‹ Les députés de la Provence à l'Assemblée nationale de 1789Chapitre 30 sur 38 · VICAIRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

VICAIRE GÉNÉRAL

DÉPUTÉ DU CLERGÉ

(PRINCIPAUTÉ D'ORANGEJ

L'abbé Louis de Poulie, né à Avignon, le 10 mai 1743, prévôt de la cathédrale d'Orange depuis très longtemps et enfin vicaire général de cette église, fut élu député suppléant par le clergé de la principauté d'Orange, en 1789.

L'abbé de Poulie remplaça, le 8 décembre 1789, l'évéque d'Orange, Guillaume-Louis Du Tillet, qui avait donné sa démission, le 29 octobre. Il n'est point fait mention de ses votes, ni de ses discours, dans le Moniteur.

A la mort de Du Tillet, en 1794, l'abbé de Poulie fut nommé, par Pie VI, vicaire général et administrateur du diocèse d'Orange, et vit expirer ses pouvoirs au moment où parut le Concordat de 1801, qui supprima le siège d'Orange. Il mourut à Avignon, le 21 novembre 1824.

(l) Jules Viglier. La convocation des États généraux en Provence, Marseille, 1896, p. 13.

PROVENÇAL DE FONCHATEAU

DÉPUTÉ DE LA NOBLESSE (séNéCHAL'SSÉE D'aRLKS,'

Le marquis Conrad de Provençal de Fonchâteau , né à Tarascon, le 22 janvier 1735, fut élu député par la noblesse de la sénéchaussée d'Arles, en 1789.

Nous publions le portrait de ce député qui appartenait à une très ancienne famille provençale, dont les armes étaient d'or, à un chevron d'azur, accompagné de trois bâtons écotés de gueules posés en pal, deux en chej et un en pointe.

RAFELIS DE BROYES

COLONEL d'INFA.MKRIE

DÉPUTÉ DE LA NOBLESSE

(sénéchaussée de draguignan)

Fils de Joseph de Rafélis de Broves et de Marie-Mai^guerite de Glandevès du Gastellet, Jean-Franeois de Rafélis naquit à Draguignan, le 18 avril 1729. Il était colonel d'infanterie au Corps-Royal de la marine , chevalier de S -Louis en 1789 , lorsqu'il fut élu député à l'Assemblée nationale par la noblesse de la sénéchaussée de Draguignan, en même temps que M. le comte Leclerc de Lassigny, son cousin.

Dans une lettre adressée à M. de Lassigny, le vicomte de Broves, quoique plus âgé, exprime des sentiments de modestie et de déférence : « Je ne présumai pas. Monsieur et cher cousin, que notre assemblée m'eût fait l'honneur de me nommer un de ses représentants aux

États généraux, elle aurait sans doute pu mieux faire, en jetant les yeux sur un autre sujet qui, avec plus de lumières, aurait rempli cette nMSsion d'une manière plus satisfaisante. Croyez, mon cher cousin, que je me livrerai d'autant plus volontiers à vos idées, que j'y ai d'avance la plus grande confiance, et que si je ne puis vous seconder par mes faibles lumières, je tâcherai du moins de le faire par mon zèle et ma bonne volonté ».

Les deux députés de la noblesse de Draguignan ne se séparèrent pas, en effet, et, après la session de l'Assemblée constituante, ils se retrouvèrent encore, à côté l'un de l'autre, dans les rangs des gentilshommes qui s'offrirent pour défendre le château des Tuileries, pendant la terrible journée du 10 août. Ils furent l'un et l'autre les victimes de leur dévouement ; M. de Lassigny fut tué dans la matinée, et Rafélis de Broves, à deux heures de l'après-midi.

Voici dans quels termes un de ses descendants raconte cet événement : « Mon père nous a dit que son grand-père, ayant traversé les rues qui sont perpendiculaires à la rue Saint-Henri, fut assailli sur les marches de l'église S -Roch, et c'est là qu'il fut massacré à coups de baïonnettes. Il périt le 10 août 1792, vers deux heures de l'aprèsmidi » H).

