‹ Les deportation belges a la lumiere des documents allemands. Avec de nombreux fac-similes et la reproduction de tous les documents belgesChapitre 81 sur 112 · PROTESTATIONS DU GOUVERNEMENT RE.LGE · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS DU GOUVERNEMENT RE.LGE

d^porter bientot 350.000 hommes. Les requisitions de materiel se poursuivent dans nos usines, avec le dessein avoue d’empecher apres la paix une reprise de travail, de supprimer un concurrent et de ruiner le pays. Les machines qui peuvent servir sont emportees, les autres vendues au poids du fer.

Le Gouverneur general pretend, dans des declarations faites au reporter du New- York Times, que ces deportations en masse s’effectuent sans incidents; que des Beiges meme sont partis joyeusement. En realite, lls subissent a la fois le supplice des tortures morales et celui des souffrances physiques, tout l’opprobre de l’esclavage. Le Gouvernement allemand essaie de s’excuser par la necessite de combattre le chomage, alors qu’il Pa lui-meme organise en defendant aux communes d’employer les ch6meurs sans son autorisation, en empechant, comme dans le Luxembourg, de les utiliser h des travaux publics, en interdisant la mise en exploitation des charbonnages du Limbourg.

La Belgique est livree aux violences de P autorite militaire. L’autorite civile approuve et laisse faire. Insistez vivement pour que le Gouvernement aupres duquel vous etes accredite invite le Gouvernement allemand h reflechir aux consequences des crimes de lese-humanite qui se commettent en son nom. L’Allemagne, avant d’etre forcee a abandonner n)tre pays, veut le laisser a l’etat de cadavre; mais en s’acharnant ainsi a le torturer, elle se met au ban des nations et, au lieu d’imp soi la paix a ses adversaires par la terreur, elle ne fait que soulever contre elle le monde civilise.

(s) Beyens.

GHAPITRE XX

PROTESTAT'ONS BELGES DIVERSES

A — Declaration de M. H. Carton de Wiart, ministre de la Justice de Belgique, a l 'Echo de Paris (9 novembre 1916)

L ’Echo de Paris a publie (numero du 9 novembre 1916), la declaration ci-apres de M. H. Carton de Wiart, ministre de la Justice de Belgique, sur les enlevements, deportations et mises au travail force de nombreux civils beiges par 1’ autorite allemande :

« II n’est que trop exact, a declare M. Carton de Wiart, que l’autorite allemande procede en Belgique, dans toute la zone des etapes, a de veritables rafles d’hommes qui reproduisent, en les aggravant encore, les crimes commis, il y a quelques mois, sous pretexte de travaux agricoles, dans les departements fran^ais envahis. Vers la mioctobre un arrete signe, pour le quartier-maitre general, « von Sauberzweig », fut affiche dans nos communes des Flandres et du Ilainaut. Cet arrete stipule que toutes les personnes valides et qui recourent, elles ou leurs families, a « l’assistance d’autrui », peuvent etre contraintes de force au travail, meme en deliors de leur domicile. L’ arrete ajoute que le refus de se soumettre a cette obligation sera puni d’un emprisonnement de trois ans au maximum et d’une amende de 10.000 marks ou d’une de ces peines seulement.

« Pour comprendre tout ce qu’il y a d’abominable dans une telle contrainte, il importe de se rappeler que, par suite du depart de tant de Beiges que le devoir militaire retient depuis plus de deux ans loin de leurs foyers et par suite du chomage presque complet de notre industrie, un tiers de notre population est assiste par les comites de ravitaillement. Ceux-ci, grace au concours du Gouvernement beige et des Allies et a 1’intervention des Etats-Unis et de l’Espagne, assument une charge enorme qui incomberait stricto jure au pouvoir occupant.

