souvent en des oscillations rapides et étendues de toute une partie du tronc ou des membres seulement. Le plus fréquent des grands mouvements
est celui-ci : le malade se redresse comme pour se mettre sur son séant; la tête s’abaisse jusqu’au niveau des genoux, puis elle se renverse brusquement en arrière en heurtant violemment l’oreiller.
PÉRIODE DES ATTITUDES PASSIONNELLES DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTERIQUE
Attitude d’attente extatique.
Ce mouvement se répète un grand nombre de lois de suite, simulant une série de salutations exagérées. Ces grands mouvements revêtent parfois un caractère particulièrement acrobatique;
PÉRIODE DES ATTITUDES PASSIONNELLES DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE
Altitude de crucifiement.
ce sont des culbutes, des sauts de carpe, etc... Mais ils ont toujours ce caractère de se répéter un certain nombre de fois de suite. Ils sont souvent précédés ou interrompus par des cris automatiques, dont le timbre perçant rappelle le sifflet du chemin de fer.
Enfin d’autres fois aucun rhythme ne préside h ces grands mouvements. Ils sont complètement désordonnés. Le malade semble lutter contre un être imaginaire, il cherche à rompre les
PÉRIODE TERMINALE DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE Contractures généralisées.
liens qui les retiennent. C’est une véritable crise de rage contre lui-même ou contre les autres ; ce sont des cris sauvages, des hurlements de bête fauve. Il cherche à mordre et à frapper.
PÉRIODE T E 11 M I N A L E DE LA G K A N D E ATTAQUE HYSTÉRIQUE Contractures généralisées.
Il met en pièces tout ce qu’il peut atteindre, les draps, les vêtements ; les femmes s’arrachent les cheveux à pleines mains.
Dans un cas rapporté par M. Bourneville et Dauge, un garçon de treize ans tordait les barreaux du lit, les rampes d’escalier, il soulevait un lit monté et le jetait sur un autre. L’exagération et la prédominance de cette période constituent la variété démoniaque de la grande attaque hystérique.
3“ Période des attitudes passionnelles. — L’hallucination préside manifestement à cette troisième période. Le malade entre lui-même en scène et par la mimique expressive et animée à laquelle il se livre, les phrases entrecoupées qui lui échappent, il est facile de suivre toutes les péripéties du drame auquel il croit assister et où il joue le principal rôle. Lorsque c’est une femme deux ordres d’idées bien différents se partagent ordinairement les hallucinations; ce tableau a deux faces, l’une gaie, l’autre triste.
Dans l’ordre gai, la malade se croit par exemple transportée dans un jardin magnifique, sorte d’Eden, où souvent les fleurs sont rouges et les habitants vêtus de rouge. On y joue de la musique. La malade y rencontre l’objet de ses rêves ou de ses affections antérieures et les scènes d’amour suivent quelquefois. Mais cette partie érotique manque souvent et dans tous les cas 11e joue, ainsi qu’on le voit, qu’un rôle absolument secondaire au milieu des manifestations si nombreuses et si variées qui constituent la grande attaque hystérique. — Les tableaux tristes sont des incendies, la guerre, les révolutions, des assassinats, etc., presque toujours il y a du sang répandu.
Chez les hommes, ces visions lugubres et terrifiantes occupent presque à elles seules toute la troisième période. Les hallucinations gaies sont pour ainsi dire exceptionnelles.
4° Période terminale. — Après la période des attitudes passionnelles ou poses plastiques, on peut dire, à proprement parler, que l’attaque est terminée. La connaissance est revenue, mais en partie seulement, et pendant un certain temps la malade demeure en proie à un délire dont le caractère varie ; il est entrecoupé d’hallucinations et accompagné parfois de quelques troubles du mouvement. Ce délire constitue une quatrième période par laquelle passe la malade avant de retrouver son équilibre normal. C’est comme un reste de l’attaque qui s’épuise, et les accidents qui se présentent alors sont justement comparables et, parfois même, identiques à ceux qui précèdent l’attaque et lui servent en quelque sorte de prélude.
Parmi les troubles du mouvement que l’on peut alors observer nous signalerons des contractures généralisées fort douloureuses, et imprimant aux membres les positions les plus étranges. Les malades qui ont alors repris connaissance, en partie du moins, ne peuvent s’opposer aux sortes de crampes qui tordent leurs membres sur lesquels leur volonté n’a plus aucune prise. Comment ne pas croire qu’un mauvais génie les torture. Elles poussent alors des cris arrachés inconsciemment par la douleur, et offrent le tableau le plus mouvementé et le plus lamentable.
