‹ Les députés de la Provence à l'Assemblée nationale de 1789Chapitre 16 sur 38 · CHARLES FÉRAUD · texte numérisé non relu

CHARLES FÉRAUD

AVOCAT DÉPUTÉ DU TIERS ÉTAT

(sénéchaussées de TOULON ET DE BRIGNOLES)

Fils d'un marchand cirier de la ville de Brignoles, qui avait amassé quelque argent , Charles Féraud fît de bonnes études et manifesta l'intention de s'élever au-dessus de la classe populaire, en embrassant la carrière du barreau. Né à Brignoles, le 10 novembre 1736, il était

avocat et maire de cette ville lorsque, en 1789, il fut élu député du tiers état par les sénéchaussées de Toulon et de Brignoles.

Dans une réunion électorale du 13 janvier 1789, Charles Féraud prononça un discours très habile. Rappelant le séjour des comtes de Provence à Brignoles, il eut un mot heureux : « Notre cité, dit-il, se glorifie d'avoir été le berceau de nos premiers maîtres (les comtes de Provence) ; il manque à cette gloire de voir son représentant aux pieds du trône offrir, au meilleur des rois, l'hommage de notre amour et de notre fidélité. Louis XVI, heureusement régnant, après avoir donné à la province sa première constitution, veut s'environner de la nation, et appelle son peuple. Comme provençaux, citoyens et sujets du même monarque, nous avons, comme les Français, le devoir d'aspirer au bonheur de jouir de la présence de notre auguste maître ».

Cette dernière expression « comme les Français » indique bien que les provençaux annexés à la France, depuis plus de trois siècles, ne voulaient pas oublier qu'ils avaient fait partie d'un État indépendant.

Cependant , à peine l'Assemblée nationale commenca-t-elle à fonctionner, que notre député sentit s'élargir ses idées; il ne lui vint plus dans la pensée de séparer les intérêts de sa province de ceux de la nation tout entière.

Dans sa séance du 3 novembre 1789, TAssemblée nationale avait décrété qu'aucun membre de cette Assemblée ne pourrait occuper des places dans le ministère. La question fut reprise le 26 janvier 1790, et Charles Féraud demanda qu'il ne fut même pas permis aux députés d'accepter des places de gouvernement , après avoir donné leur démission. Le prince de Poix, prenant la parole, réfuta cette proposition: « Peut-on empêcher, dit-il, de choisir dans cette Assemblée des officiers dignes de servir leur pays ? Un officier général, capable de sauver la patrie, ne pourra-t-il donc sortir de cette Assemblée f ». L'Assemblée adopta les conclusions posées par Charles Féraud et fit la déclaration ci-après :

« L'Assemblée nationale, conformément à l'esprit de son décret du 7 novembre dernier, déclare qu'aucun membre de l'Assemblée nationale actuelle ne pourra accepter du gouvernement^ pendant la durée de cette session, aucunes places, soit pensions, traitements ou emplois, même en donnant sa démission ».

L'avis des troubles qui venaient d'éclater à Toulon , et pendant lesquels la vie du commandant de Glandevès avait été menacée, émut vivement l'Assemblée nationale. Dans la séance du 12 mai 1791, Féraud donna lecture d'une lettre de la municipalité de Toulon, faisant connaître l'apaisement des esprits et les bonnes dispositions du peuple à l'égard du commandant de la marine : « M. de Glandevès, écrivaient les consuls, a été accompagné chez lui avec un bataillon de la Garde nationale, les drapeaux, la musique, le cortège municipal et tous les officiers de la Garde nationale. Le peuple a vivement applaudi. M. de Glandevès a été attendri. Les officiers de la marine ont témoigné 1 eaucoup de sensibilité, ils ont reconduit le corps municipal à l'Hôtelde-Ville, et l'on s'est séparé avec les témoignages les moins équivoques de la plus parfaite harmonie ».

Cliarles Féraud intervint, le 22 juin, dans la discussion relative au traitement des députés , et demanda que tous les députés absents fussent privés de leurs appointements. Ce qui fut adopté.

A la suite d'une délibération du conseil de la commune de Brignoles, du 25 juillet 1790, Charles Féraud fit des démarches auprès de l'Assemblée nationale pour obtenir l'établissement du Directoire du Var, dans cette ville. Mais Toulon, qu'il représentait également, eut la préférence (4 septembre 1790).

Dans la séance du 11 août 1791, pendant que l'on discutait la loi sur les prérogatives royales, Charles Féraud insista pour leur maintien : « Le meilleur moyen, dit-il, de détruire la noblesse c'est de ne donner des prérogatives qu'aux membres de la famille royale ».

