De Fleury
Relevait le fief de la Couture, situé en la paroisse de Courpalay, contenant 44 arpents 33 perches 1 2.
1 Arch. nat. S. 2950.
2 Id. S. 2951.
Pour compléter ce dénombrement , qui met sous nos yeux le tableau de cette baronnie avec ses donjons, ses demeures féodales, ses villages, ses chapelles et ses églises, nous allons donner quelques baux de ferme, qui vont faire connaître l’importance des revenus de ce domaine. En 1021, le domaine de Fleury, situé dans la paroisse de Courpalay, comprenait une maison, des granges, une cour, le tout clos de murs, 76 arpents de terre, 7 de prés, étant affermé pour la redevance annuelle de 2 muids de froment, 18 setiers de méteil. En 1638, Dom Romain Rodayer, procureur des religieux de Saint- Germain-des-Prés, bailla ce domaine en louage au prix annuel de 350 livres, 6 chapons et 6 fromages L
Le domaine de la Basse-Cour, d’une contenance de six vingt arpents de terre, de 9 arpents de prés, était affermé, en 1500, au prix de « six muids de grains rendus aux greniers de Cordoux, un pourceau » gras ou un escu d’or et douze fromages bons et estimés douze sols. » En 1653, la contenance du même domaine était portée à neuf vingt arpents de terres, 8 arpents de prés et 18 de bois taillis, et son prix de ferme était 2000 livres, 4 muids de blé, 12 chapons et 12 fromages. Dans le bail de 1767, le fermier s’engage à fournir tous les ans, outre le prix de 2000 livres, 7 muids de grain, rendus dans les greniers de Brie-Comte-Robert, à nourrir les chevaux des religieux qui iraient à Cordoux et à pourvoir la chapelle de pain et de vin pour la messe et de luminaire 1 2 3.
Le domaine de la Hayeuse, d’une contenance de six vingt arpents de terre et 14 de prés, était affermé, en 1500, au prix de 1 muids de blé froment, 2 muids d’avoine et 6 chapons 3.
En 1550, le domaine de Cordoux était affermé au prix de 1000 livres 4.
Après l’introduction de la réforme de saint Maur dans l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, les anciens religieux reçurent des pensions viagères et occupèrent la partie du monastère qui leur était affectée, entretenant avec les Maurist.es des relations que les circonstances et la différence des intérêts devaient forcément rendre difficiles. Pourtant quelques-uns d’entre eux, prenant leur parti d’une situation qu’ils ne pouvaient changer, voulurent employer leur activité et leur dévouement au service du monastère. Parmi eux, nous signalons Dom Claude
1 Arch. nat. S. 3947.
4 ld. S. 2884.
Cotton, ancien receveur de l’abbaye et procureur du Chapitre, cpu avait joué un rôle actif et prépondérant dans toutes les négociations relatives à l’introduction de la réforme dans l’abbaye. Il avait pris tout d’abord à ferme la terre et seigneurie de Montéclin. En 1641, il échangea ce domaine contre celui de la Basse-Cour de Cordoux, qui était affermé 1200 livres G Quelques années plus tard, en 1647, Dom Cotton prenait à ferme pour le prix de 2710 livres, les cens, rentes, lods et ventes, amendesde la baronniede Cordoux, legreffe delà dite baronnie, les fermes de Courthomer, de Paradis, de la Rivière de Courthomer, de Grandvillier, du Cormier, de la Hayeuse, de Floris, de Moissenay. Le 22 décembre 1651, le prieur, Dom Placide Roussel, et ses religieux donnèrent une procuration à Dom Cotton pour exercer tous leurs droits dans la baronnie de Cordoux 1 2. C’était remettre leurs intérêts dans de bonnes mains et Dom Cotton, dans le temps de son administration, sut mettre ce domaine dans une situation très prospère, soit par les améliorations agricoles qu’il introduisit, en opérant un marnage général des terres de Cordoux, soit par les importantes acquisitions qu’il fit au profit du monastère.
En 1648, il acquit pour le prix de 750 livres a de noble homme » Louis de Porquier, trésorier de la Maison de Monseigneur le Duc « de Longueville, le fief des Loges de Quières, sciz sur le territoire » de Cordoux et de la Fermeté et mouvant en la censive en plein fief » et hommage de la baronnerye de Cordoux 3. »
Grâce aux améliorations et aux acquisitions, les revenus de la baronnie s’étaient notablement accrus. En 1654, Dom Cotton, se sentant vieilli et incapable de continuer cette exploitation, demanda à céder son bail. Cette terre, pour laquelle il payait annuellement 4310 livres, fut affermée, grâce à lui, au prix de 6750 livres. Le chapitre de Saint- Germain témoigna sa reconnaissance pour les services éminents rendus au monastère par Dom Cotton; ce dernier, touché de ces égards, abandonna à l’abbaye une somme de 10310 livres qui lui était due 4.
