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INSTRUMENTS POUR L'EXTRACTION DES DENTS

DAVIERS T RÉTERRE FOUR L’EXTRACTION DES DENTS

Figures 93 à 97.

11 est facile de comprendre, d’après ce qui précède, que pour taire sortir la dent de son alvéole, il faut l’incliner vers le point d’appui et, par conséquent, lui faire surmonter la résistance de la paroi alvéolaire qui la maintient. Il faut donc que cette paroi cède sur une hauteur proportionnée 5. la longueur des racines et dans une longueur qu’on ne peut déterminer d’avance. Il en résulte nécessairement une fracture ou tout au moins une meurtrissure très douloureuse de l’alvéole, contrairement à ce qui a lieu avec le davier. Le professeur Malgaigne dit avec raison que la clef de Garengeot doit d’ordinaire briser l’alvéole et que l’habileté consiste à en briser le moins possible.

Ce procédé explique fort bien pourquoi avec l’ancienne méthode on ne pouvait ni n’osait pratiquer l’extraction des dents alors qu’il y avait fluxion ou inflammation des gencives. L’alvéole n’offrant alors aucune résistance, on ne pouvait appuyer sur elle et d’autant moins qu’elle était alors horriblement douloureuse, avec pression.

Cette méthode avait encore ce grand inconvénient, que si on pouvait opérer, on laissait naître de véritables infirmités causées par une longue suppuration, qui souvent détruisait les tissus et occasionnait finalement des difformités irrémédiables.

Avec la nouvelle méthode on extrait les dents en

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pleine fluxion, on peut ainsi vider un abcès oui est mûr et le malade se trouve immédiatement guéri. C’est là un des plus importants progrès réalisés dans ces dernières années.

La fracture du bord alvéolaire des dents, très rare avec le nouveau procédé d'extraction, n’est pas généralement grave. Elle peut cependant occasionner quelquefois des inflammations qui se terminent par des abcès laissant des cicatrices disgracieuses ; les racines voisines se trouvent en outre dénudées et les dents ébranlées. Il nous est arrivé fréquemment d’observer dans les hôpitaux des fractures du maxillaire dues à la clef de Garangeot ayant déterminé de très graves accidents et quelquefois la mort.

Harris rapporte plusieurs exemples d’extraction d’une dent par des forgerons ayant amené la rupture du maxillaire dont le fragment était resté au bout de l’instrument avec cinq à six dents, au lieu d’une seule que l’opérateur maladroit voulait extraire.

Les accidents qui peuvent résulter de l’extraction des dents sont nombreux, et il n’est pas inutile d’en énumérer quelques-uns pour montrer que cette opération, qu’on abandonne généralement au premier venu, ne devrait être pratiquée que par un opérateur habile.

Voici quelques-uns de ces accidents :

Fracture de la dent, fracture et luxation des dents voisines, fracture des alvéoles, déchirure des tissus maxillaires, luxation de la mâchoire, déchirure des lèvres, de la langue, des joues; fluxion avec névralgie, chute des dents dans les voies aériennes et digestives, douleurs persistantes après l’extraction, hémorrhagies prolongées.

Ces deux derniers accidents n’étant pas très rares, nous en dirons quelques mots.

Ce n’est qu’au moyen de pinces à mors nommées daviers américains, importées d’Amérique, qu’on peut extraire les dents sans danger. Leur forme varie suivant celle des dents à extraire.

Pour faire usage du davier, on l’applique au niveau du collet de la dent et on lui imprime un mouvement de rotation autour de l’axe de celle-ci, qu’on extrait ensuite en tournant l’instrument à droite et à gauche, sans prendre de point d’appui sur la gencive.

Les racines des dents s’enlèvent également avec nos daviers. On trouvera dans notre journal l'Art dentaire , revue mensuelle de chirurgie et de prothèse dentaires, des articles très détaillés sur les daviers américains. Nous croyons être le premier en France qui les ayons fait connaître d’une façon aussi complète.

Répétons, pour terminer ce qui a trait à l’extrac-

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lion des dents, que l’avulsion de ces organes est une opération extrême à laquelle il ne faut avoir recours que fort rarement : sur 100 dents qu’on enlève, 95 pourraient certainement être conservées. Un dentiste qui connaît toutes les ressources de son art guérit les dents malades et ne les extrait pas.

Il n’est pas rare de voir après l’extraction d'une dent douloureuse le patient continuer à éprouver la même douleur.

Cet effet singulier étonne et effraie le malade et souvent aussi le dentiste qui a fait l’opération. Voici comment nous pensons pouvoir l’expliquer :

Les dents qui donnent de la douleur après les extractions sont généralement des dents gâtées depuis longtemps ou plombées mal à propos et dont les gencives et le périoste alvéolo-dentaire sont enflammés.

Lorsqu’une dent saine ou gâtée depuis peu de temps, ou dont la carie, bien qu’ancienne, est peu profonde, est extraite, sa racine se sépare nettement et sans déchirure du périoste qui tapisse l’alvéole, et la douleur cesse après l’extraction. Si au contraire cette dent se trouve dans le cas que nous venons d’examiner, c’est-à-dire si la carie dont elle est atteinte a déterminé l’inflammation du périoste alvéolo-dentaire, ce périoste enflammé se déchire facilement, et la déchirure détermine une

douleur qui persiste après l’extraction de la dent, diminue progressivement, mais ne se dissipe souvent qu’au bout de quelques heures. Ajoutons aussi qne l’extraction d’une dent brise quelquefois un peu l’alvéole, dont une esquille peut rester emprisonnée dans la gencive et y déterminer de la douleur.