« Aussitot cet avis placarde, nos concitoyens vises par l’arret6 furent convoques par masses, a Courtrai, d Gand, & Bruges, & Termonde, & Alost, ailleurs encore, dans des casernes, des entrepdts ou des usines vides. Ceux qui ne se rendirent pas volontairement a la convocation furent

PROTESTATIONS BELGES DIVERSES

apprehendes a leur logis et conduits de force au rendez-vous. Pour la seule ville de Gand, ils etaient au nombre d’environ 3.000, coraprenant non seulement des ouvriers, chomeurs ou non, mais quantite d’employes et petits patrons. On les examina, on les tata comme on eut fait dans un march6 d’esclaves. Les moins robustes furent ecartes. Quant aux autres, on exigea d’eux qu’ils signassent un imprime en langue allemande, par Iequel ils s’engageaient a travailler sous les ordres de Pautorite allemande. Les moyens de pression habituelle furent employes : incarceration, menaces, privation de liberte et de nourriture, brutalites variees. Ils refuserent. Malgre leur refus, ils furent enleves et deportes pour des destinations inconnues. Chacun d?eux fut autorise a se munir d’un petit trousseau et d’une ecuelle. L’avis officiel qui les en informait ajoute textuellement : — admirable ironie ! — « On peut se munir d’ argent! »

« Des trains entiers ont ainsi traverse la Belgique dans la direction de PEst. Et Pon entendit, le long des voies ferrees, ces braves gens qu’on arrachait ainsi, sous la contrainte des balonnettes allemandes, a leurs foyers, a leur famille et a leur pays, chanter en choeur, et sans se lasser, la BrabanQonne et le Vlaamsehe Leeuw (le Lion de Flandre), dont les premiers vers — je les traduis du flamand — sont, a eux seuls, bien caract4ristiques : « Ils ne Pauront pas, notre fier lion de Flandre ! »

Un admirable « chiffon de papier ».

« Tenez, nous dit M. Carton de Wiart, voici entre plusieurs documents du meme genre un billet griffonne au crayon et signe par un de ces ouvriers. II a ete jete par lui au passage du train dans un village du Brabant. Et dans sa simplicity et sa concision, ce « chiffon de papier » est d’une beaute morale qui domine, a mon avis, tout Porgueil de la Kultur allemande :

« Voor de Duilschers werken, nooit, of nog veel min onze naam op papier « zetten. Leve Albert, Koning der Belgenl »

« C’est-i-dire : « Travailler pour les Allemands, jamais! et moins « encore leur signer quoi que ce soit ! Vive Albert, roi des Beiges ! »

« Ah ! les braves gens ! Nous pouvons etre fiers d’eux, et aussi de nos magistrats communaux, dont le monde connaitra un jour tout Pherolsme et le patriotisme ! »

Un beau type de bourgmestre.

« Pour n’en citer qu’un exemple, voici ce qui s’est passe a Bruges :

« Le bourgmestre de cette ville, le comte Amedee Visart de Boearme, est plus qu’octogenaire. Depuis 1868, il represente sa belle cite au Parleinent beige. Quand Pinvasion atteignit Bruges, k la mi-octobre 1914, ce « maitre de la cite », qu’entoure la juste veneration de tous, eut une reponse qui le peint tout entier. II attendait Pennemi a son poste, digne et pret a tout. Les officiers allemands Pinterpellerent brutalement en lui

LES DEPORTATIONS BELGES

braquant le browning sous le nez, en guise d'argurnent. « Pardon, fit alors le comte Visart, qui a les facons charmantes d’un seigneur de l’ancien regime. Pardon, Messieurs! Vous etes les plus forts. Vous « pouvez, si vous le voulez, me faire fusilier. Mais etant donnas mon Hge « et ma situation, j’exige que tout cela se fasse avec politesse. »