L’attaque régulière, l’attaque type, ainsi composée de ses quatre périodes, emplit une durée moyenne de un quart d’heure; mais elle peut se répéter pour constituer des séries d’attaques dont le nombre varie de vingt à deux cents et plus. Il se produit alors une sorte d 'état de mal qui peut se prolonger- plusieurs heures et même au delà d’une journée.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, diverses variétés de l’attaque hystérique découlent logique-
ment du type que nous venons de décrire, soit par l’isolement d’une période, soit simplement par son exagération avec atténuation des autres. C’est ainsi que la première période donnera naissance à la variété épileptoïde, la deuxième à la variété démoniaque, la troisième à la variété extatique et la quatrième à la variété délirante.
Nous dirons quelques mots ici de la variété démoniaque. Les différentes périodes décrites plus haut s’y trouvent modifiées de la façon suivante.
Première période. — Dans ces sortes d’attaques, la période épileptoïde est tou jours facilement reconnaissable. Elle n’évolue pas régulièrement, elle est modifiée par la prédominence de la contracture, ou amoindrie parla suppression de quelqu’une de ses phases. Mais les phénomènes
VARIÉTÉ DÉMONIAQUE DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE Contorsions.
épileptoïdes sont assez nettement caractérisés, pour qu’il soit impossible de les méconnaître.
Le plus souvent la période épileptoïde est représentée ainsi qu’il suit. Les grands mouvements toniques du début sont exagérés, les bras, les jambes et tout le corps se contournent étrangement. La respiration est suspendue, la gorge gonflée ; la face, congestionnée et bouffie, est affreusement grimaçante, les yeux convulsés ne laissent voir que le blanc de la sclérotique; la bouche est ouverte et la langue sortie. Le tétanisme survient dans les attitudes les plus bizarres, et le clanisme est marqué par le battement des paupières, l’ondulation du ventre et un tremblement partiel, limité, à un côté du corps ou généralisé. La respiration reprend péniblement, elle est sifflante et entrecoupée de hoquets. Il y a des bruits pharyngiens, des mouvements de déglutition bruyants. L’écume apparaît certaines fois.
Quelques inspirations ronflantes représentent le stertor, mais la résolution musculaire ne survient pas, les membres demeurent contracturés en diverses situations, et la phase épileptoïde semble se confondre avec la période des contorsions qui la suit.
Deuxième période. — Les contorsions sont ici dans leur plus large développement. Les figures représentées ci-contre en donnent une idée. Les membres contracturés dans l’extension s’élèvent perpendiculairement au lit, ils s’entrecroisent souvent par une adduction forcée ; les jambes, parfois fléchies, se croisent diversement; les bras se contournent et se placent derrière le dos; les mains ont une attitude à peu près constante, le poignet est fléchi fortement, les trois premiers doigts, pouce, indexet médius, étendus et écartés, les deux derniers fléchis. Enfin
VARIÉTÉ DÉMONIAQUE DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE Contorsions.
tout le corps se contorsionne d’une façon qui échappe à toute description. La face revêt alors le masque de l’effroi ou de la colère ; les yeux démesurément ouverts, la bouche tiraillée en divers sens ou bien ouverte, la langue pendante.
Les grands mouvements s’exécutent avec une violence épouvantable. La malade cherche à se mordre et à se déchirer la figure ou la poitrine, elle s’arrache les cheveux, se frappe violemment, pousse d’affreux cris de douleur ou des hurlements de bête féroce. Elle se démène comme une forcenée; une de nos malades la nommée Ler..., dans ces attaques, ne peut conserver aucun vêtement, et a bientôt mis tout en pièces. Elle se donne avec le poing des coups si violents, qu’on est obligé d’interposer un coussin pour amortir le choc : elle secoue la tête, cherche à mordre,
saisit une compresse qu’on lui présente et l’agite violemment avec de sourds grognements de rage.
Troisième période. — Les attitudes passionnelles n’existent pas à proprement parler. L’hallucination peut survenir, mais la contracture qui persiste souvent gène les mouvements de la malade. On la voit sourire, appeler un être imaginaire ou lui faire la grimace, lui cracher au visage pendant que ses membres sont diversement immobilisés par la contraction musculaire. Mais cette phase est courte en général et manque parfois complètement.
Quatrième période. — Alors la malade revient à elle, mais la contracture ne disparaît pas; des crampes contournent ses membres et lui arrachent des cris de douleur déchirants; elle supplie les assistants de la soulager.