Quant aux hémorrhagies qui se prolongent longtemps après l’extraction, elles sont fort rares avec les procédés nouveaux d’extraction, et on peut toujours les arrêter. Nous n’avons jamais, dans notre longue pratique, observé un seul cas où nous nous soyons trouvé dans l’impossibilité d’arrêter l’hémorrhagie produite par l’extraction d’une dent.

L’observation suivante, que nous avons publiée dans notre journal l’Art dentaire , prouve que dans les cas les plus difficiles il est toujours possible d’arrêter l’hémorrhagie produite par l’extraction d’une dent. Nous aurions pu multiplier beaucoup les observations analogues, mais nous avons pensé qu’il était préférable de n’en choisir qu’une parfaitement typique.

Hémorrhagie dentaire chez un vieillard âgé de quatre-vingttrois ans. — Insuccès des hémostatiques. — Refus du malade de laisser employer le fer rouge. — Compression digitale pratiquée pendant dix heures. — Guérison.

Nous avons été appelé, il y a quelques années,

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chez M. X..., vieillard octogénaire des environs de Poissy, pour être consulté sur l’opportunité de la pose d’un dentier. Toutes les alvéoles de la mâchoire supérieure étaient complètement résorbées, et une seule dent, une incisive, à peine adhérente à la gencive, existait encore. Nous pensâmes que la pose d’un dentier ne souffrirait aucun obstacle, et nous proposâmes l’extraction de la seule dent restante, ce qui fut accepté. L’extraction fut faite immédiatement, sans autre instrument que notre doigt indicateur, et elle ne produisit aucune douleur. L’opéré se mit quelques instants après à table et nous retint à dîner.

Au moment de nous séparer, M. X... s’aperçut que sa bouche se remplissait de sang. Nous envoyâmes de suite chercher divers hémostatiques que nous appliquâmes avec un peu de charpie sur la petite ouverture laissée par l’extraction de la dent. L’effet fut nul, et malgré tous nos efforts l’hémorrhagie continua. Nous proposâmes la cautérisation au fer rouge, que le malade repoussa énergiquement; il se refusa même à continuer l’emploi de ces hémostatiques, qui lui desséchaient l’arrière-bouche et la gorge sans avantage.

L’hémorrhagie ne s’arrêtant pas, nous résolûmes d’avoir recours à la compression digitale, que nous pratiquâmes de façon à obturer complètement le

trou laissé par la dent. Aidé par la fille du malade, nous pratiquâmes la compression toute la nuit. Vers sept heures du matin, toute crainte de récidive de l'hémorrhagie avait complètement disparu : la santé est depuis restée excellente, et nous avons posé au malade un dentier qui lui a rendu, suivant ses propres expressions, une seconde jeunesse.

Pour terminer ce qui concerne les hémorrhagies dentaires sérieuses, nous répétons qu’elles sont fort rares avec les nouvelles méthodes d’extraction. Lorsqu’elles se présentent, nous nous en rendons facilement maître en introduisant dans la cavité alvéolaire une petite boulette de coton imprégnée de perchlorure de fer ou d’alun pilé mélangé de tannin. Ce n’est que chez certains sujets, les diabétiques notamment, que ce moyen ne suffit pas toujours. Le tamponnement avec un petit bouchon ayant la forme de l’alvéole est souvent chez eux nécessaire.

Dans les cas particulièrement difficiles, nous opérons de la manière suivante :

Nous commençons par prendre, avec de la cire, une véritable empreinte de l’alvéole et nous reproduisons exactement la dent avec ses racines. Nous laissons refroidir la cire dans la cavité, après avoir eu soin de faire jouer l’articulation maxillaire de façon à presser sur la cire, soit au moyen de la dent

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correspondante si elle existe, soit, à défaut, au moyen de la gencive. Nous sortons ce moulage lorsqu’il est refroidi et nous grattons légèrement les racines de cette dent de cire. Puis nous réchauffons légèrement ces racines, et nous y faisons adhérer une très légère couche de soie de coton, afin de former une sorte de duvet velouté. Nous l’humectons ensuite d’eau et nous la trempons dans un mélange de poudre d’alun et de tannin. Nous la replaçons alors avec soin dans l’alvéole dont elle occupe toute la cavité. L’effet est habituellement immédiat.

Nous croyons être autorisé , par notre longue expérience, h recommander cette méthode de traitement dans les hémorrhagies dentaires persistantes. Nous pouvons assurer que s’il y a insuccès on devra l’attribuer à l’absence des précautions minutieuses indispensables dans l’application du procédé, qui demande une précision très grande, mais qu’on est en droit d’exiger d’un dentiste instruit. L’opération étant bien réussie l’obturation de la cavité de l’alvéole est parfaite, ce qui n’arrive jamais avec les tampons de charpie, de cire ou de gutta-percha employés jusqu’à ce jour. Dans cette précision seule est tout le secret de la réussite.

Nous avons également employé dans certains cas le coton hémostatique qui nous donne de très bons

résultats, nous obturons littéralement les alvéoles dégarnies et saignantes, puis nous établissons une pression et l’hémorrhagie s’arrête presque toujours, sans avoir les graves inconvénients du perchlorurc de fer qui noircit horriblement la bouche et les dents et ne réussit pas toujours.

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