CHAPITRE XIII
Du déchaussement et de l’ébranlement des dents.
Le déchaussement des dents, leur ébranlement et leur chute sont en général le résultat d’une inflammation des gencives ou du périoste alvéolo-dentaire.
La périostite dentaire chronique peut être produite par plusieurs causes, telles qu’une stomatite mercurielle, une intoxication par le plomb ou le phosphore, un état général, tel que le scorbut. Mais sa cause la plus fréquente est l’accumulation du tartre sur les parois des dents qu’il envahit quelquefois jusqu’au sommet de la racine.
Quant à l’inflammation de la gencive, elle peut être consécutive à la périostite, mais elle peut aussi être provoquée par d’autres causes. Elle se manifeste par un engorgement accompagné de rougeur et de tuméfaction. La gencive s’ulcère en même temps autour
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de la dent, à laquelle bientôt elle n’adhère plus, une suppuration s’établit et la pression fait sortir du pus sur tout le pourtour de l’alvéole. La dent, n’étant plus soutenue par la gencive, perd bientôt toute solidité, s’ébranle, devient chaque jour plus vacillante et finit par tomber.
11 n’arrive pas toujours que la gencive s’ulcère et se détruise autour de la dent ; sa racine n’est pas alors mise à découvert ; mais, comme le décollement existe, le résultat final est le même : c’est-à-dire l’ébranlement de l’organe et sa chute.
C’est généralement par une irritation légère des gencives que débute l’affection dont nous nous occupons ; les gencives sont irritées par la présence du tartre et on sent le besoin de passer un cure-dent entre les dents, comme si des parcelles alimentaires se trouvaient logées dans leurs interstices. Bientôt l’irritation se propage au périoste alvéolodentaire et la dent perd ses adhérences avec l’alvéole. Si l’on traite le mal au début, alors que la gencive est simplement engorgée, on obtient sûrement sa guérison. Si, au con-
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traire, on le laisse s’aggraver, la gencive se ramollit et s’ulcère, la dent se décolle, se déchausse, s’ébranle et est lentement expulsée de son alvéole qui s’oblitère chaque jour de plus en plus.
Il est facile de comprendre à quel point la maladie arrivée à cette période est difficile à guérir.
Il existe une forme d’ébranlement ou mieux de décollement de dent dont la marche diffère de celle que nous venons d’indiquer. Nous voulons parler du décollement des dents résultant de l’envahissement des racines par le tartre, la dent alors perd ses adhérences avec l’alvéole et est expulsée lentement sans douleur. Le patient est ainsi tout étonné d’avoir perdu ses dents sans souffrance, mais le résultat n’en est pas moins fâcheux.
Le déchaussement et l’ébranlement des dents constituent une affection commune, surtout dans les grandes villes, et une des causes les plus fréquentes de la perte des dents. Les personnes dont les gencives sont ordinairement molles, irritées et saignantes, ne
se figurent pas souvent qu’elles sont atteintes d’une affection qui peut devenir fort grave. Nous avons connu un grand nombre de personnes qui, en quelques mois, ont ainsi perdu toutes leurs dents.
Entre la simple inflammation des gencives et l’ébranlement suivi de la chute des dents, il y a une foule de degrés. Dans les cas les plus simples, la gencive est simplement tuméfiée et un peu irritée, l’haleine a une odeur très-désagréable. Cette variété d’inflammation est la plus commune ; elle reconnaît pour cause un régime trop substantiel, le défaut d’entretien de la bouche et certaines dispositionsindividuelles. 11 est, du reste, facile de la guérir, au moyen de l’usage de nos préparations dentifrices spéciales. J’ai, parmi mes clients, un médecin qui, depuis plusieurs années, était atteint de cette désagréable infirmité. Il avait tout tenté, mais sans succès, pour s’en débarrasser. Son haleine était extrêmement fétide, et c’est surtout ce qui l'incommodait, car autrement il ne souffrait presque pas. Après un mois de traitement il fut parfaitement guéri.
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La variété d’engorgement dont nous venons de parler est la plus commune et la moins dangereuse ; mais il est rare qu’elle reste stationnaire. L’inflammation augmente chaque jour et bientôt atteint un développement considérable. Parfois une seule gencive est malade ; mais le plus souvent toutes sont affectées, et l’inflammation se propage au périoste alvéolo-dentaire. La dent commence alors à s’ébranler.
En même temps que les gencives se tuméfient, elles se décollent des dents. Le décollement peut être très-profond avant qu’on s’en aperçoive. On reconnaît quelquefois l’affection dont on est atteint seulement quand la dent est complètement décollée et qu’elle n’a plus de solidité.
L’inflammation des gencives est très-fréquemment suivie de leur ulcération ; souvent aussi l’inflammation peut gagner l’alvéole, qui se détruit alors complètement, ainsi que nous l’avons vu précédemment.
