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LA CHANSON

Car elle est, avant tout, la blonde enfant des Gaules,

Dont le rire charmeur dissipe les chagrins;

Et jetant son bonnet au panache des saules,

Les cheveux dénoués flottant sur ses épaules,

Elle donne l'essor à ses plus gais refrains.

Quand le printemps renaît, elle accroche sa lyre

En son logis, auprès de la lampe d'hiver...

Pour fouiller le buisson, bondir par le pré vert,

La jupe retroussée et le corsage ouvert;

La musette suffit à son joyeux délire.

En avant ! Larirette et lafaridondon !

Tinte ! rire gaulois... ta folie est sacrée !

Monte avec les oiseaux, dans l'azur, gai fredon !

Plus haut, toujours plus haut, monte vers l'Empyrée,

Et porte ton hommage au curé de Meudon.

Elle court les pieds nus par les sentiers de chèvre;

Elle est saine et robuste, ayant, dans ses grands yeux

Etincelants et fiers, le passé des aïeux :

Et, gaillarde, ne veut pour partager sa fièvre

Que des amants virils, de rudes compagnons,

Comme elle, n'employant, pour se rougir la lèvre,

Que des baisers d'amour et des jus bourguignons.

C'est ainsi que je l'aime, insoucieuse et folle. Narguant les lendemains, n'ayant pour auréole Qu'une couronne de jasmins ou de bleuets... Et je lui fais ma cour encor... je la lutine Pour que, touchant mon front de son aile mutine. Elle en fasse jaillir chaque jour des couplets.

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