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CHAPITRE XXI

DIFFÉRENTES APPLICATIONS DE LA PROTHÈSE DENTAIRE. — MUSÉE DES RESTAURATIONS BUCCALES.

Pièces artificielles que nous avons exécutées pour des individus atteints de diverses lésions faciales — Traitement prothétique des divisions palatines. — Énumération de quelquesunes des pièces qui composent notre musée.

Les chapitres qui précèdent sont entièrement consacrés à l’hygiène des dents, au traitement des maladies dont elles peuvent être atteintes, et aux moyens de les remplacer quand elles sont perdues. Nous n’avons rien dit des applications les plus importantes de la prothèse dentaire, comptant publier prochainement un ouvrage fort complet sur cette question. Chargé officiellement des restaurations buccales les plusjdifficiles sur les victimes des dernières campagnes de Crimée, d’Italie, de Chine, de

Cochinchine, de Pologne, du Mexique, francoallemande et du Tonkin, nous avons imaginé et appliqué dans les hôpitaux de Paris un grand nombre d'appareils pour remédier aux diverses lésions traumatiques de la bouche : becs-de-lièvre, résections partielles ou totales des mâchoires inferieure ou supérieure, nécroses ou perforations, difformités dentaires, anomalies, etc., etc. La Faculté de médecine de Paris a voulu récompenser nos travaux d’une façon toute spéciale, et elle nous a décerné àl’unanimité le prix Barbier d’une valeur de 1,200 francs.

Dans le but de montrer aux lecteurs combien sont nombreuses les applications de la prothèse, nous reproduisons à la fin de ce chapitre le catalogue des pièces qui composent notre musée des restaurations buccales.

Bien que notre intention ne soit pas d’entrer maintenant dans aucun détail au sujet des pièces qui le composent, nous appellerons cependant l’attention de nos lecteurs sur les appareils que nous avons construits pour remédier au bec-de-lièvre compliqué de divisions congénitales ou acquises de la voûte du palais et de son voile (1). Ce genre d’affections est relativement commun, puisque, d’après

(1) Voir notre Traité des divisions congénitales ou acquises de la voûte du palais et de son voile , illustré de nombreuses gravures.

PROTHÈSE DENTAIRE

nos calculs faits sur les statistiques des conseils de révision, il naît annuellement en France plusieurs milliers d’individus atteints de cette infirmité. Il n’est guère de personne qui n’ait rencontré de ces individus qui nasonnent au point d’être complètement inintelligibles et à qui, par conséquent, toutes les carrières sont fermées. L’article suivant, extrait d’un journal de médecine, le Courrier médical , montre les difficultés qu’il fallait vaincre pour remédier à cette infirmité.

Après avoir cité un malade, traité à l’Hôtel-Dieu sans succès pour une division considérable de la voûte du palais et de son voile, et qui, au moyen d’un appareil posé par nous, fut radicalement guéri, l’auteur de cet article entre dans les considérations suivantes :

« Ce n’est guère que dans les temps modernes qu’on a étudié sérieusement les moyens propres à remédier aux divisions congénitales ou acquises de la voûte du palais et de son voile. La staphylorraphie, autrefois préconisée par Roux, Fergusson, Diffenbach, Langenbeck, qui obtinrent quelques succès, est actuellement abandonnée par les chirurgiens les plus illustres. La staphylorraphie est une mauvaise opération, surtout pour les grandes ouvertures où la substance fait défaut, qui ne réussit souvent que dans la première jeunesse, alors préci-

sèment qu’elle est impraticable pour beaucoup de raisons ; en outre, les malades ne guérissent jamais complètement par ce procédé: l’acte de la phonation est toujours imparfait.

« L’art de remédier aux fissures palatines par des moyens artificiels n’est pas nouveau Ambroise Paré donne dans ses œuvres le dessin d’un appareil destiné à remplacer la voûte et le voile du palais ; mais la construction d’un appareil propre à atteindre ce but exige une précision extrême, et ce n’est que dans ces derniers temps qu’on est arrivé à un résultat complètement satisfaisant. Il est facile, en effet, de comprendre combien le problème mécanique est difficile à résoudre ; on peut sans trop de difficulté donner une souplesse suffisante à la plaque de caoutchouc destinée à remplacer le voile du palais ; mais comment remédier à l’action musculaire dont cette plaque est naturellement dépourvue? 11 fallait créer une force factice capable de relever le voile du palais dans la proportion exactement suffisante pour permettre l’acte de la phonation ; il fallait aussi que la longueur de l’appareil fût calculée avec la plus rigoureuse précision, car s’il se prolonge un peu trop en arrière, il agit comme un corps étranger dans le pharynx et provoque des nausées, et s’il est trop court ou pas assez souple, la prononciation et la déglutition sont imparfaites; la plus petite por-

PROTHÈSE DENTAIRE

tion excédante ou manquante de cet organe artificiel influe immédiatement sur son rôle dans la phonation et la déglutition.