A Dom Cotton succéda comme fermier de Cordoux, un ancien frère convers de Saint -Germain -des -Prés, frère Antoine Lopinost, qui continua les traditions de son devancier et travailla avec efficacité à la prospérité du domaine confié à ses soins.
1 Bib. nat. ms. fr. 16852, j>. 229.
2 Arch. nat. S. 2949.
3 Id. LL. 1039, p. 20.
4 Bib. nat. ms. fr. 16855.
Les religieux profitèrent de cette prospérité pour accroître leur leur domaine. Sur la demande du frère Antoine Lopinost, ils se rendirent acquéreurs, pour le prix de 5000 livres, d’une ferme de 80 arpents, qu’ils réunirent à celle du château L
En 1658, le frère Lopinost, se sentant vieux, exprima le désir de rendre au convent la terre, dont il gérait la ferme depuis bien des années, pour se retirer au monastère. Il demanda qu’on lui accordât, avec la pension de 900 livres qui lui avait été assignée, la portion de la table monastique, qu’il aurait la permission de prendre au réfectoire ou de porter en sa chambre; ce que le chapitre lui accorda avec la jouissance viagère du bois de la Garenne, en témoignage de reconnaissance pour les services rendus 1 2. En 1666, Charles Mallat, « cy-devant advocat du » Boy en l’élection de Rozay au pays de Brie, » afferma, au prix de 4000 livres tournois et de 15 muids de blé rendus à Melun, la terre et baronnie de Gordoux et Courthomer, comprenant le vieux château féodal avec ses fossés et ses dépendances, les bois du Chesnay, de Halo et des Buissons; les huit fermes suivantes : 1° la ferme de la Basse-Cour (ou du Château) avec 187 arpents de terre labourable et 53 arpents de pré; 2° la petite ferme de Gordoux avec 114 arpents de terre et 18 arpents de pré; 3° la ferme de la Hayeuse avec 147 arpents de terre, 7 arpents de friche et 7 arpents de pré; 4° la ferme de Fleury avec 106 arpents de terre, 11 arpents de pré; 5° la ferme du Cormier, avec 109 arpents de terre et 16 arpents de pâture; 6° la ferme de Grandvillier avec 78 arpents de terre et 12 arpents de pré; 7° la ferme de Courthomer avec 75 arpents de terre et 16 arpents de pré; 8° la ferme de Paradis avec 110 arpents de terre, 16 arpents de pré et du bois taillis; une rente de 17 setiers de blé sur le grand moulin de Courthomer et une autre de 7 setiers sur le moulin des Bordes; le droit de pêche de la rivière d’Yerres dans l’étendue de la seigneurie de Cordoux; le greffe avec cens et rentes des seigneuries de Cordoux et de Courthomer 3.
En dehors de ces accroissements de propriétés, les archives ne nous ont conservé que quelques renseignements sans grande importance sur la baronnie de Cordoux, pendant qu’elle demeura en la possession des religieux.
Nous avons vu qu’une chapelle avait été fondée par les seigneurs
1 Bib. nat. ms. fr. 16855.
2 Id. 16856.
3 Arch. nat. S. 2949.
de Cordoux, dans l’enceinte de leur demeure leodale; ils s’étaient adressés au chapitre de l’église collégiale de Courpalay, dont ils étaient sans doute les fondateurs ou les bienfaiteurs, pour assurer le service religieux de cette chapelle. L’aveu de 1684 nous a appris que ce service consistait à célébrer ou chanter la messe et les offices, les dimanches et jours de fêtes solennelles, et les lundi, vendredi et samedi de chaque semaine. Comme honoraire de ce service, les seigneurs de Cordoux leur avaient donné les dîmes des terres de leur baronnie et des hameaux en dépendant. Si les chanoines de Courpalay percevaient avec empressement ces dîmes opulentes, ils ne tardèrent pas à trouver bien pénible le service de la chapellenie qui leur était' imposé. Pendant un certain temps, ils avaient pu espérer que la ruine de la chapelle seigneuriale après la guerre supprimerait le service, sans porter atteinte à leurs droits sur les dîmes : il n’en fut rien. Considérant la nécessité de cette chapelle pour les habitants du voisinage, les seigneurs en reconstruisirent une nouvelle devant la porte de leur château, sans doute dans un de leurs bâtiments d’exploitation, puisque nous lisons dans certains actes postérieurs que les greniers se trouvaient au-dessus de la chapelle; cette reconstitution rétablissait les choses dans leur état primitif et soumettait de nouveau les chanoines à un service, dont ils s’étaient crus débarrassés pour toujours. Mais ils ne le reprirent pas de bonne grâce : en 1649, un arrêt du Parlement continua cette sentence « par laquelle les Doyens et » Chanoines de Sainte-Maydeleine de Courpalaye étaient condamnés » à dire ou à faire dire la messe tous les dimanches et testes de » l’année à 7 heures du matin, à peine d’un septier de bled froment » pour chascune foys qu’ils manqueraient à y dire la messe, sy mieulx » n’aimoient quitter et délaisser aux religieux de Saint-Germain-des- » Prés les revenus et dixmes qu’ils percevoient tant sur la baronye » de Cordoux qu’autres hameaux en dépendants L »
Nous trouvons, dans le même temps, les religieux de Saint-Germain en transaction avec les marguilliers de Saint-Martin-de-Courpalay pour régler les indemnités qui leur étaient dues, par suite de certains legs faits à la dite église (1643) 1 2. En 1651, ils retinrent pour eux, en vertu de leurs privilèges seigneuriaux, un petit domaine, sis au territoire de Courthomer et vendu par les marguilliers de l’église de Rozoy 3. Les