« Cet homme d’esprit et de coeur, qui avait ainsi si bien marqu6, d6s le premier jour de l’occupation, le contraste qui distingue un homme civilise d’un individu qui croit l’etre, se refusa, quand on les lui reclama il y a quelques semaines, & livrer les listes de ses concitoyens assistes par la bienfaisance publique. Ce ref us lui valut d’etre mis aux arrets, avec ses echevins. De plus, la ville de Bruges fut eondamnee k 100.000 marks d’amende par jour de retard. Un oberleutnant du nom de Rogge, qut est, parait-il, dans la vie civile, bourgmestre de Schwerin, fut nomm6 en remplaeement du comte Visart. Ce personnage s’empara aussitbt des listes et, par ses soins, des centaines d’ouvriers brugeois furent arretbs On les entassa dans des wagons et des fourgons, tandis que les femmes et les enfants masses k proximite des trains etaient brutalement dispers6» par les patrouilles. Conduits d’abord a quelque distance de Bruges et contraints a construire de nouvelles tranchees, les pauvres gens qui se refusaient k un tel travail furent prives de toute nourriture, et beaucoup d’entre eux eurent l’heroisme de tenir bon, malgre ce supplice, pendant deux et meme pendant trois jours !

« Des milliers de nos compatriotes ont dejh ete ainsi arraches k leurs foyers. Oh sont-ils? Quand reviendront-ils? »

Daplicite flagrante.

« Ce nouveau crime viole aussi effrontement les principes de la liberte individuelle et du Code civil que les regies du droit des gens.

« L’article 23 du reglement do La Haye de 1907 interdit expressement a un belligerant de forcer les nationaux de la partic adverse k participer aux operations de guerre dirigees contre leur pays. Parmi les travaux auxquels certains de nos compatriotes ont ete contraints, nous savons qu’il en est, notamment a Anvers, a Bruges, a Menin, qui concernent directement les operations militaires : fortifications, routes, tranchees. Mais a supposer meme que les travaux auxquels ils sont contraints en Allemagne aient l’apparence de travaux industriels, n’est-il pas evident que, dans la guerre d’aujourd’hui ou, suivant le mot de Lloyd George, « toute mine est une tranchee, toute usine est un rempart », la contrainte imposee a nos populations viole la regie consentie en 1907 par tous les Etats civilises?

« Songera-t-on h appliquer cette contrainte a la zone du Gouvernement civil comme a la zone des etapes? Le Chancelier allemand, qui declarait le 4 aout 1914 que son Gouvernement s’empresserait de rhparer l’injustice commise par lui en violant la neutralite beige, et le gouverneur

PROTESTATIONS BELGES DIVERSES

von Bissing, qui proclamait le 18 juillet 1915 sa volonte d’administrer les territoires occupes en conformite des conventions de La Haye, a sans « demander a personne de renoncer a ses ideals et en respectant toute con- « viction religieuse, politique ou patriotique », donneront-ils une preuve aussi flagrante de duplicite ? »

Leur vrai but.

« Le but d'une telle infamie ne peut d’ailleurs troniper personne. Dans une declaration faite au Reichstag, M. Helfferich a essaye d’insinuer que si on deportait ces pauvres gens, c’etait pour leur bien et afin de ne pas les exposer a la rouille de l’oisivete! Et la presse allemande de reprendre en choeur une aussi impudente explication.

« En realite, ces crimes s’inspirent du meme souci que le« bluff » imaging pour enroler de force des Polonais dans f armee allemande. C’est le souci que cause a f Allemagne le deficit croissant de ses effectifs. L’fitat-major allemand cherche a y suppleer en remplagant par une main-d’ceuvre beige, dont on connait la valeur technique, mais a laquelle on ne reconnait d’autre droit que celui d’oheir, des ouvriers allemands qui peuvent etre ainsi envoyes au front. Cet odieux et supreme expedient prouve d’autant plus les progres de leur usure, qu’il dement grossierement leur tactique politique. Comment concilier de tels actes avec l’hypocrite pretention qu’annomjait solennellement le Chancelier allemand dans son discours du 5 avril 1916 quand il disait : « L’Allemagne n’abandonnera « pas & la latinisation le peuple flamand si longtemps asservi »? Se figuret-il « germaniser » celles-ci par la violence ? S’il l’ignorait avant la guerre, — encore que l’histoire de notre passe national eut du le lui apprendre — il doit savoir aujourd’hui qu’autant fame allemande est servile devant la force, autant fame helge demeure indomptable. Tout effort qu’on tente pour la plier developpe en elle le ressort de la resistance et de la reaction. Voici qu’au moment ou ils se flattaient d’exercer je ne sais quelles manoeuvres de seduction sur les Beiges de langue flamande, nos ennemis ont trouve le moyen d’exasperer encore la rage et la haine dans les esprits et dans les coeurs flamands. Cette contradiction demontre a elle seule leur desarroi moral et politique. »

