I. — MAI.ADlïElUE SAINT-GERMAIN (lo
Cet hôpital était situé entre le débouché des rues du Bac et de la Chaise. A la fin du règne de François V\ il n'avait aucun revenu régulier. Ce n'était plus qu'une sorte d'hôtellerie pour les lépreux, qui, affluant de partout, se répandaient de là dans la ville, alin d'y quêter. En outre, l'accroissement du bourg Saint-Germain avait fait cesser l'état d'isolement de la maladrerie, désormais trop rapprochée d'un grand centre d'habitation. Par un arrêt du 27 janvier 1544, le Parlement ordonna qu'elle serait détruite, et que les matériaux seraient réservés pour en construire une autre dans un lieu plus éloigné. Le cardinal de Tournon, sans tenir compte de ce qui avait été décidé, vendit, en qualité d'abbé de Saint-Germain, l'emplacement de l'hospice. On lui contesta ce droit. Entin, à la suite d'un accord, il abandonna aux pauvres le prix de l'aliénation qu'il avait faite et se vit, par contre, déchargé de l'obligation de fournir ailleurs un lieu pour rebâtir l'hôpital. Quant à l'origine de cette maison, on ne trouve rien de certain, ni de précis.
1 CocHERis, m, -269. Arr.h. nat. .S. 70i6.
2 iBii)., m, 15-2. Tisserand. -2.">7.
H. — HOSPICE DES PETITES-MAISONS (loo4) K
Comme le nombre des pauvres augmentait sans cesse, les commissaires de l'assistance publique proclamèrent la nécessité de créer de nouveaux lieux de refuge. Par lettres patentes du 11 novembre 1534, Heni'i II les autorisa à construire, dans les faubourgs, « un ou deux hôpitaux segrégés, pour illec loger et nourrir les dits mendiants en petites loges et eschoppes. » Le 3 février luo4, ils achetèrent, dans cette intention, un bâtiment qui avait été enlevé à la maladrerie. Transformé en hôpital, il reçut le nom d'hôpital de Saint-Germain et bientôt des Petites-Maisons, à cause de sa subdivision en un grand nombre de loges. Suivant du Breul, y trouvèrent asile « les hommes et les femmes vieils et décrépits, les pauvres incorrigibles accoutumés à bélistrer, les enfants envahis par la teigne, plusieurs personnes tourmentées par le mal caduc et des pauvres aliénés de biens et de leur esprit, courant les rues comme de fols insensez. » Les deux chapelles de l'établissement furent consacrées ou bénites, sur une requête présentée au prieur de Saint-Germain, l'une, la grande, le 6 avril 1615, l'autre, la chapelle de l'infirmerie, le 10 mai 1656. Cet hôpital comptait un nombreux clergé chargé de procurer aux malades les secours de la religion et de chanter tous les jours les heures canoniales. Cinq chapelains et un curé qui était leur supérieur se trouvaient attachés à l'établissement. Un règlement détaillé, œuvre peut-être du prieur de Saint-Germain, leur prescrivait les obligations qu'ils avaient à remplir. Ils devaient assister régulièrement à l'office du chœur, entendre les confessions des malades, garder la résidence, et rappeler aux pauvres de prier pour les bons et notables bourgeois, leurs bienfaiteurs. Le cinquième chapelain était chargé d'orner l'église, de sonner ou faire sonner l'office, de conduire les prédicateurs en chaire, de sonner la petite clochette, quand on portait le Saint-Sacrement aux malades, de régler l'horloge de l'hôpital. Une complète harmonie n'existait pas toujours entre les chapelains et le curé, qui accusait ses inférieurs de ne pas observer les médiantes dans le chant et de fréquenter ses ennemis. L'un d'eux usa de représailles et dénonça au prieur de Saint-Germain le curé qui l'avait injurié publiquement et appelé « diable de Normand. » Après une visite canonique, le 25 septembre 1663, le Père Bénédictin recommanda aux uns et aux
1 CocHERis, m, 15:2. Tisserand, 258.
autres l'obéissance et le respect. Il les exhorta à conférer souvent ensemble pour s'instruire et s'éditier. Il était intervenu, en 1600, pour leiu' imposer l'obligation du bréviaire et du missel romain.
m, — HÔPITAL DE LA CHARITÉ K
Appelés \)âY Marie de Médicis qui les avait connus à Florence, les Frères de la Charité vinrent s'établir dans la capitale, le 13 septembre 100:2. Ils s'installèrent d'abord dans une maison, occupée plus tard l)ar les Petits Augustins, et se tixèrent entin rue des Saints-Pères, auprès de la chapelle de ce nom. Cet oratoire leur fut concédé et lit bientôt place à un édifice plus vaste et plus régulier. Avec le consentement de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés, ces religieux fondèrent un hôpital pour loO malades. On y recevait des hommes et des garçons, attaqués de maladies non contagieuses. Les Frères de la Charité s'exerçaient non seulement à la piété, mais encore à l'anatomie, la chirurgie, la pharmacie, la chimie, la botanique. Leur zèle ne les empêcha pas d'être accusés auprès du prieur de Saint-Germain à diverses reprises et pour plusieurs motifs. On leur reprochait de n'avoir qu'un prêtre séculier pour entendre les confessions de 13o malades. Les garçons chirurgiens étaient inexpérimentés. Ils liansaient mal ceux qui étaient taillés de la pierre. Ils soignaient et traitaient fort rudement. Pour donner plus de pompe aux solennités, on faisait assister le célébrant par des diacres et sous-diacres, qui n'avaient de l'ordre sacré que l'habit ([u'ils portaient.
En 16o9, les Frères de la Charité manifestèrent une vive inquiétude. Ils avaient appris que certains religieux de l'ordre de Saint- François, qui portaient une grande barbe, marchaient les pieds nus et se retiraient en une maison de la Ville-l'Évêque, avaient l'intention d'établir un couvent au faubourg. Ils demandèrent au prieur de Saint-Germain d'interdire cette fondation, qui ferait tort à l'hôpital de la Charité. Il y avait déjà trop de religieux mendiants dans ce (luartier. Cette intervention n'eut aucun résultat.
Les religieux de la Charité avaient reçu une relique de saint Jean de Dieu, leur fondateur, par l'entremise de la Reine-Mère. Cette relique fut déposée à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, et de là transportée processionnellement à l'église de l'hôpital de la Charité,
1 COCHEIUS, III, 133.
le (linianch(3 li novembre lUGO. Les deux reines et Monsieur, Irère unique du roi, se rendirent à cette cérémonie. Les Frères de la Cliarité firent remarquer qu'ils n'avaient pas pris dans cette procession le rang qui leur convenait d'après leur établissement dans le faubourg, et que cet acte de courtoisie envers les religieux, venus pour vénérer la relique de leur saint fondateur, ne saurait leur préjudiciel' poin^ l'avenir. Pendant la révolution, Thùpital de la Charité prit le nom d'hosi)ice de l'Unité. L'ancienne chapelle de l'hôpital a servi depuis de sallfi de séances à l'Académie de Médecine.