« M. Préterre est parvenu à résoudre le problème de la façon la plus complète au moyen d’appareils en caoutchouc et en or extrêmement simples et s’appuyant sur la fissure même et non sur les dents; il est arrivé, quel que soit le degré d’infirmité du sujet, à remédier avec un succès complet à toutes les divisions congénitales ou accidentelles de la voûte du palais et de son voile. Les malades porteurs de ces appareils arrivent à parler aussi facilement que tout le monde, ainsi que cela a été du reste constaté par les plus illustres chirurgiens des hôpitaux de Paris. — On se tromperait grossièrement si on supposait que c’est immédiatement après la pose d’un appareil prothétique que la parole est rendue aux malades: il faut leur apprendre à parler.

« L’éducation des individus atteints de division congénitale de la voûte et du voile du palais est longue et difficile. Elle dure ordinairement de trois à six mois. Si nous n’avions pas assisté aux leçons très longues que M. Préterre est obligé de faire donner à ses clients, nous n’aurions jamais cru qu’il fût si difficile d’apprendre à parler à des individus de tout âge. M. Préterre s’est trouvé dans la nécessité de créer une méthode d’enseignement nou-

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velle. C’est sur l’imitation qu’elle est basée. L'individu fait avec la langue et les lèvres les mouvements qu’on lui indique; le plus souvent, il faut luirépéter le même mouvement un grand nombre de fois avant qu’il parvienne à l’exécuter parfaitement. »

Nous ajouterons à ce qui précède que l’importance de l’éducation des sujets atteints de division palatine est, ainsi que le fait avec raison observer Sédillof, généralement méconnue. Sans doute, l’appareil prothétique réussit admirablement à remédier à la fissure qu’il doit combler, mais il ne peut presque jamais avoir pour résultat de donner ou de rendre immédiatement la parole aux sujets qui en sont porteurs.

Cette vérité, devenue vulgaire pour nous et pour ceux qui ont entendu nos leçons, a toujours été une des difficultés de notre pratique par les ennuis et les questions toujours semblables qu’elle nous a suscités. Les sujets porteurs de nos appareils et leurs parents s’étonnent constamment que la parole ne suive pas immédiatement la pose de l’appareil. Ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés que nous réussissons à leur faire comprendre qu’un individu qui n’a jamais bien parlé se trouve exactement dans la position d’un enfant qui vient de naître, et pis encore, puisqu’il a contracté fatalement de mauvaises habitudes ; ou, si on le pré-

fère, dans celle d’un homme arrivé à toute la plénitude de son intelligence, mais à qui on voudrait faire parler une langue alors qu’il ne l’a jamais apprise. L’individu, enfant ou adulte, à qui nous venons de poser un appareil, est dans ce cas ; il faut que nous lui apprenions à se servir de son appareil, à corriger un à un tous ses défauts de prononciation, à faire dévier les sons qui passent par le nez, les obliger à arriver au contact du nouveau palais et être modifiés par les dents ; en un mot à parler, absolument comme on enseigne à se servir d’un violon, d’un piano ou de tout autre instrument de musique, avec cette différence toutefois qu’il ne nous faut que quelques semaines pour apprendre à parler à un sujet porteur d’un appareil , tandis qu’il faut des années pour être en état de se servir d’un instrument de musique.

11 n’est pas inutile d’ajouter que l’enseignement de la parole n’a d’utilité que pour les sujets atteints, de naissance, de division palatine. Quant à ceux dont la fissure résulte d’un accident, la parole leur est rendue immédiatement après la pose de l’appareil : c’est là précisément ce qui constitue la différence entre les individus atteints, de naissance, de divisions palatines et ceux chez lesquels cette infirmité provient d’un accident. Ce sont en réalité deux infirmités très distinctes ; et la simi-

PROTHÈSE DENTAIRE

1 ilude apparente qui existe entre elles est la source d’erreurs journalières commises par des personnes fort instruites qui ne parviennent pas à saisir la différence qui sépare ces deux affections, au point de vue de l’éducation.