;j) Une famille de Provence. Les Rafélis, par l'abbé de Rafélis de Broves.

RICARD DE SÉALT

AVOCAT

DÉPUTÉ DU TIERS ETAT

(sénéchaussée de TOULON)

Gabriel-Joseph-Xavier Ricard, marquis de Séalt, né à Peyroles, le 29 mars 1752, avocat au Parlement, demeurant à Saint-Maximin, fut élu député à l'Assemblée nationale par le tiers état de la sénéchaussée de Toulon (>', le 6 avril 1789 (2).

Dans la séance du 6 juillet, l'Assemblée choisit trente de ses membres, pour former un comité chargé de préparer le travail relatif à la Constitution. Ricard fit partie de ce comité avec d'André et François Bouche.

Dès le mois d'août, Ricard prit la parole dans diverses questions, dont nous résumons Tobjet ci-après.

Séance du mardi 16 août. — A l'ouverture de la séance, on reprend la discussion de l'article 7 du projet d'arrêté présenté par le comité : « Lorsque le clergé, dit-il, se levait avec tant d'ardeur pour prononcer la suppression des droits féodaux, était-ce pour élever sa puissance

(1) Xavier Ricani, flls de Josepl), avocat, et de Marie-Madeleine d'Anselme de Bonnieux, épousa à Saint-Maximin, le 14 septembre 1773, Anne-Gaiberine deBayon, lille d'Antoine et d'Ursule-Madeleine Concordan, laquelle hérita de la terre de Séalt et la légua à Catherine de Bayon, épouse de Ricard.

(2) Le collège électoral des délégués des trois sénéchaussées de Brignoles, Draguignan et Toulon, réuni à Toulon le 6 avril 1789, pour nommer quatre députés à l'Assemblée nationale, après avoir nommé un représentant de chacune des trois sénéchaussées, fit choix de Ricard pour quatrième député (notes de M. Fernand Corlès, correspondant du Comité des travaux hi.Uoriques, k Saint-Maximin).

sur les débris des autres ordres ? (On remet en ce moment à M. Ricard des pièces dont il demande de faire la lecture).

« Ce sont, dit-il, des actes par lesquels plusieurs curés, reconnaissant que la conversion des dîmes en argent'serait plus onéreuse au peuple, les remettent et en font abandon dans les mains de la nation » (Moniteur).

Dans l'affaire d'Albert de Rioms, Ricard de Séalt prend parti pour le peuple contre les officiers de marine.

Séance du 21 décembre 1789. — Les conseillers municipaux de Toulon adressent à l'Assemblée un compte rendu de la situation. « Nous envoyons à l'Assemblée nationale l'extrait du procès-verbal qui constate la sortie des officiers détenus. Le salut de la ville et celui des officiers du port nous avaient obligé de violer la liberté de ces derniers ; mais ils avaient eux-mêmes violé la majesté de la nation en ordonnant de faire feu sur un peuple sans armes.

« M. Ricard, député de Toulon, propose de décréter que le président sera chargé d'écrire au Conseil général de Toulon, que l'Assemblée a reçu le procès-verbal du 15 de ce mois, et qu'elle a été satisfaite de la manière dont les officiers municipaux se sont conduits au sujet du décret sanctionné par le roi. Cette proposition est tumultueusement contredite. La question préalable esr invoquée et i-ejetée, et le décret adopté à une grande majorité » (Moniteur).

Le 16 janvier 1790, Ricard prononça un long discours sur cette même affaire :

« J'ai besoin, dit-il, de l'indulgence de l'Assemblée pour répondre à un orateur aussi séduisant que M. de Champagny. Son éloquence douce et persuative paraît avoir entraîné tous les suffrages ; je vais entrer en lice, et j'invoque la justice de l'Assemblée.