1 Arch. nat. LL. 1128, fol. 31.
2 Id. S. 2930.
3 Rozoy-en-Brie.
fabriques des églises d’Aubepierre 1 , de Bernay 2, de Mormant 3, d’Ozouer-le-Hepos 4 5 avaient aussi des terres et héritages en « la » mouvance, censive et seigneurie de la baronie de Cordoux, » ainsi que nous l’apprennent des déclarations faites par les marguillers et les curés de ces églises. Un long procès fut engagé au Châtelet de Paris par les Bénédictins pour défendre leurs droits contre les prétentions des religieuses de Saint-Louis de Poissy : ces dernières avaient acquis la seigneurie de Boishebert, tief qui relevait de la seigneurie de la Fermeté. Pendant les passages successifs de la baronnie de Cordoux en diverses mains, bien des droits avaient été négligés et, après leur rentrée en possession de leur domaine, les religieux de Saint- Germain-des-Prés durent faire appel à la justice pour empêcher ces droits de tomber en désuétude; c’est ce qui arriva pour les droits de haute justice du fief de Boishebert, que les religieuses de Poissy prétendaient avoir et que deux sentences du Châtelet, en 1639 et en 1739, reconnurent aux religieux de Saint-Germain 6.
De nombreux fiefs relevaient, comme nous l’avons vu, de la baronnie de Cordoux et les archives nous ont conservé la mention des devoirs seigneuriaux qui en résultaient. Le 23 novembre 1638, Estienne Aubuon, le délégué de messire de Brunfayde Quincy, vint, accompagné d’un notaire, au château de Cordoux pour prêter foi et hommage aux religieux de Saint-Germain-des-Prés à cause du fief du Tertre de Lumigny, qui relevait de leur baronnie; étant devant la porte principale du dit château, « ayant un genouil en terre, sans esperon ni espée, » il demanda à haute voix si les seigneurs de Cordoux étaient là pour recevoir son serment de fidélité; comme il ne se trouvait au château (lue Jeanne Amyart, servante, le délégué du sieur de Brunfay prit des hommes à témoin de sa démarche et se retira 6. Nous trouvons, parmi les fiefs relevant de Cordoux, ceux de Villebert, de Tilly, d’Auzac ou de la Cave 7 . En 1689, M. de Breteuil, conseiller d’État et président des Finances, acheta la terre de Fontenay-en-Brie, qui était un fief relevant de la baronnie 8, Les religieux de Saint-Germain avaient au