Et les neuiresl

« Quant aux neutres, peut-etre les Allemands se flattent-ils d’ avoir lasse leur indignation ou decourage leur mepris au point que tout leur soit desormais permis. Mais ic.i encore ils se leurrent. Il s’agit cette fois d’un crime qui ne peut pas memo chercher une excuse dans f aveuglement et la passion qui accompagnent les operations militaires proprement dites. Et je me refuse a croire, pour ma part, que, meme dans les pays les plus neutres, les honnetes gens demeurent indifferents devant le renouvellement et l’aggravation en plein vingtieme siecle des methodes quo

LES DEPORTATIONS BELGES

pratiquaient jadis les pirates barbaresques et les traitants cl’Afrique. Une telle neutrality pour reprendre l’expression de Roosevelt, degouterait Ponce-Pilate lui-meme. L’kumanite n’a pas cess6 k ce point d’etre humaine. Malgre tout, nous avons confiance en elle. »

B — Declaration du baron Beyens, ministre des Affaires ETRANGERES DE BELGIQUE, A L ’ASSOCIATED PRESS (9 NOVEMBRE 1916)

Le baron Beyens, ministre des Affaires etrangeres de Belgique a fait le 9 novembre 1916, la declaration ci-apres a Y Associated Press :

« Le Gouvernement allemand fait proceder dans un grand nombre de communes de la Belgique occupee, Alost, Gand, Bruges, Courtrai, Mons, pour ne citer que les premieres qui ont ete victimes de la mesure des autorites militaires allemandes, a des rafles d’hommes valides en etat de porter les armes, riches ou pauvres, quelle que soit leur condition sociale, s’ils sont inoccupes ou sans travail. Les bossus, boiteux ou manchots sont seuls exceptes. Ces liommes, arraches par milliers a leurs families (15.000 rien que pour les Flandres), sont envoyes Dieu sait ou. On en a vu remplissant des trains entiers qui se dirigeaient vers l’est et vers le sud. Ils sont employes vraisemblablement en Allemagne et dans le nord de la France a des travaux de diverse nature.

« L’autorite allemande cherche a justifier ces deportations en pretendant que l’occupant doit prendre, d’apres la Convention de La Haye, tous les reglements necessaires pour retablir l’ordre public et la vie publique. Elle affirme que les cliomeurs ne doivent pas tomber a la charge de Fassistance publique et que les travaux auxquels ils sont occupes n’ont pas trait a la guerre. Les vrais coupables de l’etat d’inactivit6 et de deperissement de Findustrie beige seraient, d’apres elle, les ouvriers eux-memes, qui preferent vivre de la charite plutot que de leur travail, et aussi l’Angleterre qui a interdit Fimportation des matieres premieres en Belgique.

« Est-il besoin de repondre que le travail ne ferait pas defaut en Belgique, si les Allemands n’avaient pas rafle dans les usines les matieres premieres, le cuivre, les huiles, comme ils rafleront peut-etre demain les courroies de transmission, que des k present on est oblige de declarer en detail; s’ils n’avaient pas requisitionne un grand nombre de machines, de pieces de machines et de machines-outils; si, enfin, ils n’avaient pas frappe de droits de sortie prohibitifs les produits metallurgiques exportes en Hollande, pour ecarter de ce marche, le seul qui restat ouvert aux Beiges, un concurrent genant pour l’industrie allemande?