« Je suis loin, par mes sentiments, de vouloir accuser le comte d'Albert; je voudrai pouvoir justifier sa conduite avec le même zèle

que j'ai public ses exploits ; mais je ne m'abaisserai jamais à pallier la faute d'un homme, de quelque dignité qu'il soit revêtu, lorsqu'il méconnaîtra les droits du peuple, lorsque dans ce héros je ne trouverai plus le citoyen, je l'abandonnerai toujours à la loi qui m'en fera justice ».

Après une très longue discussion, la majorité des membres se rallia à la proposition suivante : « L'Assemblée nationale , présumant favorablement des motifs qui ont animé M. d'Albert, les autres officiers de marine impliqués dans cette affaire, la garde nationale et les officiers municipaux de la ville de Toulon, déclare qu'il n'y a lieu à aucune inculpation ».

Prenant la parole, le 23 juin 1790, dans la discussion sur le traitement

des évêques, Ricard s'exprime ainsi : « En réduisant les évoques

à 30.000 livres, vous leur accorderez bien au delà du nécessaire, vous ferez exécuter les lois trop longtemps oubliées. Eh ! quels sont donc leurs titres, pour venir ici réclamer des préférences ? Où sont donc leurs preuves de patriotisme, pour nous disposer à des sacrifices en leur faveur ? Leurs noms sont-ils sur la liste des contributions patriotiques ? Ont-ils , par des mandements pacifiques , préparé le peuple à la plus belle des Révolutions qui se soit jamais opérée ? Pour vous donner une preuve de leur esprit, vous rappellerai-je ces assemblées de prélats délibérant sur le sort du clergé de second ordre, accordant 700 livres aux curés, 300 livres aux vicaires, et se retirant, déclarent-ils, le cœur navré de ne pouvoir accorder davantage; 30.000 livres ne les contentent pas ; ils réclament la justice ? J'appuie le projet du comité et je demande, par amendement, que les curés dont le traitement n'excédera pas 3.000 livres, en jouissent en entier ».

19 juillet. — Ricard vote la libre ouverture de tous les ports aux navires revenant de l'Inde.

26 août. — Il appuie l'armement proposé en faveur de l'Espagne.

13 avril 1791. — Ricard combat un projet sur l'organisation de la

marine et présente un projet de décret, tout à fait différent de celui du comité. L'Assemblée en ordonne l'impression.

31 mai. — Ricard, secrétaire de l'Assemblée, lit une adresse de l'abbé Raynal , dans laquelle « tout en félicitant TAssemblée de ses « travaux, il ne l'adule point sur les fautes qu'il croit qu'elle a commises ». Après cette lecture, M. Boutidoux, député de Bretagne, dit : « Si l'on est d'avis d'entendre ces insolences là. . . je m'en vais ».

Le duc de La Rochefoucault de Liancourt, député du Beauvoisis, ayant soutenu l'inviolabilité du roi, dans la séance du 14 juillet, Ricard fait allusion à sa position auprès de Louis XVI. « L'intérêt national exige que la plaidoirie de M. le grand-maître de la garde noble du roi... (plus de vingt membres se lèvent en criant : à l'ordre. Monsieur, cela est abominable). — Ricard continue : Je demande, dis-je, l'impression du mémoire de M. Liancourt, et la distribution quand il s'agira de l'éligibilité des agents du pouvoir exécutif ».

Quelques jours après, Ricard publia dans le Moniteur une lettre adressée à un M. M. . ., dans laquelle il se justifiait des personnalités qu'il avait cru devoir se permettre, et qui avaient indisposé un certain nombre de ses collègues.

Il ne prit plus la parole dans l'Assemblée : il assista cependant très exactement à toutes ses séances, et ne revint à S'-Maximin qu'après l'expiration de ses pouvoirs.