Prieur soutint la même opinion : « Vous avez décrété constitution-

nellemontj ajouta-t-il, qu'il n'y avait ni comtes, ni ducs, ni princes. Souvenez-vous de ce qui fut dit alors : après le roi et Théritier présomptif de la couronne^ il n'y a que des citoyens français ».

Quand la Constituante eut terminé son mandat et fut remplacée par la Législative, Féraud rentra à Brignoles, où il s'occupa avec dévouement des intérêts de sa ville natale. Il obtint le transfert de Grasse à Brignoles du siège de l'administration centrale.

La première délibération de l'Assemblée départementale eut lieu le 4 novembre 1795, et la dernière le 21 novembre 1798, date précise de la fixation définitive du siège de la préfecture à Draguignan.

Nommé président du tribunal civil de Brignoles, le 8 avril 1800, Charles Féraud remplit ces honorables fonctions avec distinction jusqu'en 1814; il mourut le 7 septembre de cette même année.

M. Auzivizier, qui a classé en grande partie les riches archives de Brignoles, nous fournit sur la famille de ce député les détails ci-après :

« Charles Féraud avait épousé à Bezaudun , le 11 juin 1782, Anne-Marie de Gassendy, de Tarages. De ce mariage sont nés : 1" Charles-François, né à Brignoles, le 9 mai 1783, dont la postérité n'est pas connue ; 2" Claire-Charlotte-Honorine-Brignoles, née à Brignoles, le 12 août 1786, épouse en premières noces (18 février 1810), de Jean-François Revel, chef de bataillon au 16* de ligne, membre de la Légion d'honneur , originaire d'Uzel (Côtes-du-Nord) ; et , en deuxièmes noces (3 février 1813), de Jean-François Martin-Roquebrune, de S -Tropez ; laquelle est décédée à Brignoles, le 20 mars 1814, laissant une fille, Charlotte-Françoise-Marie Martin de Roquebrune, née le 6 février 1814, épouse de M. Baron, vicomte d'Esclans, dont quatre filles : Mesdames Jourdan, Silvestre, Eydoux et Giraud ; 3* Louise, née à Brignoles, le 7 avril 1784, mariée, le 7 août 1799, à Jean-Louis-Honoré Boyer, de Camps, et décédée dans cette dernière ville, le 19 août 1831. De cette dernière union sont nés :

1° Honorine Boyer, qui épouse le docteur Le Vicaire, directeur du

service de santé à Toulon (né à Granville, le 22 octobre 1797), et dont la fille Louise épouse à Toulon, le 13 juin 1849, Louis Le Boulleur de Gourion, ingénieur de la marine (né à Vézelai (Yonne), le 21 janvier 1824). D'où : 1' Charles Le Boulleur de Gourion, né à Toulon, le 6 janvier 1852, avocat, ancien conseiller de préfecture ; 2* Honorine Le Boulleur de Gourion, épouse d'Henri Le Gô, ingénieur des forges et chantiers, à la Seyne ;

2° Gharlotte-Baptistine-Gamille Boyer (2 fructidor an XIII), mariée, le 13 octobre 1828, à Jean-Joseph-Polyeucte Mélan, qui fut juge au tribunal de première instance de Marseille, le 6 juin 1858, procureur impérial à Brignoles en 1864, président au tribunal civil de la même ville, conseiller honoraire à la Gour d'Aix, chevalier de la Légion d'honneur. M. Mélan est décédé à Brignoles, le 4 avril 1881. Madame veuve Mélan occupe l'ancienne fabrique de cire de la famille Féraud, transformée depuis longtemps en luxueuse maison bourgeoise ».

Le nom de Gharles Féraud mérite d'être conservé dans les annales historiques de la Provence ; c'est celui d'un citoyen dévoué qui, tout en ne perdant pas de vue les intérêts généraux de la nation, fit tout ce qui dépendait de lui pour rehausser l'éclat de sa ville natale. Elle lui doit l'honneur d'avoir été le siège de l'administration centrale du Var pendant plusieurs années.

ABBE GARDIOL

CORÉ DE CALIU?»

DÉPUTÉ DU CLERGÉ

(sixICHAUSSÉBDE DRAGUIGXAN)

Alexandre Gardiol, fils de Jean-Baptiste Gardiol, notaire à Gallian, et de Françoise-Fortunée de Lacroix, de Boquebrussanne , né à

Fayence, le 29 mars 1727, fut élu député à l'Assemblée nationale par la sénéchaussée de Draguignan (i).

Gardiol prêta, le 27 décembre 1790, le serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi.

Décédé à Callian, le 12 septembre 1805, à l'âge de soixante-dix-huit ans, il fut enterré avec l'assistance du clergé.

Son portrait, que nous publions, a été dessiné par Godefroy et gravé par Massard.

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