1 Aubepierre, canton de Mormant (Seine-et-Marne).
2 Bernay, canton de Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne).
3 Mormant (Seine-et-Marne).
4 Ozouer-le-Bepos, canton de Mormant (Seine-et-Marne).
5 Arch. nat. LL. 1128, S. 2950.
6 Id. LL. 1120, p. 494.
7 Id. S. 2951.
8 Bib. nat. ms. fr. 16857, p. 255.
lieu dit Bois Moreau, un petit fief de fi arpents de terre qui relevait de la seigneurie de la Grange Blesneau, possédée par messire Louis Dupré, chevalier, conseiller du Roi en son Parlement de Paris; or ce dernier avait, de son côté, le fief de la Couture de Courpalay, qui relevait de la seigneurie de Cordoux. Les religieux ayant invité leur vassal à leur prêter son serment de fidélité, celui-ci refusa de le faire, avant d’avoir reçu celui des religieux pour le fief de Bois-Moreau. Il fallut que Dom François Sauvaige, cellérier de l’abbaye, accomplît cette formalité, pour que Louis Dupré consentît à son tour à prêter foi et hommage portant aveu et dénombrement pour son fief de la Couture (1746) L
Nous trouvons la mention d’un orage violent qui, au 13 août 1674, « s’était abattu sur Cordoux et avait fait pour 12000 livres de dégâts » aux bâtiments, surtout au château de Cordoux. » En face de ce désastre, la communauté de Saint-Germain-des-Prés décida qu’il y avait lieu de réduire le nombre des fermes de 7 à 5 et que les matériaux des constructions détruites serviraient à la réparation des bâtiments qui subsistaient encore. Au 5 novembre suivant, Dom Jehan Barré était délégué par le chapitre pour tout régler. Il ne put trouver à affermer le domaine qu’au prix de 3000 livres et 15 muids de blé, au lieu de 4000 livres et 15 muids de blé qu’on en retirait auparavant1 2.
Les bois étaient considérables dans la seigneurie de Cordoux, et, comme tous les seigneurs féodaux, les religieux de Saint-Germain attachaient une grande importance à leurs chasses. Le 22 mai 1760, le chapitre de l’abbaye donna des lettres en dûe forme au sieur Miray pour le constituer capitaine des chasses dans l’étendue de la seigneurie de Cordoux : le garde, qu’il nommerait et entretiendrait à ses dépens, devrait « porter les armes de l’abbaye à la bandolière, » il veillerait à la conservation des bois et ferait son rapport, en cas de délit, à la justice des religieux. Ces derniers se réservaient le droit de donner à d’autres la permission de chasser sur leurs terres 3. Par un acte du 4 décembre 1768, le chapitre de Saint-Germain-des-Prés accordait au comte de Polignac la conservation des chasses de Cordoux 4.
Les archives nous ont conservé un document qui nous fait connaître l’état de la baronnie de Cordoux à la fin de son existence. Le4 mai!767,
1 Arc h. nat. S. 2951.
2 Bib. nat. ms. fr. 16857. p. 65.
3 Ici. 16859, p. 134.
4 Id. 16859, p. 310.
le chapitre nommait des délégués pour procéder à l’examen des revenus, charges, dettes et ressources de la communauté. Dom Benoît de la Vallée et Dom Lhote, cellérier, cpii avaient été députés pour taire la visite de la baronnie de Gordoux, présentèrent leur rapport à la séance du 6 août de la même année; nous y lisons que « le château » est d’une bâtisse très ancienne, qu’il est entouré de fossés, autrefois » revêtus en pierres et pleins d’eau, et aujourd’hui couverts d’herbes, » de ronces et d’épines, qu’au-dessus de la chapelle, qui était assez » grande et décente, sont deux greniers l’un sur l’autre, mais que les » couvertures sont en très mauvais état et demandent à être rétablies » avant l’hiver, que, comme il pleut partout dans la chapelle, les cha- » noines de Courpallay, obligés de la desservir, menacent de ne plus » y aller, si on ne la remet en état; qu’il est très intéressant de pré- » venir cet inconvénient, attendu que la retraite des chanoines occa- » sionnerait une charge très onéreuse, vu qu’on doit dire la messe » les dimanches et l'estes dans cette chapelle. Les deux bois de la » Garenne et -du Chenoy contiennent environ 30 arpents en haute » fustaye et taillis. Il y a une longue allée d’ormes d’une belle venue » qui va jusqu’à Gourpalay. » Le rapport constate ensuite les réparations à l'aire aux fermes de la Basse-Cour, de Grandvilliers, de Fleury et de Paradis L
La déclaration de 1790 nous permet d’ajouter aux indications précédentes les revenus du domaine à cette époque :
Gens, lods et ventes (année commune) . 150 1
Ferme de la Basse-Cour .
Ferme de la Tour de Fleury . . .
Ferme de Granvilliers (par. d’Aubepierre) \
\ en f en ( en ' en en } en /
Ferme de Paradis (par. de Courtomer)
Rente sur le moulin de Courtomer, 17 setiers Rente sur le moulin des Bordes, 5 setiers . Rentes foncières à Cordoux et à Courtomer Droit de pêche sur la rivière de Courtomer
argent
nature
argent
nature
argent
nature
argent
nature
blé
1 Bib. nat. ms. fr. 19849, p. 61.
Plus, 36 arpents de bois réglés en une seule coupe, tous les 25 ans; la dernière avait été vendue, en 1778, 22080 livres. En sus, de la seigneurie baronnie de Cordoux relevaient les fiets de la Couture, de Villebert-Tilly et ses arrière-fiefs réunis de Chamjard, de Basile, de Briennesson et du Tartre de Lumigny « dont, dit la déclaration, on » n’a pas été servi depuis longues années L »
Courlomer.