Nommé, en 1792, procureur général syndic près le directoire du département du Var, séant à Toulon, il ne demeura en fonctions que très peu de temps. Il fut élu, en effet, membre suppléant de la Convention nationale, en septembre de la même année ; mais il ne siégea pas dans cette assemblée. On suppose que, faisant un voyage en mer, vers cette époque, il fut pris par un vaisseau espagnol.

En 1796 et le 16 messidor an V, il était rentré à S'-Maximin, et en était commissaire, ainsi que le mentionne Barras dans ses Mémoires"^'.

(1) Tome II, f^ 468.

Nommé, en 1800, préfet du département de l'Isère, Ricard de Séalt mourut, le 1" février 1802, dans l'exercice de ses fonctions.

Une des filles du préfet de l'Empire, Laure Ricard de Séalt, épousa Honoré Rostan, propriétaire à S'-Maximin, qui fut le père de M. Louis Rostan, avocat, correspondant du ministère de l'Instruction publique, pour les travaux historiques, et de M. Philémon Rostan, ancien élève de l'École Polytechnique, capitaine de frégate, l'un et l'autre archéologues. Ces deux savants historiens ont publié des ouvrages du plus réel intérêt sur l'église de S'-Maximin et sur la ville elle-même.

ABBE RIGOUARD

CURÉ DE SOLLIÈS

DÉPUTÉ DU CLERGÉ

(SÉNt'CHAUSStE DE TOULON)

L'abbé Jean-Joseph Rigouard, curé de Solliès, né dans cette ville le 1" octobre 1735, fut élu, en 1789, député à l'Assemblée nationale, par le clergé de la sénéchaussée de Toulon. Il ne prononça aucun discours pendant la durée de son mandat ; mais il fut l'un des premiers, dans la séance du 27 décembre 1790, à prêter le serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, qui venait d'être décrété sur la proposition de l'abbé Grégoire : « Je jure, dit-il, de veiller avec soin aux fidèles dont la direction m'est confiée. Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi. Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution française, et notamment les décrets relatifs à la Constitution civile du clergé ».

Ce serment, repoussé par la très grande majorité du clergé, n'ajouta rien à la considération du curé de Solliès, mais il appela sur lui

l'attention des plus zélés républicains de son pays; et, lorsque le département du Var eut à élire un évéque constitutionnel, il fut choisi par les délégués des districts pour occuper cette position (12 avril 1791). Rigouard prit un congé le 11 juin suivant et ne parut plus à l'Assemblée.

Le nouvel évêque prit possession de son évéché , rédigea des mandements et les expédia dans toutes les paroisses du diocèse. Le clergé ne fit pas un excellent accueil à la prose du citoyen Rigouard, si nous en jugeons par les nombreuses protestations qu'elle provoqua et dont quelques-unes sont parvenues jusqu'à nous. La plus véhémente est celle de l'abbé Pellicot, curé de Seillans, que nous transcrivons en entier, parce qu'elle résume tous les griefs répandus dans les autres documents, qui furent adressés, par les titulaires des cures, au directoire du département :

« Messieurs ,

« La loi m'assure la liberté de mes opinions religieuses , j'ai cru pouvoir, sans trahir mes devoirs de citoyen et de prêtre , me refuser à publier une lettre pastorale d'un homme que je crois, d'après mon opinion, être l'invaseur (sic) du siège de Fréjus; j'ai cru pouvoir ne faire aucun acte d'adhésion aux fonctions qu'il est venu exercer dans ma paroisse, j'ai cru, d'après la Constitution, devoir rester au milieu de mes ouailles jusqu'à un remplacement légal. Qui m'eût dit que mon zèle pour le bien , mon amour pour la Constitution et pour le salut de mes ouailles, attirât sur moi toutes les foudres, qui m'eût dit que le sieur Rigouard vint jeter la pomme de discorde dans ma paroisse, qui se distinguait par son patriotisme et par son amour pour son antique et respectable religion ; qui m'eût dit que le sieur Rigouard, escorté de deux prétendus prêtres qu'il a nouvellement fabriqués, vint lestement absoudre et communier tout ce que le pays renferme de plus infâme et de plus scandaleux; qui m'eût dit qu'escorté d'un infâme laïque, ce pseudo-prélat eût confirmé, sans préparation et en violant toutes les

