‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 2)Chapitre 57 sur 85 · CHATILLON-SOUS-BAGNEUX ET FONTENAY-AUX-ROSES · texte numérisé non relu

CHATILLON-SOUS-BAGNEUX ET FONTENAY-AUX-ROSES

Comme on le voit dans l'étude sur cette ancienne dépendance de l'abbaye, pour (Unlommager les religieux de la perte de Combe-la-Ville, qu'il voulait mais ne pouvait leur l'aire restituer, en 1061, le roi Philippe l" leur donna la terre royale de Bagneux (de Balneolis) ^ C'était un immense domaine, dont plusieurs parties avaient déjà dû être détachées à cette époque, puisipie le château qui formait le centre du tief royal et la ville qui s'était groupée sous sa protection appartenaient, l)our le temporel et le spirituel, au chapitre de Notre-Dame. Mais, outre de nombreuses et importantes dépendances qu'il possédait dans la contrée, il comprenait les deux seigneuries principales de Chàtillon et de Fontenay. Ces deux seigneuries se trouvaient placées sous la dépendance de Bagneux et, par suite, les religieux de Saint-Germaindes-Prés étaient soumis, à l'égard de cette ville, à certaines servitudes dont ils parvinrent dans la suite à se délivrer. Ici nous nous trouvons encore en présence de ces barons, dont les ancêtres avaient été les pi'otecteui's ou les défenseurs des po[)ulations pendant le temps des invasions normandes et avaient réussi à perpétuer dans leurs races les droits d'avouerie. En 1202, le roi Philippe-Auguste confirmait par une charte la vente que venait de faire aux religieux le sire Jean de Montigny des droits d'avouerie qu'il possédait à Chàtillon 2. Deux ans plus tard, le même roi attestait, jiar ses lettres datées d'Anet en 1205, qu'Henri, avoué de Bagneux, avait cédé en sa présence aux religieux, pour la somme de o5 livres de Provins, les corvées de Bagneux ^.

Peu de temps après, un autre membre de la famille des anciens avoués de Chàtillon, Bernard de Montigny, faisait donation aux religieux de la cinquième partie d'une redevance de 10 muids de vin c|u'il percevait à Chàtillon et leur vendait le reste pour la somme de 40 livres parisis ••.

1 Arch. nat., K. ^0 n° ^, or. Scelle'-. Le roi Pliilippe I"'' donna aux Bénevlictins seulement la partie de Bagneux, qui, plus (ard. prit le nom de Cliàlillou. — Leijeif, V. p. 177.

2 LEBOKIF, III, p, .')7.').

3 hrch. 'liât. K, Ti , u" 9, original scellé. Cartul. A. R., fol. 140. Cartul. abbc GuiLL., loi. 216.

4 Arch. nat. LL. 1025.

Ces deux seigiieiiries avaient été attribuées à l'otïice de la Trésorerie du monastère de Saint-Germain. C'étaient donc les trésoriers qui intervenaient dans tous les contrats qui lurent passés pour ces deux dépendances. Nous allons citer les plus importants.

En 1233, Odon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, autorisa frère Simon, trésorier de l'abbaye, à acheter de Bernard, tils de feu Roland, maire de Châtillon, tous les droits qu'il avait sur la mairie de cette localité. Nous trouvons ainsi un exemple de cette charge de la mairie! possédée héréditairement dans une même famille avec les obligations qu'elle imposait, l'influence qu'elle procurait et les revenus qui y étaient attachés. On comprend sans peine combien les seigneui's féodaux faisaient d'efforts pour supprimer une fonction qui, dans bien des cas, était rivale de leur autorité et pouvait leur créer de sérieuse dillicultés. La charte de 1233 nous apprend qu'à l'ofTice de la mairie de Châtillon appartenaient aussi o hôtes qui tenaient à cens du maire o arpents de terre. L'abbé, en autorisant l'achat de la mairie, promulgua-t-il la défense de l'aliéner à l'avenir? Ayant sans doute tburn les fonds nécessaires, il imposa aux trésoriers l'obligation de payer tous h;s ans au trésor abbatial, |)our cette mairie, (50 sols en la fête de saint Remy ^

Les Bénédictins étaient seigneurs « hauts, moyens et bas justiciers patibulaires à deux piliers en la ville et terrouer de Chatillon-lez- Baigneux ». Ces droits, ils durent les défendre plus d'une fois contre les entreprises des officiers royaux. En 1327, Hugues de Cami, garde de la pr('vôt(' île Paris, dut donner des lettres pour annult^r une saisie (Ir hii'iis (pi'avaient exécutée à Châtillon sui' un dcliitcin' iiisohable deux sergents à cheval du Chàtelet de Paris, sans aijj)eler pour cette opération les sergents du ti-ésorier, seigneur justicier, et pour ordonner la restitution des biens saisis. 2.