Lorsque les dents commencent à être ébranlées, on peut avec une certaine habitude le reconnaître au toucher ; mais il arrive
lin moment où l’affection a fait de tels progrès qu’il est possible au malade de remuer les dents avec l’extrémité de la langue. Si l’on n’a pas eu soin d’arrêter le mal avant qu’il soit arrivé à cette période son traitement est très-difficile et quelquefois impossible.
Le déchaussement et l’ébranlement des dents sont toujours une affection grave. Elle a été très-étudiée par notre père, le docteur Préterre, et c’est surtout elle qu’il avait en vue quand il a entrepris les recherches pour la composition d’un élixir. Nous avons complété ses travaux en préparant une mixture astringente spéciale contre le déchaussement et l’ébranlement des dents. Grâce à elle nous pouvons arrêter le déchaussement et l’ébranlement reconnaissant pour cause un état maladif des gencives. Quand nos clients viennent nous consulter pour cette affection, nous leur prescrivons de se gargariser la bouche sept ou huit fois par jour avec de l’eau tiède additionnée d’un cinquième environ de notre mixture astringente, outre les soins journaliers avec la
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poudre et l'élixir. Si la gencive est déjà décollée nous leur faisons promener à sa surface et à plusieurs reprises un pinceau imbibé de mixture pure, ou étendue de moitié d’eau si la sensibilité de la muqueuse est trop vive. Quelques petites saignées locales avec la pointe d’une aiguille favorisent le traitement; et si la maladie n’est pas trop avancée, la guérison est promptement obtenue. Dans quelques cas, des applications de teinture d’iode, faites par une main expérimentée, suivant les conseils de Marchai de Galvi peuvent rendre des services.
Les cures que nous avons obtenues au moyen de la méthode qui vient d’être indiquée, sont extrêmement nombreuses; leur histoire remplirait un gros volume. Nous nous bornerons à citer les deux observations suivantes, qui résument en quelque sorte toutes les autres :
M. X..., avocat, âgé de trente-cinq ans, d’un tempérament lymphatique, a toujours joui d’une bonne santé. À la suite de fatigues prolongées, ses gencives devinrent molles.
tuméfiées et douloureuses ; elles saignaient avec la plus grande facilité et son haleine était extrêmement fétide. Bientôt ses dents devinrent vacillantes, la mastication ne se faisant plus qu’imparfaitement les digestions se troublèrent et des douleurs d’estomac se firent sentir. Ce malade avait consulté plusieurs médecins et essayé un grand nombre de médicaments : cautérisations, gargarismes avec solution de permanganate de potasse, etc., etc., le tout sans succès. Un de ses amis, docteur en médecine, l’engagea à venir nous consulter, et il s’y décida. Je lui prescrivis le traitement indiqué plus haut, et je badigeonnai moi-même les parties des gencives qui étaient les plus malades avec un pinceau trempé dans notre mixture. Les jours suivants, je les badigeonnai alternativement avec la teinture d’iode et la mixture, tantôt affaiblie et tantôt pure. Je conseillai en même temps de l’exercice, un régime végétal et l’usage des ferrugineux. Après deux jours de traitement, l’odeur de l’haleine avait tout à fait disparu; huit jours plus tard, les gencives n’étaient
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plus douloureuses, et, au bout d’un mois, le malade était complètement guéri. Il est reparti pour la province presque aussitôt après sa guérison ; mais nous l’avons revu il y a quelques mois, et sa bouche est toujours dans un état très-satisfaisant, grâce aux précautions hygiéniques qu’il n’omet plus d’observer. Les maux d’estomac dont souffrait le malade, et qu’il ne savait à quelle cause attribuer, ont également disparu, ce qui démontre bien, une fois de plus encore, l’influence énorme que l’état des dents exerce sur la santé. Nous sommes bien convaincu et ne cesserons de répéter que le plus grand nombre des affections de V estomac résultent du mauvais état des dents C1).
Une jeune dame d’une figure charmante, mariée depuis peu de temps à un de nos artistes les plus en renom, ressentit, après six mois de séjour à Paris, des douleurs
(1) Les maladies résultant d’une lésion de l’eslomac sont ellesmêmes fort nombreuses. Tout récemment encore le docteur Destouche nous racontait l’histoire très-curieuse d’un malade devenu hypochondriaque et mélancolique sous l'influence d’un état pathologique de l’estomac causé par l’état de ses dents.
DES DE.NTS.
vagues dans les gencives, qui se tuméfièrent bientôt et devinrent saignantes. Pensant que cet état disparaîtrait comme il était venu, elle n’essaya pas de le combattre. Un de ses parents lui fit remarquer un jour que son haleine possédait une odeur désagréable.
