‹ Les dépendances de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (volume 3)Chapitre 252 sur 261 · BERNY · texte numérisé non relu

BERNY

La terre de Berny faisait primitivement partie du domaine de Saint- Germain. Elle avait été aliénée, tout en restant dans la censive et seigneurie des religieux. Au commencement du XVIIe siècle, cédant sans doute à d’impérieuses difficultés financières, ou peut-être simplement au désir de ne pas s’aliéner la bienveillance d’un grand personnage, en repoussant sa requête, le convent de Saint-Germain consentit à ériger en fief la terre de Berny en faveur de messire Brulart de Sillery, chancelier de France. Mais ce ne fut pas sans contestation que fut adoptée cette mesure qui portait une grave atteinte aux droits et à l’importance de la seigneurie d’Antony. Aussi, le 3o janvier 1 6 1 5, pendant que le prieur, le sous-prieur et une partie des religieux procédaient à cet acte d’érection, le frère Philippe Laurent, procureur et receveur de Saint- Germain, protesta, au nom de la minorité du Chapitre, contre cette mesure qui, suivant eux, lésait gravement les intérêts de l’abbaye1. Quarante ans plus tard, la seigneurie de Berny était venue, par voie d’héritage, en la possession de M. de Bellièvre, premier président du Parlement de Paris. Ce dernier la céda, à titre d’échange, à messire Hugues de Lyonne, ambassadeur du Roi de France auprès du Saint- Siège ; par déférence pour la haute situation du vassal de l’abbaye, le frère Laurent, procureur des religieux, dispensa, « pour cette fois seulement », le délégué de messire de Lyonne de la cérémonie de foi et d’hommage et se contenta de recevoir, avec son serment de fidélité, la déclaration que les droits dus par lui pour son investiture se montaient à la somme de 2000 livres*.

Avant la fin du XVIIe siècle, la vente d’une vaste étendue de leurs bois de Verrières, de Montéclin, d’Amblainvilliers, du Chesnay et de la Celle, pour en faire le parc royal de Versailles, ayant mis à la disposition des religieux des sommes considérables, ils purent profiter de la

l. Arcti. nal. S. 2896.

a. Id. LL. io48.

mort de messire Hugues de Lyonne et de la mise en vente aux enchères publiques des bois de sa succession pour rentrer en possession de ces terres de Fresnes et de Berny, que l’inféodation de 16 1 5 avait soustraites à leur domaine direct. Les seigneurs qui les avaient possédées pendant cette période avaient fait bâtir à Berny une demeure somptueuse digne de leur haute situation personnelle et de l’époque de sa construction. Voici la description qu’en donne Lebeuf : « Ce château est distingué tant par ses ornements que par la beauté de ses canaux : la façade est remarquable en ce qu’elle présente un corps avancé plus élevé d’un étage que le reste : les deux côtés sont occupés par quatre pavillons carrés*. » Ce fut de 1620 à 1623 que fut construit ce château dont il n’est pas fait mention dans l’acte d’érection du fief en i6i5'\

Nous avons déjà vu que l’acquisition des terres de Fresnes et de Berny avait été faite conjointement par la communauté de Saint- Germain-des-Prés et par M. Polisson, économe de la mense abbatiale; elle fut conclue au prix de âoa.ooo livres 3. Cette somme, qui était répar. dedans la proportion suivante : I36.32Ù1 i39 9'1 à la charge de la mense abbatiale, et 268. 676 1 6S * 3d à la charge de la mense conventuelle4, ne se trouvait pas dans les coffres du monastère, où n’avait pas été encore versé le prix des acquisitions royales ; on dut l’emprunter à M. de l’Isle, secrétaire du Roi, ami commun de M. Pelisson et de la communauté5.

Quelque temps après l’acquisition des domaines provenant de la succession d’Hugues de Lyonne, fut conclu, le 20 janvier 1G82, un concordat entre l’abbé et le chapitre de Saint-Germain pour l’échange de certaines propriétés répondant mieux aux goûts et aux intérêts respectifs de chacune des parties : à l’abbé devaient appartenir la seigneurie de Fresnes, les fiefs, le château, les fermes, le canal, la chaussée et le moulin de Berny, — aux religieux étaient attribués le fief et la ferme de la Tour, la ferme du pont d’Antony, les terres, seigneurie, château et parc de Cachant \ Ce fut donc dans le château de Berny, dont la

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