deuxième partie du Code pénal, et à Tarticle 2 de la i^ section du
titre 1" de la deuxième partie du même Code. 11 donne lecture de
ces deux articles. Le président demande à l'accusée si elle a
quelques observations à faire sur Tapplication des lois invo-
quee. par l'accusateur public. La rcne secoue la tête en signe de
négative. Le président, après avoir recueilli les opinions des )Uges,
prononce la peine : la mort. Il est quatre heures dix du matin.
L'audience a duré plus de vini;t heures.
La reine reste impassible. Son visage ne montre aucune marque de trouble ou d-emotion. Elle se lève, et traverse la salle, sans paraître rien voir, rien entendre, )usqu'a ce qu-elle soit arrivée contre la barrière derrière laquelle est le public. Alors elle relève la tète avec majesté, et sort de la salle d'audience sans proférer une seule parole. La foule se disperse, surprise plutôt que satisfaite d'une condamnation dont elle avait un instant douté. Le bruit se répand que la victime sera immolée le matin même. Les moins méchant, rentrent dans leurs demeures. Les plus haineux se rendent sur la place de la Révolution, et y restem, pour être le plus près possible de l'echafaud.
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LES DKHNIKRHS HP:URES A LA CONCII-.RGLRII-
Il était quatre heures et demie du matin. L'aurore du jour le plus honteux de l'histoire de France allait se lever. Fouquier- Tinville s'endormait dans une chambre où Ton avait l'habitude d'entasser l'argent, les bijoux et autres objets précieux qu'on enlevait aux détenus. Les jurés, qui avaient dîné à la hâte, étaient descendus à la buvette et ils y attendaient le jour, en soupant, et en se félicitant entre eux de leur verdict. Kn même temps, la reine était ramenée dans sa prison. L'oîîicier de la gendarmerie qui la surveillait les derniers jours était changé. Ce n'était plus M. de Busne, qui était devenu suspect, parce que, pendant le procès, à un moment où Marie-Antoinette avait dit comme le Christ : «J'ai soif», il lui avait respectueusement apporté un verre d'eau. La reine, qui était brisée, la reine, qui, pendant l'audience, lorsque la foule demandait qu'elle se levât, pour la mieux voir, avait murmuré : < Le peuple sera-t-il bientôt las de mes fatigues? > la reine, sans le bras d'un gendarme, n'aurait pu descendre les trois marches de pierre qui conduisaient au corridor sur lequel donnait son cachot. «Je n'en puis plus, disait-elle, je n'y vois plus. > Après avoir ramené la condamnée dans sa prison, les huissiers du tribunal se retirèrent. Des gendarmes veillèrent à
la porte, et Marie-Antoinette, pour la première fois depuis soixante-seize jours, obtint un flambeau. La femme du concierge a dit : < Son courage n'était point abattu, sa contenance était toujours noble, mais modeste et résignée. Mon mari se trouvait à son arrivée; elle lui demanda tout ce qu'il fallait pour écrire, et fut sur-le-champ obéie. >
La nuit était encore profonde. Vous figurez-vous l'auguste condamnée écrivant, à la clarté d'une mauvaise lumière, sur son papier trempé de ses larmes, sa lettre à sa belle-sœur, Madame Elisabeth ? Vous représentez-vous ce qu'il lui faut d'énergie presque surhumaine pour que son cerveau ait encore la force de penser, son cœur de battre, sa main d'écrire ? Pauvre femme ! elle aurait si bien le droit de prendre quelques moments de sommeil humain, afin de se préparer au sommeil de la tombe. Mais non, tant qu'elle aura un souffle de vie, ce souffle appartiendra à sa famille, à ses enfants. Elle n'a plus que quelques heures à se dévouer. Ces heures, elle les emploiera toutes, se disant à elle-même : < J'ai toute l'éternité pour me reposer. > Klle écrit donc, et sa main ne tremble pas, et elle trace avec fermeté des lignes immortelles que tous les peuples de la terre liront. Quel testament fut jamais plus sublime ? Quand la voix d'un mourant eut-elle autant d'autorité ? Jamais la noble fille de l'impératrice Marie- Thérèse ne fut plus elle-même qu'à ce moment solennel. Mais ne commentons pas, lisons :
* 16 octobre, 4 heures 1/2 du matin.
< C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme, comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existais que pour eux et vous, ma bonne et tendre sœur ; vous qui avez par votre