‹ Les dents (volume 2)Chapitre 55 sur 64 · PENDANT L EXTRACTION DES DENTS. J · texte numérisé non relu

PENDANT L EXTRACTION DES DENTS. J

description est un appareil de cabinet; lorsqu’on veut transporter du gaz quelque part, on en remplit un sac terminé par un tube auquel est adaptée une embouchure semblable à celle décrite plus haut. Le remplir est chose extrêmement facile.

N’oublions pas de faire remarquer, qu’il faut être chimiste et très-bon chimiste pour réussir à préparer du protoxyde d’azote parfaitement pur, et très-bon opérateur pour opérer, car la rapidité est une condition indispensable de succès. Un individu inexpérimenté qui tenterait de fabriquer ce gaz, s’exposerait à de graves mécomptes.

L’anesthésie produite par le protoxyde d’azote est extrêmement rapide ; après une à deux minutes au plus elle est obtenue. Elle dure en général une minute environ, temps parfaitement suffisant pour pratiquer une petite opération (ongle incarné, dents, abcès, etc.). En prolongeant les inspirations du gaz on obtient facilement la prolongation de l’anesthésie. En Amérique, les chirurgiens en sont arrivés maintenant à

pratiquer toute sorte d’opérations chirurgicales avec le protoxyde d’azote. Ils ont reconnu, qu’avec des moyens spéciaux, un individu pouvait être placé sans inconvénient pendant plus de quarante minutes sous l’inlluence du protoxyde d’azote (*).

Nous ne voulons entrer ici dans aucune considération sur le mode d’action du protoxyde d’azote; nous dirons seulement qu’il nous semble que l’anesthésie qu’il produit est obtenue beaucoup trop vite pour qu’on puisse admettre qu’il agisse comme le chloroforme. 11 nous paraît probable qu’il possède sur le système nerveux une action spéciale comparable à celle de la morphine et des autres narcotiques. C’est une question que les expériences que nous exécutons actuellement sur les animaux nous permettront bientôt de résoudre. Nous sommes convaincu que le protoxyde d’azote est un agent éminemment utile qui sera bien vite adopté en France pour les petites opérations chi—

(4) Voyez, à ce sujet, les articles que nous avons publié dans l'Art dentaire.

pendant l’extraction des dents.

rurgicales principalement. On hésite souvent, et avec raison, à soumettre un malade à l’action de l’éther ou du chloroforme pour une petite opération telle que celle de l’ongle incarné, l’extraction d’une dent, l’ouverture d’un abcès, etc., car on sait que l’anesthésie produite par ces substances a souvent été suivie de mort. Le protoxyde d’azote ne présente au contraire, quand on l’emploie parfaitement pur, aucun danger. A l’époque où on a commencé à l’étudier, c’est-à-dire il y a plus de soixante ans, des milliers d’individus l’ont respiré sans inconvénient. Il ne s’est produit des accidents que lorsqu’on respirait du gaz impur. Nous avons respiré plusieurs centaines de fois le protoxyde d’azote sans en être nullement incommodé; il en a été de même chez toutes les personnes auxquelles nous l’avons administré.

A la suite d’une note présentée en notre nom à l’Académie des sciences par M. Cloquet, une discussion s’est élevée sur les propriétés du protoxyde d’azote. M. Chevreul a fait remarquer que les chimistes qui le respirèrent en France, il y 60 ans, en fu-

rent incommodés. Berzélius a donné, il y a

déjà longtemps, l’explication de ce fait en disant que le gaz employé contenait du chlore et du bioxyde d’azote. Il est bien évident que dans cet état le protoxyde d’azote est parfaitement irrespirable. Toutes les personnes qui en feront usage dans ces conditions en éprouveront de fâcheux effets, ainsi que cela est arrivé récemment à un Allemand, M. Hermann. Ce n’est pas au protoxyde d’azote qu’il faut s’en prendre des insuccès obtenus, mais uniquement à la maladresse des opérateurs. Nous avons administré le gaz plusieurs milliers de fois sans observer le plus léger accident, et il en a été de même en Amérique.

On voit, par ce qui précède, que le protoxyde d’azote présente sur les autres anesthésiques une supériorité incontestable et nous n’en connaissons aucun qui puisse lui être comparé. Il est infiniment supérieur aux anesthésiques généraux tels que l’éther et le chloroforme et aux anesthésiques locaux (')

(4) Les anesthésiques locaux sont ceux qui n’agissent que sur la partie à insensibiliser sans produire le sommeil.

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