lois de l'Église et les formes qu'elle a prescrites, les enfants du jour jusqu'aux vieillards décrépits ; qui m'eût dit qu'après avoir prêché rinsurrection, invité le peuple au soulèvement , en me désignant, et mes vicaires, comme ennemis de l'État et de la religion, qu'il eût nommé contre les canons de l'Église et les lois de l'État, le sieur Guiol pour venir me remplacer dès le lendemain, à cinq lieures du matin; qui m^eût dit que, par ses perfides insinuations, mes jours fussent exposés, ma maison menacée de pillage, et mes ouailles forcées d'accepter ces mercenaires élus illégalement, pour les diriger; qui m'eût dit que je serais obligé d'enlever, à la faveur des ténèbres , mes meubles, et de céder ma maison à celui qui n'avait aucun droit de l'occuper !

« Je viens vous dénoncer. Messieurs, toutes les infractions aux règles, toutes les menées odieuses, toutes les profanations des sacrements; oui. Messieurs, des profanations et des sacrilèges. Le croiriezvous, des libertins décidés, des pécheurs scandaleux, des femmes débauchées et de mauvaise vie, n'ont eu qu'à se présenter à lui pour être admis à la sainte table. Une prostituée qui, séparée de son mari, vit dans le concubinage, a été admise au banquet sacré, parce qu'elle a su , comme les autres, vomir des horreurs contre moi.

« Je proteste contre tout ce que le sieur Rigouard a fait d'illégal et je me réserve de me pourvoir contre lui et ses vicaires pour obtenir satisfaction.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

M Pellicot.

« Seillans, le 13 juin 1792 ».

Pendant que l'abbé Pellicot signait sa protestation, Févêque constitutionnel poursuivait sa tournée, et recevait un bon accueil des autorités civiles, mais rencontrait dans chaque paroisse une plus vive opposition. Le même jour, 13 juin, il rédigeait à Callas, le procès- verbal ci-après, qui dit bien quelle était sa situation dans son diocèse.

« Nous, Jean-Joseph Rigouard, évèque du département du Var, en suite d'une lettre pastorale adressée à M. Caille, curé de Callas, par laquelle nous lui annoncions notre visite pour le treize juin, avec prière de préparer ses paroissiens à la réception du sacrement de confirmation, nous étant porté dans ledit lieu, nous avons été reçu par MM. les maire et officiers municipaux, par la garde nationale et un concours immense du peuple, avec le civisme le plus pur et un enthousiasme le plus flatteur pour nous, mais le sieur Caille, qui avait refusé notre mandement, qui avait assuré ses paroissiens que nous ne conférerions pas le sacrement de la confirmation, qui avait dit en chaire , que si le peuple ne s'approchait pas de la confession par ce qu'il avait prêté serment, il le rétractait, ledit sieur Caille a prétexté un accès d'accablement afin de ne pas communiquer avec nous, et ne pas concourir à nos fonctions pastorales , quoiqu'il confessât dans la paroisse pendant l'administration du sacrement de la confirmation; de manière qu'il a manifesté , par toute sa conduite , qu'il ne nous reconnaissait pas pour son évèque; de quoi nous avons cru devoir dresser procès- verbal , que nous avons signé avec le sieur Vachier, un de nos vicaires épiscopaux, le sieur Gardiol, curé de Callian , le sieur Mitre, prêtre, qui étaient à notre suite.

« A Draguignan, le 14 juin 1792.