Cette observation la désola. Ne pouvant supposer que cette odeur provenait de ses gencives, elle se crut atteinte d’une maladie de l’estomac. Elle fit partager ses craintes à son médecin, qui la traita pour une gastralgie. Le ramollissement des gencives augmentait cependant chaque jour. Bientôt la mastication devint difficile , les digestions se firent imparfaitement, et la malade, qui maigrissait à vue d’œil, se confirma dans cette croyance qu’elle était atteinte d’une affection quelconque de l’estomac. Personne ne songeait à remonter à la cause de cette série de symptômes, lorsqu’elle vint chez moi pour accompagner une dame de ses amies qui désirait se faire aurifier une dent. Elle raconta son histoire en ma présence. En désespoir de cause elle allait partir pour je ne sais plus quelles eaux d’Allemagne. Je la priai de me
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laisser inspecter sa bouche, et quand j'eus reconnu l’état de ses gencives et de ses dents, je l’engageai à retarder son voyage de six semaines et à me laisser essayer de la guérir. Bien que doutant du succès, elle accepta. Je la traitai par les moyens indiqués plus haut, et un mois ne s’était pas écoulé qu’elle était complètement guérie. Je l’ai revue, il y a peu de temps, et la fraîcheur de son visage, son air radieux et son embonpoint, indiquaient suffisamment qu’elle jouissait de la santé la plus parfaite.
Nous avons dit plus haut que l’accumulation du tartre sur les dents était une des causes les plus fréquentes du déchaussement. L’indication du traitement est ici évidente. 11 faut enlever le tartre qui entoure les dents et éviter ensuite de l’y laisser s’accumuler de nouveau, résultat auquel on arrivera facilement en faisant usage chaque matin de notre poudre dentifrice et de notre élixir.
11 est facile à un dentiste expérimenté d’enlever, au moyen d’instruments convenables, le tartre accumulé sur les dents, mais
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il ne faut jamais se servir d’acicles pour obtenir ce résultat. « Tous les acides, les poudres qui rayent les dents et l’habitude de les racler au hasard ne peuvent, dit l’illustre chirurgien Hunter, que faire du mal aux dents ; mais il en est autrement si on enlève le tartre en les raclant suivant les règles de l’art. Le tartre étant enlevé et la gencive saine, il faut tâcher de tenir les dents propres avec la brosse. »
MM. Littré et Robin ont donné, dans la nouvelle édition du Dictionnaire de Nijsten, des indications très-complètes sur le tartre et les inconvénients qui peuvent résulter de sa présence.
Nous reproduisons leur article dans son entier.
« Le tartre dentaire, disent ccs auteurs, est un enduit limoneux, blanchâtre ou jaunâtre, qui s’amasse au collet des dents, se durcit et forme à la base de la couronne une incrustation phosphoto-calcaire qui finit par en environner la surface si l’on n’a pas soin de l’enlever. Le tartre dentaire est formé,
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d’après Berzélius, de 70 de phosphate terreux, 42,5 de mucus, 1,10 de matière salivaire et 7,5 d’une matière animale soluble dans l’acide chlorhydrique. Quelques auteurs ont admis des glandes qui auraient la propriété de sécréter le tartre des dents. L’observation anatomique a montré qu’elles n’existent pas. Le tartre des dents, chez l’homme et chez le chien, est un dépôt anormal et accidentel des sels de la salive altérée, surtout quant à sa substance organique ou ptyaline, qui joue un rôle dans la dissolution de ces sels. Sa formation est le signe d’un trouble de la sécrétion salivaire dû le plus souvent à une perturbation des usages de l’estomac ou à une lésion de la muqueuse buccale. Le tartre détermine une congestion des gencives qui réagit défavorablement à son tour sur la sécrétion salivaire, qui amène le déchaussement des dents , leur ébranlement, V inflammation du périoste alvéolo-denlaire, et hâte la chute de ces organes. On doit le faire enlever lorsqu’il se forme, et en prévenir le dépôt en lavant les dents une ou plusieurs fois par jour. »
Plusieurs auteurs considèrent le tartre comme produit par des animalcules se formant dans le mucus buccal ('). Ils le comparent alors à une tige de corail. Nous avons vu que l’existence d’infusoires dans les liquides contenus dans la bouche pouvait être facilement constatée au microscope. Ces animalcules jouent un rôle actif dans la production des différentes affections de la bouche et des dents. Les liquides spiritueux et aromatiques les tuent facilement. De là l’utilité de se rincer journellement les dents avec un élixir à base d’alcool pour se débarrasser de ces hôtes dangereux. Celui que nous préparons est précieux pour cet objet.
Disons, pour résumer ce chapitre, qu’avec quelques soins de propreté journaliers on évitera les maladies qui entraînent à leur suite le déchaussement et l’ébranlement.
Lorsqu’elles se seront déclarées, l’usage de nos préparations dentifrices et des soins hygiéniques, bien entendu, les feront promptement disparaître.
(1) Voir ce que nous avons dit à ce sujet dans un des précédents chapitres.