Courtomer, localité désignée dans les anciens pouillés sous le nom de Curia Audomari, est située dans le canton de Mormant et l'arrondissement de Melun; c’était une paroisse du diocèse de Sens, au xue siècle. Il y avait à Courtomer deux seigneuries distinctes, qui relevaient toutes deux du Roi à Melun et qui devaient entrer successivement dans le domaine de Saint-Germain-des-Prés.
La première appartenait antérieurement à l’abbaye de Cîteaux; Charles de Bouvière, seigneur de Chatel et de Nangis, l’avait amorti en 1480, moyennant 488 écus d’or en faveur des moines, qui l’avaient jointe à leurs seigneuries de Cordoux, Floris et la Fermeté. Comme nous l’avons dit, ils cédèrent le tout, en 1496, à l’abbaye de Saint-Germaindes-Prés, pour se décharger de 339 livres de rente annuelle sur les 400 livres qu’ils devaient lui payer au remboursement du prieuré de Gilly 1 2.
La seconde seigneurie, comprenant un château avec donjon et fossés, appartenait, en 1320, à Ayoul-Guy-Briard de Villepesde, chevalier. Elle était, au commencement du xvne siècle, en la possession de la famille de l’Hospital, qui la vendit aux Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés. Le château avait été démoli, et il n’en restait plus que des ruines.
La seigneurie de Courtomer se trouva donc réunie en entier aux mains des religieux do Saint-Germain-des-Prés. En 1560, le cardinal de Tournon, abbé de Saint-Germain, comparut, par procuration, à la rédaction de la coutume de Melun, comme seigneur de Courtomer. Les 283 arpents de terre, qui constituaient le domaine de ces deux seigneuries, étaient divisés en deux fermes, celle des Bordes et celle de Paradis, dont il a été question ci-dessus.
1 D. Poirier, Fiib. nnt. ms. fr. 20818, p. 30.
2 Arc h. nat. S. 2945,
ESMANS.
Cette localité, qui faisait partie autrefois du pays et du diocèse de Sens, et qui est maintenant située dans le département de Seine-et- Marne, arrondissement de Fontainebleau, canton de Montereau, était une des anciennes et importantes dépendances de l’abbaye de Saint- Germain. Elle est mentionnée, comme telle, dans le récit de la translation du corps du saint patron. Elle ligure dans le Polyptique de l’abbé Irminon, qui va nous faire connaître l’importance primitive du domaine monastique de Æmanto.
Nous y voyons que les religieux y possédaient une seigneurie avec château et bâtiments d’exploitation en quantité suffisante; huit corps de domaine, comprenant trois cent quatre bonniers; soixante-six arpents de vieille vigne, auxquels vinrent s’ajouter quatorze arpents de jeune vigne plantés par l’abbé Irminon, produisant en tout six cents muids de vin; une forêt ayant approximativement quatre lieues de tour et suffisante pour la nourriture de cent porcs; soixante-dix arpents de pré, d’où l’on pouvait retirer tous les ans cent cinquante charretées de foin ; plus quatre moulins, produisant de cens annuel cent cinq muids de grain, deux sols et deux oies. Ils avaient de plus une église bien bâtie et soigneusement pourvue de tout ce qui est nécessaire au culte (cum muni apparat u diligenter constructam), avec la maison du prêtre et les dépendances suffisantes; à cette église étaient attachés cinq hôtes, qui payaient annuellement neuf poulets, quarante-cinq œufs et devaient, par semaine, deux jours de travail, moyennant la nourriture. Le monastère tirait du domaine de l’église un cheval, à titre de don.