« J.-J. Rigouard,

« Évoque du Var ».

11 ne manquait au malheureux évèque que d'être chansonné , et ses diocésains ne lui épargnèrent pas cette amère popularité, qui mit les rieurs du côté de ses adversaires :

BAUSSKT ET lUGOUARD OU LES PP.KLATS RIVAUX (Air : C'est ce qui me console)

Chrétiens, deux hommes sont connus, Ensemble évèques de Fréjus,

Voilà la ressemblance.

L'un vient du Pontife romain , L'autre du peuple souverain :

Voilà la différence.

Tous les deux ont été sacrés ,

Tous les deux sont crosses et mitres ,

Voilà la ressemblance.

Bausset est humain, bienfaisant, Rigouard du club est président :

Voilà la différence.

Chacun d'eux, de ses doigts bénis , Va, confirmant grands et petits,

Voilà la ressemblance.

Quand Bausset chante Alléluia Rigouard fredonne : Ça ira !

Voilà la différence.

Louez Dieu, n'adorez qu'un Dieu , Préchent-ils, tous deux, au saint lieu.

Voilà la ressemblance.

Mais Rigouard encense , en païen , Quelquefois, le bonnet phrygien :

Voilà la différence.

Tous deux, à l'exemple des Saints, Font la guerre aux plaisirs mondains ,

Voilà la ressemblance. Mais un jour, fou des rigodons , Rigouard danse avec des guenons :

Voilà la différence.

Une fois , dans chaque saison , Tous deux font l'ordination.

Voilà la ressemblance.

L'un fait prêtres des gens de bien L'autre, dit-on, plus d'un vaurien :

Voilà la différence.

Selon Tusage, ils ont, tous deux, Des grands vicaires auprès d'eux ,

Voilà la ressemblance.

Ceux de Bausset sont fort pieux , Ceux de Rigouard très amoureux :

Voilà la différence.

Ces pasteurs d'âme n'ont qu'un but , De leurs ouailles le salut.

Voilà la ressemblance.

Mais Tun au Ciel mène les gens L'autre au diable ses adhérents :

Voilà la différence.

L'évéque Rigouard déserta bientôt le chef-lieu de son diocèse , qui était encore tout rempli des souvenirs de son vénéré prédécesseur, M^' de Bausset. 11 quitta Fréjus et, après un assez long séjour à Lorgues, se retira à SoUiès-Pont , près de sa famille. Le 25 brumaire an V, il se présentait, en effet, à la municipalité de cette ville , et produisait, pour obtenir le paiement de son traitement, un certificat portant qu'il résidait à Solliùs, dans la maison de la veuve Rigouard , sa mère , depuis le 1" frimaire an IV.

Le 2 pluviôse an V « fête de la juste punition du dernier roi des français »^ les patriotes de Solliès-Ville firent des serments de haine à la royauté, sur la place publique. Rigouard prit part à cette manifes^ tation, et, le 18 brumaire an VI, il renouvela le même serment à la maison commune, pour être autorisé à exercer le culte. On le vit, dès lors, assister à toutes les cérémonies civiques. On assure qu'il y figurait avec une mitre tricolore. Le maire, Toucas loupé^e, l'ayant

forcé, un jour, à se mêler à la farandole, le trouble qu'il en ressentit le rendit malade. Il devint affreusement jaune , dit un de ses contemporains. Sa santé ne se rétablit pas et il mourut, le 15 mai 1800. Trois ou quatre prêtres assistèrent à ses funérailles.

La tradition admise dans la famille Rigouard, veut qu'il ait donné en mourant des marques d'un sincère repentir.

M. le chanoine Laugier a consacré un chapitre fort intéressant à l'épiscopat de cet évêque constitutionnel, dans son remarquable ouvrage sur l'histoire religieuse du diocèse du Var, pendant la Révolution de 1789 : Le schisme constitutionnel et la persécution du clergé dans le Var.

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