« Est-il besoin d’ajouter que les industries citees par les journaux allemands comme n’ayant aucun rapport avec la guerre, telles que les carrieres et les fabriques de chaux. fournissent & l’armee allemande les

PROTESTATIONS BELGES DIVERSES 381

materiaux necessaires au beton dont elle fortifie et consolide ses tranehees?

« Si Ton voulait utiliscr les bras de nos ouvriers pour la refection et l’entretien des routes, fallait-il pour cela les deporter comme des troupeaux au lieu de les employer a proximite de leurs demeures et de leurs families ?

« La verite est que l’Allemagne, par ces rafles de Beiges, entend liberer un nombre equivalent d’ouvriers allemands pour les enregimenter et combler les vides de ses armees.

« Le Gouvernement beige denonce aux nations civilisees, parmi lesquelles le peuple americain s’est signale par son amour du droit et de la justice, son horreur de l’oppression et son empressement pour secourir les nombreuses victimes de la guerre, ces violations du droit des gens et des reglements conventionnels de La Haye.

« II proteste de toute son energie contre la traite des blancs organisee en Belgique au mepris des principes d’humanite et des conventions internationales. »

C — Lettre adressee par M. Vandervelde, president du Bureau socialiste international, aux membres de ce Bureau AU SUJET DE LA DEPORTATION DES OUVRIERS BELGES EN

Allemagne (23 NOVEMBRE 1916).

Le Havre, le 23 novembre 1916.

Chers amis,

Je n’ai pas k vous apprendre ce qui se passe actuellement en Belgique. Nous pouvions croire qu’apres avoir subi l’invasion, avec ses violences, l’occupation, avec ses miseres, notre peuple avait souffert tout ce qu’un peuple peut souffrir. Le pire 1’attendait encore. Desesperant de garder le gage dont il s’est empare, au mepris de sa foi et de sa parole, le Gouvernement allemand semble resolu desormais a traiter les Beiges comme on traitait les vaincus, aux temps d’Assur et de Babylone.

Tous les jours, au Havre, nous recevons des messages qui nous font saigner le coeur : les deportations s’etendent et s’aggravent; dans les Flandres, & Charleroi, k Mons et deja dans la plus grande partie du pays, on prend des hommes de tout age, de toutes conditions, mais surtout des jeunes gens et des ouvriers; on les rafle, on les parque, on les denombre comme du betail; on les emmene captifs dans d’autres provinces, dans le nord de la France, en Allemagne, sans meme faire savoir h leurs proches oh on les conduit; on les contraint, sous peine d’emprisonnement, a faire des fortifications, a construire des chemins de fer strategiques, a fournir aux Allemands les materiaux necessaires au beton de leurs tranchees,

LES DEPORTATIONS BELGES

ou bien a remplacer, dans d’autres travaux, Ja main-d’ oeuvre que l’on dirige vers le front ou vers les usines de guerre.

A la date du 17 novembre, le ministre de Belgique a La Haye telegraphiait que plus de 30.000 Beiges etaient deja deportes. Une affiche, appos6e k Bruxelles, annon^ait que la deportation des hommes habitant la capitale commencerait le 18 novembre. Les Allemands ont declare qu’ils enleveraient en Belgique 350.000 hommes.

De tels actes sont contraires au droit des gens. Ils violent des promesses solennelles. Ils constituent le plus odieux, le plus injustifiable des attentats contre la liberte et la dignite humaines.

L’article 23 du reglement de La Haye (1007) interdit expressement k un belligerant de forcer les nationaux de la partie adverse a part.iciper aux operations de guerre contre leur pays.