On lit dans le dénombrement de 1384 : Item, le trésorier d'icelle église a un lio.stel à Chastcillon, la tiei'ce jiartie de la moyenne justice, cens, rentes, droitures et environ .w iij arpens de terre, puent valoir xxviij livres; item, en ycelle ville, à environ xij muys de vin de vynage; item, tant à Fontenoy comme à Chasteillon, environ xiij arpens de vignes, (jui i)uent valoi, environ viij livres de rentes; item, c solz de menus cens -K En 14fi9r « Ambroise Touppin marchand et bourgeois

^ Arch. nnt. LL. 1028.

2 Id. LL. 109.J, p. 61.

3 Id. LL. 760, 11. :29. Dom Dl' Boriu;, L' abbaye de Saint-Germain, an XIV. p. 2i.

de Paris, seigneur en partie de Cliastillon-lez-Baygneux, « avait fait crier par son sei'gent, i( ])rez l'orme du dit lieu où l'on a accoustunié de l'aire cris, » la déiense « que nul ne portas! baston, dague, ne tist noyse ou tumulte en la seigneurie du dit Touppin. » Certainement ce bon marchand de Paris taisait acte excellent, en taisant de telles pi'oliibitions à ses vassaux; mais il avait oublié qu'il n'était pas haut justicier. Frère Adam Boulu, trésorier de Saint-Germain-des-Prés, protesta contre ce cru (lue seul il avait le droit de faire faire en sa qualité de haut justicier. Le malheureux Touppin, voyant la menace du trésorier de soutenir ses droits devant le parlement, s'inclina, reconnut dans un acte public qu'il n'avait que moyenne et basse justice dans son tief, « qu'il ne prétendait pas desrogier aux droits de haulte justice du trésorier, » et, en conséquence, annula cet honnête cry qu'indûment il avait fait faire ^.

Le 4 janvier 1481, le trésorier de Saint-Germain « allérma à bail la justice et seigneurie de Chastillon, maison, héritages, 3 arpents et un quartier de vigne, cens, rentes, rouages, forages, dîmes, ventes, amendes, jusqu'à 60 sols » pour le prix de 40 livres par an ^.

Chatillon avait eu des périodes de guerre et de désastres, qui avaient porté une profonde atteinte à sa i)rosi)érité. En 1417, Jean sans Peur campa avec l'armée anglaise à Chatillon, en revenant de Meulan et ravagea tous les environs pendant les huit jours qu'il y demeura ^.

Mais les guerres de religion du xvr siècle, surtout i)endant la période de la Ligue, furent particulièrement désastreuses pour Cliatillon, comme en général pour l'abbaye de Saint-Germain elle-même et ses dépendances, situées dans les environs immédiats de Paris. Pendant le siège de la ca[)itale, l'armée de Henri IV occupa tous ct's postes et les dévasta entièrement.

Aussi, dès que la paix permit à chacun de constater les désastres du passé et de pourvoir aux nécessités de l'avenir, voyons-nous les religieux de Saint-Germain obligés de prendre des mesures énergiques pour assurer leur existence et i)ayer les dettes qu'ils avaient contractées pendant les troubles, |)our leur nourriture et leur entretien. Le 28 aoijt lo97, ils vendirent à Richard Tardieu, écuyer, secrétaire et conseiller du Roi en ses conseils, seigneur du Mesnil, les seigneuries de Chatillon et de Fontenay avec leurs droits et dépendances, pour la somme de 1500 écus d'or au soleil. Détail caractéristique : l'acquéreur dut ajouter la somme de 66 écus 2/3 pour permettre aux religieux d'acheter deux

1 Arch. nat. LL. lOiCi, p. <12.

2 Id. LL. 77G.

3 Troche. Notice historique et archéologique sur Chatitlon, Paris, 1S50, in-8".

cliaiideliers d'argent i)Our le grand autel de l'église de Cliatillon. Le IVère de l'acquéreur, Jaciiues Tardieu, lieutenant criminel au Cliatelet, donna une somme de 3000 livres pour que les religieux renonçassent au privilège de rachat de cette terre, ce (jue, dans leur disette présente, ils n'euient pas de peine à promettre. Par cet acte, les Bénédictins cédaient la seigneurie de Chatillon-sous-Bagneux, qui comprenait :