Puis vient la liste des vassaux avec l’indication de leurs diverses situations, de leurs possessions et des devoirs de toutes sortes, auxquels ils étaient tenus envers l’abbaye. En tête, figurent les officiers et fonctionnaires : le maire Ermencerius, colon, qui tenait deux manses ingénuiles et ne devait de redevance qu’un cheval ; le cellérier Alberius, colon, qui tenait un manse ingénuile et qui était exempt, à raison de son service, de toute autre redevance que le labour et l’ensemencement d’un ansange (antsingam) de terre et le labour de deux perches pour les semences du printemps; le doyen Aimeradus, colon, qui tenait un manse ingénuile et était exempt de toute redevance à cause de son
service1; le meunier Grimbaldus, colon, qui tenait la moitié d’un manse ingénuile et était exempt de toute redevance à cause de son service; et enün un colon Adrianus, sans indication de fonction ou de profession, qui tenait un manse ingénuile et, à titre de salaire ou de récompense (propter mercedis causant), ne devait d’autre redevance <pie le labour et l’ensemencement d’une ansange et de deux perches pour les semences de printemps. A la suite, sont énumérés tous les colons et leurs familles, avec l’indication de leurs possessions et de leurs redevances. Ainsi le colon Salvius, qui tenait un manse ingénuile contenant douze bonniers de terre arable, cinq arpents de vigne et un arpent de pré, devait, pour la taxe militaire, quatre sols d’argent ou quatre moutons, ou la moitié d’un bœuf, deux muids d’avoine et deux muids de vin; pour la dîme du vin qu’il récoltait, sur 20 muids il en devait un; tous les trois ans, une brebis avec son agneau, trois poulets et quinze œufs. Il devait labourer trois perches de terre pour les semences d’hiver et deux pour celles du printemps; il faisait les charrois qui lui étaient ordonnés, faisait les travaux pour un arpent de vigne et battait douze muids des grains des seigneurs. Ce dénombrement, qui comprend tous les vassaux de l’abbaye résidant sur les territoires d’Esmans, de Villetay et de Fontaines, se résume ainsi : « Il se trouve dans Acmant 41 manses ingénuités et demi, » qui paient pour la taxe militaire 166 sols d’argent, soit 166 moutons, » 83 muids de vin, 83 muids d’avoine, tous les trois ans, 41 brebis » avec leurs agneaux, 321 poulets, 1606 œufs et 5 sols de cens 2. » Notons ici une donation d’un genre tout spécial, que nous trouvons inscrite dans l’espace libre au bas d’un folio du Polyptique, et dont l'écriture lui assigne une date de peu postérieure à celle du manuscrit : « Un seigneur, du nom de Haginon, donne, sur la prière de Brunard, 5) son serf, la fille de ce dernier, Adhuide, à Saint-Vincent, à Saint- « Germain et aux frères qui servent Dieu dans ce monastère, pour le » salut de son âme, afin qu’ils intercèdent pour lui et ses descendants « auprès du Seigneur 3. »
1 Pour déterminer la nature des attributions de ces officiers, nous nous rapportons à ce qu’en dit M. Longnon dans son introduction au Polyptique : le maire exerçait dans la population des fonctions judiciaires : il était l’intermédiaire entre elle et les seigneurs; le doyen était un colon chargé de l’administration de la culture des terres seigneuriales; pour le cellérier, fonction tirée sans doute des monastères bénédictins, il devait être chargé de recueillir pour le seigneur les redevances en argent ou en nature.
2 Polypt. Irminon, p. 258-265.
3 Id., p. 258.
L’abbé Hilduin, dans le partage qu’il lit des biens de l’église de Saint-Germain, alïécta la terre d’Esmans à la mense conventuelle pour l’entretien et le vêtement des moines; ce partage fut confirmé par un diplôme de Louis le Débonnaire, en 829.
Le château d’Esmans devait être très fortifié, et son éloignement de Paris le mettait à l’abri de bien des dangers. C’est là que vinrent se réfugier, après s’être arrêtés à Combs-la-Ville, l’abbé et les religieux de Saint-Germain, en 857, lorsque, à la nouvelle de l’approche des Normands, ils abandonnèrent leur monastère, exposé sans défense à la rapacité des barbares, et allèrent chercher un refuge, où ils pussent abriter leurs personnes et leurs trésors les plus précieux. Parmi ces derniers était la châsse renfermant les reliques de saint Germain; ils la déposèrent dans l’église d’Esmans, où elle fut l’objet de la dévotion des habitants de la contrée et où se produisirent plusieurs guérisons miraculeuses rapportées par Aimoin, moine de Saint-Germain , qui affirme en avoir été le témoin oculaire. Les religieux et leur précieux trésor demeurèrent à Esmans jusqu’en 861, époque où ils purent regagner leur abbaye L
Comme pour la plupart des localités de cette contrée, l’histoire est absolument muette sur les destinées d’Esmans, du ixe au xme siècle. Quand les archives nous permettent de reconstituer le passé de cette dépendance de Saint-Germain-des-Prés, nous la trouvons érigée en prieuré, puis en prévôté, et manifestant son importance par la qualité des personnages, qui eurent à traiter avec elle. Nous nous bornerons à signaler ici la reine Adèle, mère de Philippe-Auguste, qui signa, en 1201, avec l’abbé, au sujet d’Esmans, une transaction, dont nous aurons à parler avec plus de détail en traitant de la seigneurie temporelle de cette localité. Nous renvoyons également à ce chapitre une importante et intéressante discussion, soulevée vers 1246 contre les religieux par les habitants d’Esmans au sujet de certains de leurs droits seigneuriaux et terminée par une transaction amiable, en 1258, l’acquisition par les religieux de l’avouerie et de la mairie d’Esmans et l’affranchissement octroyé par l’abbé de Saint-Germain aux habitants, en 1289. Nous nous contenterons ici d’indiquer les divers accroissements du domaine de Saint-Germain-des-Prés et les événements les plus importants de son histoire.
