LE CHESNAY
La paroisse de la Celle-Saint-Cloud était, il y a 900 ans, plus étendue qu'elle n'est aujourd'hui. Sa partie méridionale était garnie de chênes, d'où lui vient le nom de Chesnaye ou Chesna\ .
• En 8l\S, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédait Le Chesnay, mais après les invasions des Normands, elle donna cette terre à de puissants seigneurs pour obtenir leur protection. Les archives de Saint- Germain-des-Prés relatent que, vers 1078, les comtes de Montfort étaient obligés de rendre foi et hommage à l'abbé de ce monastère pour le château de Beyne et le fîef du Chesnay. Ces droits cessèrent en 1274, pour les comtes de Montfort.
Au XIP siècle, les habitants du Chesnay n'avaient pas d'église dans leur village; qu'était devenue celle dédiée à saint Germain que mentionne Irminon? Avait-elle croulé sous le poids de la vétusté, ou les Normands qui rôdèrent souvent dans ces parages l'avaient-ils réduite en cendres? On allait entendre le service dans la chapelle de Saint- Antoine-du-Buisson, assez éloignée, et bâtie sur une terre appartenant aux chanoines de Saint-Benoît de Paris. Comme cette distance les incommodait, le curé et les paroissiens de l'endroit demandèrent à Foulques, abbé de Saint-Germain, la permission de construire une église dans le village même. Non seulement Foulques accorda cette autorisation, mais il donna même une place pour édifier ce temple. Il mit pour condition qu'on ne reculerait pas les murs à volonté et qu'on ne bénirait pas de cimetière. En outre, ne voulant point faire tort aux chanoines de Saint-Benoît, Foulques leur accorda, dans cette église du Chesnay, les mêmes droits qu'ils avaient dans celle de Saint-Antoinedu-Buisson. Nous pouvons citer la charte qui fut octroyée à cette occasion (i 182) :
« Nos igitur piis eorum precibus permoti, neminem tamen laedere vel cujuslibet alterius jus diminuere volentes, cum veterem ecclesiam ad jus et dominium canonicorum Sti Benedicti Parisiensis pertinere et in fundo ipsorum edificatam esse liquido cognosceremus, nec sine eorum voluntate fîeri posse ut. relicta priore ecclesia, parrochiani ad
novam transirent, maxime, in alieno fundo, propter predicti populi necessitatem, de terra nostra propria qiue infra villam erat, ejusdem ecclesicB Sti Benedicti, assensu totius capituli nostri libère et quiele possidendum, tantum concessimus, quantum ad novaî ecclesiaB, quam populus poscebat, constructionem necessarium fore vidcbatnr. Cum autem justum etrationabile, quia, sicut canonici Sti Benedicti nullamper nos suijuris sencinnt diminutionem, ita nec nos per ipsos vel per alios damnum aliquod incurramus, donationem istam hoc tenore factam esse volunius, ut nec canonici, nec presbyter, nec parrochiani sine assensu nostro, extra parietes ecclesiaj termines suos dilatare, nec terram occupare, nec cimeterium benedicere vel aliquod taie agere possunt, sed terra circumquaque nostra erit propria sicut antea^ »
L'église de Saint-Germain-du-Chesnay, rebâtie par les habitants sur la lin du XIP siècle, subsista jusqu'au XVI* ou XVII* siècle. Alors sa caducité fît recourir une seconde fois à la chapelle de Saint-Ântoinedu-Buisson, qui avait porté pendant longtemps le nom de Saint- Sulpice. M. de Bernier, conseiller d'État, s'employa à la reconstruire à ses frais, et obtint de l'abbaye de Saint-Germain, le 20 août 1607, un petit ossement du saint patron, qu'on y conserve. Le Chesnay n'est qu'à une demi-lieue de Versailles, sur la route de Saint-Germain-en- Laye. Le PoittV/e parisien du XIIP siècle marque que la nomination à la cure appartenait au chapitre de Saint-Benoît. Tous les Poiiillés imprimés depuis cette époque ne disent pas autre chose. Les religieux de Saint-Germain devaient pourvoir à la subsistance du curé. Nous voyons qu'en 1657, ils lui payaient 89 septiers et mine de blé pour son gros (1657). Ils donnaient à la place du blé une somme de 38o livres. Une sentence de 1089 (18 juillet) avait fixé ce traitement à 27 septiers 1/2, plus une mesure de grain.
Nicolas Neveu, curé du Chesnay, ayant réclamé au sujet de son gros, l'abbaye Saint-Germain lui abandonna les dîmes du lieu, la grange dîmeresse et une rente de 188 livres i5 sols dues annuellement par le roi sur son parc de V ersailles, au jour Saint-Remy (2 mars 1707J. Cet accord existait encore l'année 1790, comme nous le lisons dans la déclaration des biens que Saint-Germain-des-Prés possédait au Chesnay. Ce monastère comprenait Saint-Antoine-du-Buisson dans le ressort
I, Arch. ruU. LL. 1027, p. i43.
de sa justice, comme le montre un acte de i6i i. En i585 ( i6 avril), il permit au curé et habitants du Chesnay d'établir à Saint-Ântoine-du- Buisson une confrérie de Saint-Sébastien et de Saint-Roch contre la peste. Le 26 août 16G4, le prieur et les sénieurs de l'abbaye de Saint- Germain, châtelains et voyers de la terre et seigneurie de la Celle, du Chesnay, de Saint-Antoine-du-Buisson, accordèrent à Noël Emery, curé du Chesnay et de la chapelle de Saint-Antoine-du-Buisson, l'autorisation de joindre, à son presbytère de Saint-Antoine-du-Buisson, un reste du chemin que le roi avait fait enclore dans son parc de Versailles, chemin qui conduisait de Saint-Antoine-du-Buisson au village de Trianon. Cette quantité de terrain consistait en 29 toises de long sur 16 pieds de large*.
Notons en passant que Pierre le Pelletier, auditeur des comptes, fonda, en i65i, un prêtre au Chesnay, pour y enseigner les enfants.
1371. Dénombrement : à Chaynoy, un four bannier, granche, dismes et champarts qui soloient valoir i4 muids de grain. .
i38A. En la ville du Chaynoy, un four bannier, granche pour dîmes et champarts qui solaient valoir i4 muids de grains. Tout a été détruit par les ennemis et ne vaut à présent que viii muids'.
Quant au temporel du Chesnay, voici les quelques actes que nous trouvons signalés. En 1207, Robert de Meulan céda à l'abbaye la moitié de l'avouerie du Chesnay pour une somme de 80 livres. Le roi Philippe-Auguste ratifia cette vente par lettres patentes. En 1209, Pétronille de Glatigny, dame de qualité, donna au religieux de Saint- Germain la troisième partie des biens qu'elle possédait au territoire du Chesnay. Elle leur avait vendu les autres tiers pour le prix de 45 livres. En 12 12, Jean, abbé de Saint-Germain, à la prière de Bouchard, seigneur de Marly, ordonna à son maire du Chesnay de recevoir, pour ce seigneur, des voituriers passant le Chesnay, le droit de coutume qui lui appartenait, et de le conserver pour le rendre à lui, Bouchard, ou à son sergent. En 121G, Gérard de Neauphle' renonça en faveur de l'abbaye à son droit de voirie et de gruerie qu'il avait dans les bois du Chesnet (Chesnay).