Au mois d’oetobre 1914, le gouverneur militaire d’Anvers, baron von Huene, autorisait le cardinal archeveque de Malines a declarer aux populations qui craignaient de rentrer cn Belgique : « Les jeunes gens n’ont pas k craindre d’etre envoyes en Allemagne soit pour y etre enrbles dans l’armee, soit pour y etre employes k des travaux, de force. » De meme le marechal von der Goltz et, apres lui, le gouverneur general von Bissing, avaient pris des engagements identiques et, cependant, aujourd’hui, malgre les protestations indignees qui s’elevent de toutes parts, i'autorite militaire allemande organise la requisition, la conscription civile des Beiges contre leur patrie et au benefice de l’ennemi.

Devant ce crime, il n’est pas une puissance neutre qui ait cru pouvoir garder le silence. Le Pape a proteste. La Hollande, l’Espagne, les Etats- Unis ont proteste. Si 1’ Internationale ne protestait pas a son tour, nos ennemis auraient raison de dire qu’elle est morte !

De telles violations des lois de la guerre, en effet, sont pires, s’il est possible, que la guerre elle-meme.

On peut, si evidents que nous paraissent les faits, discuter et differer sur les causes ou sur les buts du conflit qui ensanglante le monde.

Mais, a moins de renoncer a ce qui est l’ame meme de notre doctrine, a moins de renier pour jamais tout ce qui fait la grandeur et la force de notre revolte permanente contre l’injustice, il n’est pas possible que. meme de l’autre cbte des tranches, les socialistes ne soient pas avec nous pour denoncer, pour fletrir cette chose abominable : l’obligation imposee a tout un peuple, a tout un proletariat de travailler contre lui-meme, pour ses maitres et ses bourreaux !

Je sais que pour donner a leurs agissements une ombre de justification, ou un semblant d’excuse, les auteurs des decrets sur le travail forc6 soutiennent qu’ils agissent dans l’interet de leurs victimes, pour les soustraire & la paresse ou au chdmage, pour soulager d’autant 1’assistance publique et privee.

Mensonge et hypocrisie 1

Tous les deportes ne sont pas des sans-travail et d’autre part, s’il y a

PROTESTATIONS BELGES DIVERSES

actuellement 600.000 chomeurs en Belgique, si la moitie de la population doit recourir a l’assistance d’autrui, c’est [parce que les Allemands, apres avoir envahi notre pays, l’ont ravage, devast6, pressure, c’est parce qu’ils l’ont accable de requisitions, de confiscations et d’amendes; parce qu’ils ont emport£ et emportent chez eux les machines et les matieres premieres; parce qu’ils interdisent aux municipalites d’employer lours habitants 6 des travaux publics; c’est parce que l’immense majorite des ouvriers — et ce sera leur eternel honneur — preferent tout endurer, la misere, la disette, la prison, plutbt que de tisser le linceul de leur patrie.

C’est en leur nom que je vous ecris; au nom de ces compagnons que vous connaissez, que vous avez appris k aimer quand ils vous assemblaient fraternellement dans leurs maisons du Peuple; au nom de cette classe ouvriere que vous avez si souvent aidee, dans de moindres 6preuves.

II s’agit aujourd’hui de sauver le proletariat beige de la plus effroyakle entreprise d’asservissement qui ait jamais ete tentee contre lui, et, pour cela, je fais appel, j’ai le droit de faire appel a tous les membres de l’lnternationale, aux neutres, aux belligerants, a ceux qui combattent avec nous et meme k ceux qui combattent contre nous.

Apres tout, melgre tout, ce sont des socialistes.

Puissent-ils ne pas s exposer k ce qu on leur dise quclque jour : « Un frere saignant, couvert de plaies. implorait ton secours. Tu ne I’as pas

sauv6. Done tu l’as tu6! »

if; Je joins, cbers amis, k cette lettre, quelques documents destines, si votre information n’est pas complete, a eclairer votre religion, et je suis fraternellement vdtre.

fimile Vandervelle,

Delegue du Parti ouvrier beige au Bureau socialiste international.

Page 1