Le 29 septembre 1268, se présentait devant l’official de Paris dame Asceline, fille de feu Simon d’Esmans, chevalier, et veuve d’Étienne
1 Dcpré, Esmans, Notice historique.
de Marcilly, écuyer; elle « s’était rendue sœur dans le monastère de » Saint-Germain-des-Prés et, après avoir fait les vœux d’usage, » elle venait, devant l’autorité ecclésiastique, taire cession à l’abbaye, qui la recevait dans sa famille spirituelle, de tous les biens meubles et immeubles, prés, vignes, cens, fiefs, corvées et droits, qu’elle possédait au territoire d’Esmans L
Au mois d’août 1277, messire Jehan de Moustier, escuyer, et dame Ysabeau, sa femme, cédèrent aux religieux, pour 4 livres de rente, un fief, qui était tenu par messire Jehan de Vers, chevalier 1 2. Vers le milieu du xive siècle, Guillemin de Tilley céda aux religieux une certaine étendue de terre et de pré, pour la somme de 110 livres et un septier d’orge, un chapon et un pain de six deniers tournois de rente annuelle, payable le lendemain de Noël 3. En 1352, Jehan de Gorbigny, grand prieur de Saint-Germain-des-Prés et prévôt d’Esmans, acheta de Reynault du Maroys son manoir, entouré de fossés, 8 arpents de pré, 50 arpents de terre, 12 sols de menus cens et une droiture valant annuellement un septier d’orge, un chapon et une fraise (de viau), moyennant la somme de 440 florins à l’escu du coing du Roy. Le grand prieur donna cette propriété à l’abbaye, à la charge que les prévôts d’Esmans payeraient annuellement 18 livres à la pitance de l’abbaye. L’abbé Jean fit cession des 8 livres, auxquelles il avait droit sur cette rente, pour la célébration de son anniversaire solennel. Jehan de Gorbigny demanda que, pour la donation qu’il venait de faire, le monastère prît l’engagement d’instituer un anniversaire pour lui après sa mort 4.
Gependant, malgré ce développement de son étendue, le domaine d’Esmans subissait, durant cette période, le terrible fléau de la guerre. Les armées anglaises portèrent la dévastation dans toute la contrée; car voici le passage que nous extrayons d’une déclaration de l’année 1372 : « L’estât de l’ostel d’Esmans est tel : le grant manoir, où » anciennement avoit très fort lieu de massonnerie et de charpenterie, » tout enclaux dedans fossés et eau, fut tout abatu et rasé par le » faict du Roy d’Angleterre 5. »
Comme nous venons de le voir, le prieuré d’Esmans avait été supprimé et cette dépendance de l’abbaye avait été transformée en
1 Arch. nat. L. 777.
2 Id. LL. 1146, p. 99.
3 Id. S. 2965.
* Id. S. 2965.
5 Id. L. 760.
prévôté, c’est-à-dire donnée à terme à certains religieux qui l’exploitaient à leurs risques et périls, moyennant les charges dont ils prenaient l’engagement vis-à-vis de l’abbaye. Le dénombrement présenté, en 1384, par l’abbé Richard des biens de son monastère, va nous faire connaître la situation d’Esmans à cette époque :
« Item, en la ville d’Emant, a un grant hostel notable et prevosté » baillée en terme à l’un de nos religieux; et avons en la dite ville » baulte justice moïenne et basse; et appartient au dit hostel environ » vmxx arpens de terre; item, un bon molin bannier aux hostes et » et justiciables de la dite ville et hemiaux; item, environ xxiv livres » de rentes et cens à plusieurs jours en l’an; item, xxv arpens de » pré; la tierce partie des oblacions de la cure aux jours solemnes : » baillé fout ce que dit est, au dit prevost religieux à ferme à c livres » tournois, qui soloient valoir anciennement ij livres tournois; item, » le four de la dite ville bannier aus habitants; item, la disme de vin » d’icelle paroisse; item, le banc du lieu; item, environ iij muids » d’orge par an sur certains héritages et de costumes; tout ce baillé » au dit prevost parmi la dite somme; item, en la dite ville et » territoire l’abbé et église ont le dismage des grains et champars » de la dite ville et hémiaux; lesquels valent à présent xn muis qui « soloient valoir lx muis; item, un paast par manière de taile, qui » pu et valoir environ ix livres L »
En 1467, Robert de l’Espinasse, ayant prodigué les biens de l’abbaye, en perdit l’administration pendant cinq ans. Il reçut, pour son entretien pendant ce temps, la jouissance des terres d’Esmans et de Saint-Germain 1 2.