« 1» La justice haute, moyenne et liasse, fourches |iatil)ulaires, » carcan, four et moulin bannier;

» 2" Manoir seigneurial en ruines et démoli par les gens de guerre ;

» 3" Enclos terme de murs ruinés ;

» 4" Droicts de lods, ventes, saisines, amendes, confiscations, droicts » d'aubaine, champart, vinage, avenage, gélinage ;

» o" Vingt-cinq arj)ents de terre labourable, la plupart eu iriche. Ils cédaient également o quartiers de vigne en friche au terroir de Fontenay avec une sablonnière, « la seigneurie de Fontenay, avec les » droits de moyenne et basse justice, un hôtel seigneurial qui doit servir y> pour exercer la justice, plus 32 sols de cens et rente foncière. » Dans cette localité, les ofïiciers qui dépendaient de la seigneurie étaient le maire, le greffier, le procureur fiscal, le sergent et le geôlier K

Malgré la vente qu'ils avaient consentie, les religieux de Saint- Germain-des-Prés avaient conservé une partie de leurs droits seigneuriaux à Cliatillon. Nous voyons, en eftet, le 7 septembre l(i(i9, Jean Seguier leur prêter foi et hommage, en son nom personnel et au nom de son frère Jacques, évêque de Lombez, pour la terre dont ils avaient hérité à la mort de leur oncle maternel Richard Tardieu, et leur payer 300 livres pour les droits de mutation 2. Dix ans plus tard, le 12 juin 1679, les biens des deux frères Seguier étaient saisis pour dette à la re(|uète de Pierre Bec-de-Lièvre, marquis d'Hocqueville, et mis aux enchères publiques. La seigneurie de Chatillon fut adjugée à Colbert, marquis de Seignelay, qui l'adjoignit à sa terre de Sceaux, et (jui, à raison de sa haute situation, fut autorisé par les religieux à se faire représenter pour la prestation de foi et honnnage. Les Bénédictins, qui alors avaient relevé leur situation, réparé leurs désastres et rétabli leur prospérité, firent tous leurs etïbrts pour rentrer en possession des biens aliénés par eux dans les moments de détresse. En vertu d'un édit du Roi réglant le rachat des biens d'église aliénés, ils versèrent le huitième denier du prix de l'acquisition, c'est-à-dire 618 livres 13 sols, et présentèrent requête pour le rachat ; mais les possesseurs

1 Biù. Mit. ,iis. fr. I(3.8o7, p. lUC.

2 Arcli. nat. LL. 1048.

actuels du fiel" de Chatillon firent repousser leurs prétentions et on se contenta de leur rembourser les 618 livres lo sols versées i)ar eux ^ (25 août 1678). Après avoir désigné un mandataire, le célèbre ministre de Louis XIV rendit loi et hommage, par son entremise, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, le 9 septembre 1682. L'acte qui atteste ce fait est revêtu des signatures de vingt-sept bénédictins, parmi lesquels se trouvent les noms célèbres de Thierry Ruinart, Michel Germain, Thomas Blampain, Denisde Sainte-Marthe ^. Cette seigneurie passa successivement entre les mains du duc du Maine et du duc de Penthièvre, qui en fut le dernier possesseur.

On prélevait sur les revenus de Chatillon-sous-Bagneux 40 sols pour l'anniversaire d'Heloyse Bruire, fixé aux calendes de Juin ou le I '"'juin ^.

On prélevait sur les revenus de Fontenay-au\-Koses 110 sols parisis pour l'anniversaire de Gilbert Begaut, fixé aux ides de janvier ou le 13 de ce mois ^.

Les religieux de Saint-Germain ne possédaient aucun droit spirituel à Chatillon. L'église de Bagneux dépendait déjà du Chapitre de Notre- Dame, lors de la construction de la chapelle de Saint-Eutrope, qui devint au XIV siècle l'église paroissiale de Saint-Phihpi)e de Chatillon, et dont la collation fut partagée entre les chanoines et l'évêque de Paris.

Suivant la déclaration de 1790, la mouvance du fief de Saint-Germain à Chatillon, possédée i)ar monseigneur le duc de Penthièvre, consistait en 158 arpents 98 perches de domaine et 418 arpents 59 perches de censive, d'après le dénombrement du 30 juin 1788 ^.

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