« M. Préterre, dit l’auteur de l’article cité plus haut, a eu une heureuse idée que tous les chirurgiens devraient imiter. H a fait exécuter en plâtre le modèle de la plupart des individus auxquels il a posé des pièces artificielles, non seulement dans les cas de fissures palatines, mais encore dans ceux très nombreux des diverses lésions traumatiques ou congénitales de la bouche, résections partielles ou totales des mâchoires inférieures ou supérieures, nécroses ou perforations, difformités dentaires, blessures produites par les armes à feu, etc. On sait, en effet, que M. Préterre a été chargé, dans les hôpitaux, des restaurations buccales les plus difficiles sur les victimes des dernières guerres de Crimée, de Chine, de Cochinchine, d”Italie, du Mexique, de France, du Tonkin, etc. L’espèce de musée qu’il a ainsi créé est extiêmement curieux. Les médecins peuvent le visiter librement dans son établissement, 29, boulevard des Italiens, et se rendre compte, en quelques minutes d’examen, des résultats admirables auxquels cette branche de la chirurgie réparatrice est arrivée dans ces dernières années. »

MUSÉE

La collection qui compose notre musée se trouve actuellement exposée clans notre cabinet, boulevard des Italiens, n° 20, où on peut venir la visiter. Nous allons donner la nomenclature de quelques-unes des pièces qui la composent.

Rappelons, d’abord, que ce musée renferme les appareils prothétiques construits pour les hôpitaux civils et militaires et pour la clientèle civile, dans les cas suivants: becs-de-lièvre simple ou double, gueules-de-loup, résections partielles ou totales des mâchoires inférieure ou supérieure, nécroses phosphorées, perforationspalatines simples ou multiples, accidents syphilitiques tertiaires, difformités dentaires, anomalies dentaires, etc. Ce sont des duplicata des appareils construits pour les malades blessés ou opérés, confiés à nos soins par MM. les docteurs Nélaton, Trousseau, Ricord, Velpeau, Maisonneuve, Chassaignac, Robert, Chomel, Demarquay, Monod, Malgaigne, Piorry, Denonvilliers, Larrey, Huguier, Gosselin, Verneuil, Broca, Michon, Richet, Pallanciano (de Naples), Simpson (d’Edimbourg), Marion, Sims, Langenbeck, Follin, Panas, Benj. Anger, Péan, Spillmaun, Gaujot, etc., etc., et ils peuvent être divisés ainsi qu’il suit :

1° Pièces d’anatomie normale et pathologique.

2° Restaurations du maxillaire supérieur et du maxillaire inférieur, après leur ablation totale ou partielle ;

3° {Obturateurs des fissures congénitales ou acquises de la voûte et du voile du palais, remplaçant non seulement la substance perdue, mais rétablissant les fonctions ; déviations de mâchoires ;

4° Restaurations des plaies d’armes de guerre, pièces commandées par le Gouvernement français pour les blessés de Crimée, d’Italie et de la guerre franco-allemande, etc. ;

5’ Nombreux modèles d’aurifications diverses.

ǰ Dents à pivot, dentiers et pièces dentaires de tous les systèmes connus.

7" Photographies de pièces et sujets.

8° Nombreuses pièces d’anomalies dentaires.

9° Pièces diverses dont la nature n’a pas permis le classement.

Nous terminerons cet ouvrage par la liste de quelques-unes des pièces les plus intéressantes de notre musée.

MUSEE

extrait du musée préterre

Divisions Palatines.

FiS- I32' ~:^Si0aS. paIatinos- ~ Cinq perforations dans la voûte et le voue du palais représentées par les lettres A B C D E.

Cette planche et les suivantes sont extraites de notre ouvrase spooial sur les divisions et perforations palatines.

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Divisions Palatines.

Fig. 133. — Division congénitale de la voûte et du voile du palais entièrement guérie par un de nos appareils.

MUSÉE

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Divisions Palatines.

Fig. 134. — Division congénitale du voile du palais chez deux jeunes jumelles que nous avons traitées, et dont les deux bouches étaient identiquement pareilles.

EXTRAIT DU MUSÉE PRETERRE

Divisions Palatines.

Fig. 135. — Division congénitale du voile et de la majeure partie de la voûte palatine entièrement guérie par un de nos appareils.

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Fig. 136. — Obturateur Prèterre pour perforation du voile du palais, — Appareil à ressort,

et charnières sur boule.

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Divisions Palatines.

Fig. 137. — Division congénitale de la voûte et du voile du palais entièrement guérie par un de nos appareils.

MUSÉE

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Divisions Palatines.

Fig. 138. — Appareil obturateur-Préterre, pose à la suite d’une lésion accidentelle du voile du palais. La ligne ponctuée représente la lésion.

EXTRAIT DU MUSÉE PRÉTERRE

Restaurations Buccales.

Fi;;. 139. — Maxillaire supérieur gauche avec voile du palais.

MUSÉE

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