A la fin du xve siècle et au commencement du xvie, nous voyons les religieux poursuivre leurs efforts pour augmenter leur domaine territorial d’Esmans. Au mois d’octobre 1497, frère Jehan de Rozoy, prévôt d’Esmans, acheta, pour la somme de 90 livres tournois, à Pierre Renard de la Villeneuve-le-Roi et à Babelons, sa femme, « tout » l’héritage qu’ils avaient ou pouvaient avoir en la ville et au terroir » d’Esmans 3. » Le 19 août 1511, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés acquit du sieur Cinbroy, moyennant une diminution annuelle sur les cens dûs par lui, 38 arpents de terre, 30 septiers de froment de rente à prendre sur le moulin d’Esmans. Deux jours après, ce même abbé
1 Arck. nat. L. 760, n° 29. D. du Bourg. Saint-Germain, au XIVe siècle.
2 Dijpré, Notice historique sur Esmans.
3 Arck. nat. S. 2965.
se rendait acquéreur pour son monastère du moulin à foulon, situé entre Esmans et Fossart L
Le 18 mai 1517, François Ie1' accorda aux religieux la sauvegarde royale « pour empêcher les gens d’armes de ne rien prendre, ni loger » sur les terres d’Esmans et de Saint-Germain-sur-Montereau, avec » leurs dépendances 1 2. »
Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux et abbé de Saint-Germaindes-Prés, affectionnait particulièrement le séjour d’Esmans et faisait du château sa résidence de prédilection. Il y mourut, le 24 janvier 1534, et, suivant le désir exprimé dans son testament, il fut enterré dans l’église, devant le maître-autel.
Les guerres de la Ligue, qui avaient si violemment sévi dans les environs de Paris, avaient beaucoup diminué les revenus de la mense conventuelle, dont la plupart des domaines avaient été dévastés. Les religieux, réduits aux dernières extrémités, firent entendre leurs réclamations. En 1590, le conseil d’État détacha provisoirement de la mense abbatiale, pour leur en accorder la jouissance et subvenir à leur détresse, les terres de Dampmartin, de Villeneuve-Saint-Georges, d’Esmans et de Cachant 3.
Des baux de fermage passés successivement nous font connaître la valeur des diverses parties d’Esmans à cette époque. Le 24 mai 1518, les religieux donnèrent à bail perpétuel « le sault du moulin a draps » situé sur le ruisseau d’Esmant entre le chasteau du dit Esman, et le » grand moulin de Fossart, pour le prix de 10 livres de cens » annuel 4. » Le 5 mai 1530, le moulin de Fossard avec ses appartenances fut affermé pour une redevance annuelle de 6 muids de froment et de 12 deniers tournois, redevance qui fut convertie plus tard (1672) en 670 livres 5.
En 1538, l’abbé de Saint-Germain-des-Prés afferma le revenu de la seigneurie d’Esmans pour le prix de 1240 livres par an 6.
La déclaration faite par l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, le 8 juin 1548, nous décrit la seigneurie d’Esmans :
« 1° Le chaste] et l’hostel seigneurial d’Esmans clos avec fossés. » Près de ce chastel sont la maison, grandie, estables, bergeries,
1 Arck. nat. LL. 1140, p. 105.
2 Id. LL. 1146, p. 98.
3 Dupré, ouv. cit.
4 Arch. nat. LL. 1146, p. 98.
» cours, jardins, coulombier et fossés à poissons, le tout clos de » murs et contenant 2 arpents de terre.
» 2° 260 arpents de terre labourable.
» 3° 5 arpents de pré.
» Ces maisons et terres avec prés, non compris l’hostel seigneurial, » sont baillés pour 11 muids de grain, mesure d’Esmans. Ces » 11 muids peuvent valoir 110 livres tournois par an, à raison de » 10 livres le muid 1. »
En 1678, Pelisson, administrateur du temporel de l’abbaye, profita des sommes qui étaient dues par Sa Majesté le Roi à la mense abbatiale, en raison du terrain cédé par l’abbaye, en vue de l’établissement de l’hôtel des Invalides, pour faire des acquisitions importantes à Esmans. Le 7 août, il se rendait acquéreur, au prix de 7347 livres, d’un domaine de 118 arpents de terre labourable, sis à Esmans; le 7 novembre, il adjoignait aux possessions monastiques d’Esmans, pour le prix de 3600 livres, la maison et ferme du Fossard, ou du petit Vimpelle 2.
Nous extrayons des déclarations faites par les religieux, en 1790, le tableau des revenus et des charges du domaine d’Esmans, qui appartenait, comme nous l’avons dit, à la mense abbatiale.